Côte-Nord: les promoteurs d’un pont sur le Saguenay feront du lobbying

QUÉBEC — Les promoteurs d’un pont sur le Saguenay pour relier la Côte-Nord au reste du Québec lancent une offensive: ils ont maintenant un lobbyiste et ils rencontreront des représentants des ministres du gouvernement Legault dans les prochaines semaines pour leur vendre cette idée d’un pont évalué à 300 millions $.

Le président de la Société du Pont sur le Saguenay, Marc Gilbert, fait partie des plus récentes inscriptions au registre des lobbyistes rendues publiques lundi.

Dans ce registre, on apprend que le représentant de l’organisme vise à rencontrer les cabinets du ministre des Transports, du ministre de l’Environnement, et des ministres responsables de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ainsi que les députés de Duplessis, René-Lévesque et Charlevoix-Côte-de-Beaupré.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne lundi, M. Gilbert a confirmé que des rencontres auront lieu très bientôt avec du personnel des cabinets ministériels.

Rappelons que dans son budget de 2018-2019, le précédent gouvernement Couillard avait mis sur pied un bureau de projet pour se pencher sur le concept d’un pont sur le Saguenay, un ouvrage qui servirait à désenclaver la Côte-Nord, actuellement servie uniquement par un traversier qui fait la navette à l’embouchure de la rivière.

Néanmoins, les promoteurs du projet estiment que la partie est loin d’être gagnée et qu’il faut poursuivre le travail de sensibilisation auprès du nouveau gouvernement, pour qu’un jour pas si lointain le pont soit érigé.

«Ce n’est pas le temps de lâcher, si on veut assurer que cela ne tombe pas dans les oubliettes, a déclaré M. Gilbert. Des grosses régions mettent beaucoup de pression (sur le gouvernement) pour qu’on tienne compte de leurs priorités. Pensez seulement à la région de Québec avec son tramway et son Troisième Lien. Nous, on veut s’assurer qu’il nous reste un petit bout.»

Appui des écologistes?

La Société du Pont sur le Saguenay entend miser sur l’argument du coût. L’organisme s’est documenté auprès d’expériences similaires, notamment des ponts qui enjambent des fjords en Norvège — le Saguenay est un fjord, rappelons-le.

Grâce aux nouvelles techniques de construction, l’ouvrage projeté pourrait coûter environ 300 millions $, a estimé M. Gilbert.  

Plusieurs autres arguments militent en faveur d’un pont, a-t-il assuré. Une circulation plus fluide briserait l’isolement de la région de la Côte-Nord et assurerait notamment son essor économique, a-t-il évoqué. La route 138, qui longe toute la rive nord du fleuve, serait plus sécuritaire, puisqu’il n’y aurait plus les pelotons de véhicules qui se forment à la sortie du traversier, a-t-il poursuivi.

Les partisans du pont espèrent toutefois rallier de nouveaux appuis: les écologistes. En effet, cette zone constitue le milieu de vie des bélugas, un mammifère marin menacé, qui est très sensible au bruit pour s’orienter et se nourrir. Or le traversier effectue 40 000 passages par an à l’embouchure, a calculé la Société du Pont sur le Saguenay.

Les défenseurs de l’environnement militent contre de vastes projets industriels au Saguenay qui feraient augmenter le trafic maritime de 500 à 600 navires par an, mais ils devraient plutôt faire front pour un pont sur le Saguenay, qui réduirait considérablement le bruit nuisible aux mammifères marins, a argué M. Gilbert.