Couillard profite d’une visite d’usine pour attaquer la CAQ sur l’immigration

HEMMINGFORD, Qc — Le premier ministre Philippe Couillard a profité d’une visite d’usine en Montérégie, jeudi, pour lancer une charge à fond de train contre la Coalition avenir Québec (CAQ) et son chef, François Legault.

Aérospatiale Hemmingford, une entreprise hautement spécialisée qui fabrique des valves et systèmes d’injection pour l’industrie aéronautique, est aux prises avec d’importants problèmes de recrutement de machinistes qui retardent sa progression.

Philippe Couillard a pris cet exemple pour dénoncer l’approche restrictive du chef caquiste qui souhaite réduire le nombre d’immigrants et soumettre ceux-ci à un «test de valeurs» pour décider s’ils peuvent demeurer au Québec.

«Toute proposition qui serait de nature à diminuer l’immigration au Québec ou éloigner l’immigration du Québec est une proposition par nature même anti-économique», a-t-il déclaré.

M. Couillard a qualifié la pénurie de main-d’oeuvre de «problème dominant de l’économie du Québec» face à laquelle la position du chef caquiste est incompréhensible, selon lui.

«J’attends toujours de M. Legault qu’il nous explique pourquoi il veut diminuer l’immigration en période de pénurie de main-d’oeuvre», a-t-il insisté. 

Il a aussi raillé la volonté exprimée par M. Legault d’expulser les immigrants qui échoueraient un éventuel «test de valeurs»: «Pourquoi il veut faire un test d’expulsion pour sortir les immigrants du Québec, ce qu’il n’aurait pas, en passant, le pouvoir de faire?». Il a également mis au défi encore une fois M. Legault de produire le fameux test en question, afin que tous sachent de quoi il en ressort. «Je ne comprends pas qu’il ne soit pas capable de nous présenter ce fameux test maintenant. Ça fait des mois et des mois qu’il en parle.»

Au cabinet de M. Legault, on a précisé que l’examen de connaissance des valeurs de la CAQ ne conduirait pas à «expulser des immigrants» qui auraient échoué le test, mais à «rendre inéligibles les candidats à l’immigration au certificat de sélection du Québec, nécessaire à l’obtention de la citoyenneté canadienne».

Croissance freinée

Le directeur des opérations d’Aérospatiale Hemmingford, Jean-François Garand, est pour sa part demeuré très loin du terrain politique.

Il a simplement fait valoir qu’il pourrait dès aujourd’hui embaucher 10 machinistes, mais qu’il peine à les trouver.

«Recruter des machinistes d’expérience dans notre région, c’est extrêmement compliqué», a-t-il confié aux journalistes.

L’entreprise, qui compte un peu moins d’une centaine d’employés, prévoit une croissance de 25 pour cent de sa production en 2018, mais doit parfois refuser des contrats, faute de main-d’oeuvre suffisante.

«Quand nous voulons obtenir des gros contrats, la main-d’oeuvre est souvent l’enjeu principal pour refuser un contrat», a-t-il dit.

«Du financement d’équipement, on peut en avoir. L’usine est assez grande pour en prendre plus, mais il faut les bonnes personnes pour usiner les pièces qu’on doit produire et c’est souvent là qu’on bloque.»

M. Garand a souligné que l’entreprise voit d’un oeil inquiet les baby-boomers se diriger vers la retraite alors que les difficultés de recrutement, présentes depuis une dizaine d’années, s’aggravent.

Il s’agit pourtant de bons emplois, avec des salaires variant de 15 $ à 20 $ à l’entrée pour des finissants en usinage, selon qu’ils détiennent un diplôme d’études professionnelles (secondaire) ou un diplôme d’études collégiales, avec de nombreux avantages sociaux.

L’entreprise est parfois obligée de prendre des candidats avec une formation moindre et de les former elle-même, mais là encore, le recrutement s’avère un défi.