Couillard se défend de s’être montré paternaliste envers Catherine Fournier

QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard s’est défendu mercredi d’avoir adopté une attitude paternaliste ou condescendante envers la députée péquiste Catherine Fournier la veille.

L’opposition péquiste et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont joint leur voix mercredi pour prendre la défense de la députée de Marie-Victorin et dénoncer l’attitude jugée paternaliste et condescendante du premier ministre envers elle, à l’occasion de l’étude des crédits des programmes jeunesse du gouvernement, qui relèvent directement du premier ministre.

Avec aplomb et insistance, Mme Fournier avait alors remis en question l’intégrité du gouvernement, en l’accusant d’avoir procédé à une série de nominations partisanes de jeunes de moins de 35 ans aux conseils d’administration des sociétés d’État.

Il s’en est suivi un échange corsé entre les deux élus pendant de longues minutes.

Visiblement contrarié, le premier ministre avait rabroué la députée de 26 ans, se disant «excessivement déçu d’entendre la plus jeune députée de l’Assemblée se comporter de cette façon».

Il aurait souhaité qu’elle privilégie plutôt «la politique faite autrement».

«J’ai trouvé que le premier ministre était très condescendant et très paternaliste», a commenté mercredi matin, en mêlée de presse, la vice-chef du Parti québécois, Véronique Hivon, déplorant une telle attitude, d’autant plus que les questions formulées par sa collègue étaient pertinentes et documentées.

Le député caquiste Simon Jolin-Barrette est allé plus loin en disant espérer que le premier ministre présente ses excuses.

Selon lui, l’attitude de M. Couillard durant cet échange, qui «regardait de haut» la députée, était «totalement inacceptable».

Le député de Borduas, âgé de 31 ans, estime que cet incident reflète l’attitude généralement hautaine du premier ministre envers les jeunes députés, alors qu’il devrait «respecter la compétence des jeunes députés».

Il n’a pas à juger les questions de l’opposition, mais à y répondre, a-t-il ajouté, en mêlée de presse.

L’attitude du premier ministre ne contribue en rien, selon lui, à «encourager les jeunes à se lancer en politique».

Sur le fond de la question, il a dit partager l’indignation de sa collègue péquiste devant le prétendu «copinage libéral» observé dans les nominations de jeunes aux conseils d’administration.

Mme Fournier avait contrarié le premier ministre en affirmant notamment que «les seuls jeunes compétents sont des jeunes libéraux» aux yeux du gouvernement. Elle avait accompagné sa sortie d’une série de noms de jeunes ayant eu des nominations aux conseils d’administration des sociétés d’État, tout en étant associés de près au Parti libéral du Québec (PLQ).  

Loin de s’excuser, M. Couillard a soutenu mercredi qu’il avait simplement «rétabli les faits», lors de son échange avec la députée. «Elle n’a pas été capable de mettre en doute les compétences des personnes» nommées sur les conseils d’administration, a-t-il fait valoir, lors d’une brève mêlée de presse.

C’était «légitime pour moi de faire ces remarques-là», a-t-il ajouté, niant avoir adopté un ton paternaliste.

Mme Fournier était sur un autre terrain: elle cherchait à savoir du premier ministre pourquoi la compétence semblait associée aux seules personnes ayant milité au PLQ.

Selon les calculs faits par le PQ, sur un total de 11 nominations analysées, six jeunes avaient «des liens directs» avec le PLQ.

La ministre de la Condition féminine, Hélène David, a refusé de commenter l’incident.

Les femmes: une minorité?

Les partis d’opposition ont aussi égratigné le premier ministre sur des commentaires jugés sexistes prononcés mardi matin devant les médias, alors qu’il exprimait des réserves sur la pertinence d’adopter une loi sur la parité visant à imposer aux partis de présenter au moins 40 pour cent de candidatures féminines.

Pour justifier sa prudence, il avait dit qu’une telle loi sur la parité entraînerait d’autres demandes pour des lois favorisant d’autres groupes minoritaires, comme les handicapés et les personnes issues de la diversité culturelle, notamment.

L’idée de voir les femmes réduites à une «minorité» parmi d’autres a déplu à Véronique Hivon, qui a qualifié son commentaire de «très troublant».

Le premier ministre «doit revoir son attitude» envers les femmes, selon elle.

C’est aussi ce que croit le caquiste Simon Jolin-Barrette. Il juge malheureux de voir M. Couillard «assimiler les femmes à une minorité, alors que ce n’est pas du tout la même chose», a-t-il fait valoir, rappelant que les femmes formaient 52 pour cent de la population.

Son commentaire était «déplacé», selon lui.

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