Le ministre Pierre Moreau s’en prend au président de l’Assemblée nationale

QUÉBEC — Le ministre Pierre Moreau a rabroué publiquement, mercredi, le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, dans l’affaire du député Guy Ouellette.

M. Moreau a fait bande à part en s’abstenant de voter pour la motion du Parti québécois (PQ) saluant le discours «historique» de M. Chagnon.

Choisissant de se démarquer de son caucus et de son chef, le ministre des Ressources naturelles a été le seul à s’abstenir lors du vote. 

Mardi, dans une sortie d’une rare virulence, M. Chagnon avait déploré que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ait arrêté le député libéral Guy Ouellette sans qu’aucune accusation ait été portée contre lui une semaine plus tard.

L’UPAC doit «accuser ou s’excuser», avait-il tranché, avant d’être longuement ovationné par les élus.

«Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un discours historique», a laissé tomber M. Moreau, justifiant ainsi son refus d’appuyer la motion.

«Ça fait un bon clip ça, de dire «accuser ou excuser», ça fait un bon clip, mais ce n’est pas conforme au fonctionnement de notre système de justice, et moi pour les droits des individus, je ne peux pas penser que l’on salue cette approche-là», a-t-il ajouté devant les journalistes.

M. Moreau n’a donc pas suivi la ligne de parti, d’habitude si chère aux libéraux, lors du vote mercredi, alors que son chef, le premier ministre Philippe Couillard, lui, appuyait la motion péquiste.

Le ministre, un avocat de formation, a expliqué qu’on ne peut pas demander à l’UPAC de porter des accusations contre Guy Ouellette, puisque ce n’est pas à elle de le faire, mais plutôt au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Rappelons que M. Ouellette a été arrêté mercredi dernier à la suite de fuites d’éléments d’enquête de l’UPAC. Il ne fait face à aucune accusation pour l’instant.

L’enquête Mâchurer de l’UPAC porte sur le financement possiblement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ), à l’époque où Jean Charest en était le chef.

M. Ouellette a affirmé qu’il n’était pas l’auteur de ces fuites, alléguant que les soupçons de l’UPAC à son endroit étaient «sans fondement».

Le président de l’Assemblée nationale a affirmé que la situation, digne d’une «dérive totalitaire», était intenable dans un pays démocratique. Il a sommé l’UPAC de procéder de toute urgence dans ce dossier.

Philippe Couillard a perdu le contrôle, selon la CAQ

Selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, la sortie en règle de Pierre Moreau contre M. Chagnon démontre à quel point Philippe Couillard a «perdu le contrôle de son caucus».  

«C’est important qu’il agisse. C’est important aussi qu’il reprenne le contrôle de son caucus», a-t-il affirmé en mêlée de presse, en ajoutant que «ça n’avait pas de bon sens» que M. Moreau ait voté différemment de la ministre de la Justice.

Le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, a quant à lui laissé entendre que M. Moreau entretient des liens avec le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière.

«Je demanderais à M. Moreau de nous confirmer qu’il était bien le directeur de cabinet de Jacques Dupuis au moment où M. Lafrenière était sous-ministre, a-t-il déclaré. Je pense qu’il y a une proximité entre ces messieurs.» 

Comité de surveillance?

De son côté, M. Couillard s’est dit ouvert à la proposition de la CAQ de créer un comité indépendant qui surveillerait le comportement de l’UPAC.

Mardi, l’UPAC a rejeté du revers de la main toutes les critiques formulées ces derniers jours relativement à l’arrestation du député Ouellette. Si des accusations sont portées dans ce dossier, elles seront déposées en temps et lieu quand l’enquête sera complète, a maintenu M. Lafrenière, en ne prenant aucun blâme.

M. Lafrenière a ajouté qu’il n’a pas l’intention de se faire dicter sa ligne de conduite ou la façon de mener ses enquêtes, même si elles impliquent un député de l’Assemblée nationale.

M. Couillard a reconnu mercredi que l’UPAC avait probablement dit tout ce qu’elle pouvait dire sur l’affaire Ouellette dans les circonstances.

Il a toutefois affirmé qu’il considérait «fortement» la mise sur pied d’un comité de surveillance pour mieux encadrer l’UPAC. Un processus de reddition de comptes serait d’ailleurs inclus dans le cadre du projet de loi 107.

«Il faut quand même faire des analyses minimales de faisabilité, de légalité, comment on met ça sur pied», a déclaré M. Couillard, se disant tout à fait «favorable» à l’idée de la CAQ.

«Ce qui est en jeu, c’est la supervision que la société doit apporter à un corps de police, surtout chargé d’un mandat comme celui de l’UPAC, et surtout qui devient un corps de police indépendant dans un projet de loi qui est devant l’Assemblée», a-t-il ajouté.   

Par ailleurs, le premier ministre n’a pas réintégré M. Ouellette au sein du caucus libéral, même s’il a déclaré l’apprécier et l’aimer.

«On aime Guy Ouellette, on a combattu politiquement avec Guy Ouellette, il fait partie de notre équipe, il porte notre chandail d’équipe de hockey», a-t-il affirmé. 

M. Ouellette a lui-même demandé d’être exclu du caucus la semaine dernière, en attendant que des décisions soient prises par le DPCP.