Coup d’État au Myanmar : l’armée birmane prend le contrôle du pays

NAYPYITAW, Myanmar — La télévision militaire birmane a annoncé lundi que l’armée prenait le contrôle du pays pendant un an, tandis que des informations indiquent que de nombreux hauts responsables politiques du pays, dont Aung San Suu Kyi, avaient été arrêtés.

Un présentateur de Myawaddy TV, propriété de l’armée, a cité une section de la constitution rédigée par l’armée qui permet à celle-ci de prendre le contrôle en cas d’urgence nationale.

Il a affirmé que cette situation était en partie due à l’incapacité du gouvernement à donner suite aux allégations de fraude électorale de l’armée lors des élections de novembre dernier et à son incapacité à reporter les élections en raison de la crise du coronavirus.

Cette annonce fait suite à des jours d’inquiétude face à la menace d’un coup d’État militaire – et au refus militaire d’en organiser un – et a eu lieu le matin où la nouvelle session parlementaire du pays devait commencer.

La prise de contrôle est un renversement brutal des progrès partiels, mais significatifs vers la démocratie que le Myanmar a réalisés ces dernières années après cinq décennies de régime militaire et d’isolement international qui ont commencé en 1962.

Ce serait également une chute brutale du pouvoir pour Suu Kyi, qui a mené la lutte pour la démocratie, malgré des années d’assignation à résidence et qui a remporté un prix Nobel de la paix pour ses efforts.

Suu Kyi, 75 ans, est de loin la politicienne la plus populaire du pays et est devenue la dirigeante de facto du pays après que son parti eut remporté les élections de 2015, bien que la constitution lui ait interdit d’être présidente. Elle avait été une féroce antagoniste de l’armée pendant son assignation à résidence.

Néanmoins, une fois au pouvoir, Suu Kyi a dû équilibrer ses relations avec les généraux du pays et est même allée sur la scène internationale pour défendre leur répression contre les musulmans rohingyas dans l’ouest du pays, une campagne que les États-Unis et d’autres ont qualifiée de génocide. Cela a laissé sa réputation internationale en lambeaux.

Dénoncées à l’international

Les actions de l’armée faisaient déjà l’objet d’une large condamnation internationale. Le nouveau secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, a publié une déclaration exprimant « une grave préoccupation et une inquiétude » concernant les détentions signalées.

« Nous appelons les chefs militaires birmans à libérer tous les représentants du gouvernement et les dirigeants de la société civile et à respecter la volonté du peuple birmane exprimée lors d’élections démocratiques », a-t-il écrit en utilisant l’ancien nom du Myanmar.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a aussi fermement condamné la détention de dirigeants civils du Myanmar.

Le premier ministre australien Scott Morrison a réitéré l’opposition de son pays à toute tentative de modifier les résultats des élections et a exhorté toutes les parties à adhérer aux normes démocratiques.

Les groupes de défense des droits de l’homme demandent la libération immédiate d’Aung San Suu Kyi et d’autres dirigeants civils au Myanmar.

Human Rights Watch s’est dit préoccupé par la sécurité des personnes détenues.

Amnesty International a noté que la violence et les exécutions extrajudiciaires avaient marqué les coups d’État passés et a exhorté les forces armées du Myanmar à faire preuve de retenue.

« Les arrestations simultanées d’éminents militants politiques et défenseurs des droits humains envoient un message effrayant selon lequel les autorités militaires ne toléreront aucune dissidence », a évoqué Amnesty International.

Premiers signes

La détention des politiciens et les coupures dans les signaux de télévision et les services de communication lundi ont été les premiers signes que les plans de prise de pouvoir étaient en marche.

Le service téléphonique dans d’autres régions du pays a également été signalé comme en panne, bien que les gens puissent toujours utiliser Internet.

L’Irrawaddy, un service d’information en ligne bien établi, a rapporté que Suu Kyi et le président du pays, Win Myint, ont tous deux été détenus avant l’aube.

Des membres du comité exécutif central du parti, les législateurs et les membres du cabinet régional auraient également été placés en détention.

La session parlementaire de lundi devait être la première depuis les élections de l’année dernière, alors que la tension persistait face aux récents commentaires de l’armée qui étaient largement considérés comme une menace de coup d’État.

L’armée, cependant, maintient que ses actions sont légalement justifiées, bien que le porte-parole du parti de Suu Kyi ainsi que de nombreux observateurs internationaux aient déclaré qu’il s’agissait en fait d’un coup d’État.

La constitution de 2008, rédigée et mise en œuvre pendant le régime militaire, contient une clause qui stipule qu’en cas d’urgence nationale, le président, en coordination avec le Conseil de la défense nationale et de la sécurité, dominé par l’armée, peut publier un décret d’urgence pour remettre le gouvernement, pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires au commandant en chef de l’armée. La clause avait été décrite par Human Rights Watch, basé à New York, comme un « mécanisme de coup d’État en attente ».

Ce n’est que l’une des nombreuses parties de la charte qui garantissait que l’armée pouvait maintenir le contrôle ultime sur le pays aux dépens des politiciens élus. L’armée s’est également vu garantir 25 % des sièges au Parlement et le contrôle de plusieurs ministères clés, en particulier ceux impliqués dans la sécurité et la défense.

Le parti de Suu Kyi a remporté 396 sièges sur 476 aux chambres hautes et basses combinées du Parlement lors des scrutins de l’automne dernier. L’armée, connue sous le nom de Tatmadaw, a accusé une fraude électorale massive lors de l’élection, bien qu’elle n’ait pas fourni de preuves. La commission électorale de l’État a rejeté la semaine dernière ses allégations.

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