«Nous sommes, nous serons!», disent les Franco-Ontariens à Doug Ford

OTTAWA — Des rues et des parcs de plusieurs villes ontariennes étaient tapissées vert et blanc, les couleurs du drapeau franco-ontarien, alors qu’une quarantaine de rassemblements se tenaient samedi pour dénoncer les compressions du gouvernement Ford dans les services aux francophones.

De Hawkesbury à North Bay en passant par Toronto, ils ont été près de 14 000 à réclamer du gouvernement progressiste-conservateur qu’il revienne sur sa décision d’abolir le commissariat aux services en français et d’abandonner le projet d’université en français.

L’épicentre du mouvement était situé à Ottawa, où environ 5000 personnes ont convergé au monument canadien pour les droits de la personne, selon une estimation de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), organisation à l’origine de la «résistance».

«Nous sommes, nous serons!», a scandé à répétition la foule massée dans cette place du centre-ville où avait été érigée une scène sur laquelle ont défilé une flopée de politiciens venus galvaniser les troupes.

La ministre fédérale de la Francophonie et des Langues officielles, Mélanie Joly, a été de ceux qui ont pris la parole. « Aujourd’hui, on vit un moment historique. Un moment qu’on va raconter à nos enfants, à nos petits-enfants», a-t-elle lancé.

Elle a plaidé que la «seule chose» que les gouvernements se doivent de faire en matière de droits linguistiques est de les «renforcer» et «jamais» de les affaiblir. Aux gouvernements qui choisiraient de les faire reculer, la ministre a donné ce conseil: «Allez lire vos livres d’histoire!».

L’histoire a donné raison au mouvement franco-ontarien dans plusieurs batailles linguistiques, dont celle pour la survie de l’hôpital Montfort. Et l’avocat qui a sauvé l’établissement de langue française, Ronald Caza, était là pour le rappeler samedi à Ottawa.

Il l’a fait dans la langue de Shakespeare — afin, a-t-il dit, que le premier ministre unilingue anglophone Doug Ford puisse «comprendre» son message.

«M. Ford, nous nous sommes battus pour nos écoles primaires et secondaires en Ontario, et nous avons gagné! M. Ford, nous nous sommes battus pour nos collèges francophones en Ontario, et nous avons gagné!», a lancé M. Caza.

«M. Ford, nous nous battons pour notre université francophone, et nous gagnerons!», a-t-il clamé, déclenchant un tonnerre d’applaudissements.

Manifs chez Ford et Mulroney

Des manifestations ont aussi eu lieu samedi devant les bureaux de députés et ministres progressistes-conservateurs. Selon l’AFO, ils étaient 550 devant celui du premier ministre, Doug Ford, et 200 chez sa ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Ces derniers sont sur la sellette depuis des jours. Le léger recul qu’ils ont annoncé pour tenter de calmer la grogne n’a pas eu l’effet escompté, à en croire des témoignages recueillis au rassemblement d’Ottawa.

«Ce n’est pas parce que t’as pris mon gâteau et que tu m’en redonnes la moitié que c’est correct. Je veux tout l’avoir, mon gâteau. C’est mon gâteau», a illustré Marie-France Léger, de St-Isidore-de-Prescott, dans l’est de la province.

Et justifier un tel sabrage dans les services francophones au nom de la rigueur budgétaire est «absurde», argue Michel Dubeau. «On parle d’un déficit de 15 milliards $, et ils ont coupé (environ 80 millions $). On n’équilibrera pas le budget avec ça», a dit l’homme d’Ottawa.

«On a été visés, et la façon dont on a été visés est un peu étrange», a-t-il ajouté.

Depuis que la crise linguistique a éclaté à Queen’s Park, la ministre Mulroney a fait l’objet de critiques pour sa gestion du dossier. D’aucuns ont souligné que son père, l’ancien premier ministre Brian Mulroney, était un farouche défenseur des minorités linguistiques.

Samedi, le père s’est porté à la défense de la fille.

Les progressistes-conservateurs de Doug Ford, a-t-il soutenu en entrevue à Toronto, «sont chanceux de l’avoir comme ministre des Affaires francophones, car «elle est francophile, elle est francophone, et c’est elle qui fait bouger les choses en faveur des Franco-Ontariens».

Le porte-parole du premier ministre de l’Ontario, Simon Jefferies, a réagi aux rassemblements de samedi en indiquant que «les Ontariennes et les Ontariens ont le droit de manifester pacifiquement».

Il a ajouté que «(l’ancienne première ministre) Kathleen Wynne et les libéraux ont laissé un déficit de 15 milliards $ à notre gouvernement» et que «nous attendons avec impatience le jour où notre province sera en mesure de réaliser des projets comme l’Université de l’Ontario français».

Québec à Ottawa

Il y avait une importante délégation d’élus de l’Assemblée nationale à Ottawa, samedi.

Le gouvernement québécois était représenté par le ministre Mathieu Lacombe. Dans son allocution, le député de Papineau, une circonscription dans la région de l’Outaouais, a lancé à la foule qu’il était des leurs, ayant grandi et étudié dans la communauté franco-ontarienne.

Plusieurs députés libéraux avaient aussi traversé la rivière des Outaouais. Le chef intérimaire  du parti, Pierre Arcand, a été chaudement applaudi lorsqu’il a mentionné à la foule que le drapeau franco-ontarien flottait actuellement sur l’une des tours du Parlement québécois.

Le Parti québécois n’avait dépêché aucun élu au rassemblement. Les péquistes avaient fait adopter unanimement, vendredi, une motion déposée par Véronique Hivon pour exprimer la solidarité des élus québécois envers les Franco-Ontariens et la députée Amanda Simard.

Celle-ci a claqué la porte du caucus progressiste-conservateur la semaine dernière après avoir tenté, en vain, de convaincre le gouvernement de Doug Ford de changer de cap. Elle a participé samedi à des rassemblements dans l’Est ontarien, à Rockland et à Hakwesbury.