Course conservatrice: l’expulsion de Brown forcera Charest à redoubler d’efforts

OTTAWA — La disqualification de Patrick Brown dans la course à la chefferie conservatrice forcera Jean Charest à multiplier les efforts pour devenir le premier choix de ceux qui réservaient leur appui au candidat évincé, croient d’ex-stratèges conservateurs.

La tâche ne sera pas facile pour l’ancien premier ministre du Québec, prévoit le vice-président de la firme de conseil TACT, Yan Plante.

«(Il) avait besoin d’un Patrick Brown qui devenait de plus en plus son cheerleader en chef dans les prochaines semaines et qui disait de plus en plus clairement à ses électeurs de voter pour Jean Charest comme deuxième choix», affirme en entrevue avec La Presse Canadienne celui qui a été chef de cabinet pour l’ex-ministre conservateur Denis Lebel.

M. Plante estime que le revirement de situation complique la donne pour M. Charest qui devra aller directement à la rencontre des partisans de M. Brown pour les convaincre de lui accorder leur vote.

«Ça rend la tâche encore plus complexe parce que (…) dans tous les chemins mathématiquement possibles pour M. Charest, il n’y a pas de marge de manœuvre. Tout doit tomber en place à la perfection pour avoir une mince chance de l’emporter, alors que M. (Pierre) Poilievre a un petit peu plus de marge de manœuvre dans chacun (des) scénarios.»

Pour M. Plante comme pour d’autres observateurs, il est clair que des membres recrutés par Patrick Brown décideront finalement de ne pas voter. L’aspirant-chef disqualifié clame avoir vendu 150 000 cartes de membres.

«Quand ton candidat favori est celui pour lequel tu as pris ta carte de membre (…) et qu’il n’est plus dans la course, c’est sûr que tu n’as pas la même motivation à voter», soutient le consultant et analyste Rudy Husny.

Même son de cloche du côté de Marc-André Leclerc, qui a été conseiller pour l’ancien chef conservateur Andrew Scheer. «Je crois que les votes vont soit rester à la maison ou se diriger majoritairement pour M. Charest, sauf que ça ne sera peut-être pas assez pour lui permettre de remporter la course parce que ça va être très difficile d’aller mobiliser ces gens-là.»

Tous s’attendent à ce que M. Charest modifie sa stratégie des prochaines semaines pour passer plus de temps dans le Grand Toronto. C’est là que se concentrerait le bassin de membres recrutés par M. Brown, qui est maire d’une banlieue de la région, Brampton.

«Il doit travailler encore plus pour aller (…) convaincre ces électeurs-là de voter et mettre en place une machine sur le terrain que peut-être il n’avait pas prévue (…) parce que ça aurait été l’équipe de Brown qui aurait fait le travail», analyse M. Husny.

La stratège Melanie Paradis, qui a notamment travaillé avec l’ancien chef Erin O’Toole, signale que M. Charest pourra compter sur des employés de la campagne de M. Brown qui se joindront à son équipe. D’autres choisiront toutefois de se rallier à la garde rapprochée d’autres candidats, selon ses dires.

«Je suis sûre que certains vont aller avec Pierre (Poilievre) et j’ai entendu qu’une partie d’entre eux sont allés vers l’équipe de Charest», dit-elle.

À son avis, la disqualification de M. Brown porte ombrage à l’image du parti et plus de détails entourant cette décision doivent être donnés.

Le comité organisateur de l’élection du prochain chef conservateur a indiqué avoir expulsé le maire de Brampton de la course en raison de «sérieuses allégations d’actes répréhensibles» liées aux règles de financement de la Loi électorale du Canada.

«Ce n’est pas un bon jour pour le parti. (…) Je crois que nous avons besoin de beaucoup plus de transparence sur ce qui s’est en fait passé de sorte qu’on puisse assurer aux membres et au public que (…) nous avons des élections et des institutions dignes de confiance», dit Mme Paradis.

Si toute la lumière n’est pas faite, elle craint que le parti perde l’appui d’électeurs aux prochaines élections générales. L’ex-stratège Tim Powers croit que cela pourrait aussi faire baisser le taux de participation dans la course à la direction de la formation politique, à plus court terme.

«Laissons les faits dicter la nouvelle et non les théories de Patrick Brown ni les réponses de Pierre Poilievre. Comme on dit, la lumière du soleil est le meilleur antiseptique», illustre-t-il.

Dans une entrevue accordée au réseau CTV, M. Brown s’est défendu d’avoir quoi que ce soit à se reprocher. Selon lui, «l’establishment du parti» souhaite que Pierre Poilievre l’emporte et a usé de stratagèmes pour le favoriser.

Il reste deux mois à la course conservatrice. Le nom du vainqueur sera annoncé le 10 septembre à Ottawa.

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