COVID-19: 1000 morts à Montréal, qui recommande le port du masque

MONTRÉAL — La ville de Montréal a franchi mardi le cap des 1000 décès attribués à la COVID-19 et compte maintenant plus de 12 000 diagnostics positifs.

«Nous avons maintenant 12 487 cas, soit une augmentation de 450 au cours des dernières 24 heures, donc on voit qu’on maintient une certaine stabilité quotidienne, et nous devons malheureusement rapporter un total de 1039 décès», a d’abord déclaré mardi la directrice régionale de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin.

Elle a précisé que 80 pour cent des cas ont été enregistrés dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées. Elle a cependant ajouté que le nombre de personnes qui sont hospitalisées aux soins intensifs demeure relativement stable.

Malgré ces statistiques, Dre Drouin a paru préoccupée par le fait que de nouveaux quartiers «chauds» ont récemment été identifiés par la direction de la santé publique de Montréal. Il s’agit de Montréal-Nord, Saint-Michel et Rivière-des-Prairies.

D’ailleurs, uniquement à Montréal-Nord, l’organisme a relevé 1153 cas positifs depuis le 8 avril, et précisé que 23 pour cent de ces cas se trouvaient parmi les travailleurs de la santé en CHSLD — contre une moyenne de 15 pour cent dans les autres quartiers de la métropole. Quant à savoir ce qui explique ce nouveau phénomène, Mme Drouin a avancé quelques hypothèses.

«Nous pensons qu’il y a plusieurs facteurs en jeu. D’abord, on croit qu’il y a beaucoup de travailleurs à Montréal-Nord qui font partie de ceux essentiels, dans le réseau de la santé et le secteur de l’alimentation. De plus, il existe un enjeu de capacité de maintenir la distanciation sociale. On le sait, à cause de la densité urbaine, beaucoup de gens ont de la difficulté à la respecter — il y a peu de parcs, peu d’espaces dans les rues. C’est la même chose dans les commerces. Mais ça doit se travailler avec plusieurs stratégies de front pour infléchir la courbe.»

Dre Drouin a aussi énuméré une liste de conditions pour procéder graduellement au déconfinement de la région métropolitaine, et suggéré que celui-ci pourrait être modulé en fonction des réalités sur le terrain.

«Il nous reste encore quelques semaines, mais le premier ministre (François Legault) l’a clairement dit: il faut que les conditions soient en place pour procéder au déconfinement. Il faut que la transmission soit maîtrisée», a-t-elle rappelé.

«C’est pour ça qu’on veut aller voir qu’est-ce qui se passe (dans ces quartiers-là), est-ce qu’on a de la transmission communautaire soutenue? Est-ce que c’est à cause des tests et du fait qu’on a mis nos priorités dans nos établissements de soin? C’est ce qu’on va tenter de voir. (…) Mais oui, il se peut qu’on doive moduler certaines mesures au niveau des écoles, des milieux de travail, et peut-être faire un accompagnement plus soutenu dans certains quartiers.» 

Dre Drouin a notamment souligné qu’il faudra que la transmission de la COVID-19 soit sous contrôle, que le système de santé ait la capacité de traiter et d’isoler les gens atteints, qu’il puisse détecter les foyers d’éclosion et les contrôler, et que les «brigades de prévention» soient en mesure d’éviter des éclosions. De plus, il faut que la population continue de suivre les directives gouvernementales. 

Quant à savoir ce qu’elle pensait de la décision du gouvernement du Québec de permettre aux jeunes enfants de retourner dans les garderies et les écoles primaires de Montréal d’ici quelques semaines, Dre Drouin a fait preuve de prudence.

«Nous allons avoir beaucoup de pain sur la planche, a-t-elle dit. Clairement, certaines caractéristiques de Montréal, dont le transport en commun et la densité de population, nous amèneront à nous préparer encore davantage. Les écoles auront aussi des défis à relever, comme mettre en place des mesures de prévention, sans parler des enjeux culturels — la barrière de la langue pour comprendre les directives sanitaires. (…) On verra si des choses devront être modulées pour répondre aux décisions du gouvernement.»

Le masque au coeur de la relance

Pour sa part, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est dite favorable au plan de réouverture des trois secteurs économiques annoncé plus tôt mardi par le gouvernement du Québec.

Elle a cependant rappelé que la réalité de Montréal était bien différente de celle qui prévaut ailleurs en province, et souligné que le recours à un couvre-visage, ou un masque, allait être central dans le plan de relance du coeur économique du Québec.

Mme Plante a d’ailleurs rappelé que le port du masque ne signifie pas la fin de l’interdiction des rassemblements ni des mesures de distanciation sociale, mais qu’il devait y être complémentaire. Surtout avec l’arrivée prochaine du beau temps.

La mairesse a aussi ajouté que la Ville procédera au cours des prochains jours à la distribution de 50 000 couvre-visages réutilisables dans les organismes sans but lucratif qui travaillent auprès des populations vulnérables.

Elle a aussi indiqué que son administration travaillait sur un plan estival, afin de pallier l’annulation des nombreux événements culturels et sportifs dans la métropole au cours des prochains mois.

«Ça touche effectivement la question des camps de jour, des aires publiques, mais également des parcs, entre autres, et la possibilité de piétonniser certains tronçons (de route) étant donné que la circulation automobile est moins importante, a évoqué Mme Plante. On regarde toutes les possibilités pour bien informer la population de ce à quoi ressemblera l’été, mais aussi lui offrir des possibilités de profiter de la ville malgré tout.»