COVID-19: 48 % des Canadiens auraient trouvé refuge dans la nourriture

MONTRÉAL — Plusieurs Canadiens ont trouvé refuge dans la nourriture pour contrer la solitude durant la pandémie, suggère un sondage. Ce qui pourrait en partie expliquer la prise de poids expérimentée par près de la moitié des répondants.

Sur les 9991 répondants au sondage ayant récemment été mené par l’Université Dalhousie (Nouvelle-Écosse), en partenariat avec la compagnie Caddle, plus de la moitié (57,9 %) ont indiqué avoir vu leur poids fluctuer de manière non intentionnelle depuis le début de la pandémie. 

De ce groupe 42,3 % ont avoué avoir pris du poids. À l’inverse, 15,6 % des Canadiens sondés ont indiqué avoir perdu du poids, tandis que plus du tiers (42,1 %) des répondants n’ont observé aucune variation significative en posant les pieds sur une balance.

Parmi les personnes qui ont pris du poids, 37,3 % d’entre elles ont gagné entre 2,72 et 4,5 kilogrammes. 

Le directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, insiste sur le fait que les fluctuations de poids sont tout à fait normales au cours d’une vie. 

Avec l’âge, on a tendance à prendre plus de poids même si on mange la même quantité de nourriture qu’avant, selon de récentes recherches qui ont révélé que le renouvellement des lipides dans le tissu adipeux diminue lorsqu’une personne vieillit, expliquent les chercheurs de l’Université Dalhousie. 

Le but avoué de l’enquête était notamment de sonder la population sur les facteurs qui ont eu le plus d’influence sur les habitudes alimentaires des Canadiens au cours des 14 derniers mois. 

Ainsi, on apprend que 67 % des Canadiens sondés ont admis que le stress est l’élément qui a eu le plus d’impact sur leur vie personnelle au cours des 14 derniers mois. Or, en période de stress plusieurs trouvent refuge dans la nourriture suggère l’expert en agroalimentaire. 

La professeur agrégée à l’école de nutrition humaine de l’université McGill, la Dre Stéphanie Chevalier, n’est pas surprise par ces résultats et abonde dans le même sens. 

«Les gens vont gérer le stress de manière assez différente, explique la nutritionniste. Dans le contexte du confinement, les gens vont privilégier la nourriture parce que c’est réconfortant. On est chez soi, on a accès à de la nourriture en tout temps, pour ceux qui en ont les moyens. C’est facile d’aller manger des petites collations quand on travaille de la maison, c’est plus facile de grignoter.»

Elle propose d’ailleurs de miser sur «la belle saison (…) pour décoller de son ordi toutes les heures, et aller marcher 10 minutes, même dans la maison, ne serait-ce que pour monter les escaliers dans sa maison ou dans son bloc-appartements». 

M. Charlebois ajoute que les temps passés dans les transports où à se déplacer ayant été réduits à l’essentiel, les gens n’ont plus tendance à bouger autant qu’avant. 

La migration vers le télétravail s’est également traduite en un mode de vie plus sédentaire, sans parler du manque de connexions. Les regroupements autour de la machine à café ont été remplacés par de brefs échanges virtuels, s’il y en a. 

Par ailleurs, la solitude a aussi joué un rôle dans le rapport qu’entretiennent les Canadiens avec la nourriture: 48 % des répondants ont admis que manger les aide à se sentir mieux lorsqu’ils se sentent seuls, et 61,3 % des gens ont avoué qu’une collation de temps à autre les aide à se remonter le moral, depuis le début de la pandémie. 

M. Charlebois perçoit, dans ces résultats et les commentaires laissés par les répondants, que bien des gens vivaient isolés et ont pu se sentir déprimés. 

«On le voit dans le sondage, non seulement le facteur de stress est l’un des plus importants, c’est surtout l’isolement, la séparation entre les gens et leurs amis et collègues» qui ont constitué l’un des plus grands défis pour la population.

Ainsi, 67 % des Canadiens considèrent que la séparation d’avec les êtres chers a été le plus important facteur de stress personnel. 

Par ailleurs, la perte des repères habituels occasionnée par la pandémie a chamboulé les habitudes alimentaires et les rituels entourant les repas. 

Seulement 8,8 % des personnes sondées ont répondu avoir été en mesure de gérer les repas, tandis que 32,5 % ont affirmé qu’ils y parvenaient la plupart du temps.

Méthodologie

Le sondage de l’Université Dalhousie à Halifax (Nouvelle-Écosse) en partenariat avec la compagnie Caddle a été réalisé en avril 2021 avec 9991 participants. La marge d’erreur est de +/- 1,3 %, 19 fois sur 20. Tout écart entre les totaux est dû à l’arrondissement.

———

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Laisser un commentaire