COVID-19: de grandes épicieries défendent le retrait de leur prime aux Communes

OTTAWA — Les dirigeants de trois des plus grandes chaînes d’épiceries au pays étaient en communication avant l’octroi et avant le retrait des primes salariales allouées dans le cadre de la pandémie de COVID-19, mais ils nient que leurs décisions étaient coordonnées.

Le Comité permanent de l’industrie, des sciences et de la technologie de la Chambre des communes a cuisiné vendredi les grands patrons de Loblaw, d’Empire et de Metro, leur demandant d’expliquer pourquoi ils ont tous cessé de verser ces bonis dès le 13 juin.

Les trois dirigeants ont dit avoir pris cette décision de manière indépendante en tenant compte de plusieurs facteurs, tout en connaissant les intentions de leur concurrence après avoir parfois échangé des appels et des courriels.

La présidente de Loblaw, Sarah Davis, a admis avoir envoyé ce qu’elle désigne comme un «courriel de courtoisie» en vue du lancement du programme de rémunération bonifié. Et elle a également prévenu ses concurrents, le 11 juin, lorsque Loblaw a choisi de mettre fin au programme.

Le président et chef de la direction de Metro, Éric La Flèche, reconnaît que son entreprise était au courant de la démarche de Loblaw lorsqu’elle a mis fin à ses propres primes, mais il affirme qu’il s’agissait d’«un facteur parmi d’autres» dans son processus décisionnel.

Du côté d’Empire, qui détient les marques Sobeys et Safeway, le président et chef de la direction Michael Medline soutient avoir eu vent de la décision de Loblaw, sans toutefois avoir reçu le courriel de Mme Davis.

«Permettez-moi d’être absolument clair, nous n’avons pas coordonné nos décisions», a soutenu M. Medline, dans son allocution d’ouverture devant le comité.

«La décision était la nôtre.»

Sarah Davis a abondé dans le même sens, mais a reconnu leur avoir transmis un «courriel de courtoisie», de même qu’à Walmart et à Save-On-Foods. Ces autres enteprises n’étaient pas représentées vendredi lors de l’audience de deux heures devant le comité des Communes.

Le courriel de Mme Davis les avisait de la décision de Loblaw de mettre un terme à son programme à compter du 13 juin. Loblaw en avait déjà informé ses quelque 200 000 employés et affirmait que «la nouvelle serait immédiatement rendue publique», a précisé Mme Davis. 

Face aux questions du comité, M. La Flèche a indiqué qu’il avait bel et bien pris connaissance de ce courriel lorsque Metro a décidé de retirer ses primes simultanément.

«Nous avons pris notre propre décision à partir de l’information dont on disposait, ce qui comprenait ce dernier élément d’information, oui», a-t-il déclaré.

Parmi les autres facteurs ayant pesé dans la balance figurent la réouverture d’autres détaillants, de faibles volumes d’affaires, le retour graduel à la normale et la relance de l’économie de manière plus générale, a-t-il fait souligné.

Mme Davis a dit avoir reçu une réponse à son courriel du 11 juin, dont elle doit présenter des copies devant le comité.

Hormis ce premier «courriel de courtoisie» transmis lorsque Loblaw avait d’abord décidé d’instaurer les primes, Mme Davis a dit ne pas avoir souvenir d’autres correspondances électroniques du genre.

M. La Flèche a reconnu avoir pour sa part réalisé plusieurs appels téléphoniques lors des mois de mai et de juin pour demander à ses concurrents s’ils comptaient prolonger leurs primes.

«En parfaite conformité avec la Loi sur la concurrence, j’ai demandé à mes vis-à-vis leurs intentions quant au maintien ou non de la prime temporaire», a-t-il déclaré.

Ceux-ci lui ont répondu que leur décision n’était pas encore prise.

«Quoi qu’il en soit, ces appels ont été faits dans le cadre d’un processus décisionnel beaucoup plus large et (…) n’ont pas informé nos décisions.»

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait effectué ces appels, M. La Flèche a répondu qu’il «voulait autant d’information que possible afin de prendre la meilleure décision pour notre entreprise, pour nos employés, au moment opportun». Il n’était «absolument pas» question de parvenir à un accord tacite sur les salaires, a-t-il maintenu.

Les dirigeants ayant contacté leurs vis-à-vis disent avoir d’abord sollicité des conseils juridiques. Des avocats auraient également été présents lors d’au moins une discussion téléphonique.

Selon le président d’Unifor, Jerry Dias, l’audience était l’occasion pour ces chefs d’entreprise d’admettre qu’ils avaient eu tort de retirer les primes.

«Nous avons plutôt eu droit à des dirigeants d’épicerie grassement payés, insistant sur le fait qu’il n’y a pas eu de collusion, puis déclarant de manière remarquable pratiquement la même chose encore et encore», s’est-il indigné dans un communiqué.

«J’attends avec impatience la décision du comité à ce sujet.»

Le syndicat réclame que les primes soient transformées en hausses salariales sur une base permanente et se montre critique des détaillants qui les ont retirées alors que la pandémie bat toujours son plein.

Laisser un commentaire
Les plus populaires