COVID-19: des pays violent le droit international en imposant des restrictions

OTTAWA — Un grand nombre de pays qui imposent, à l’instar des États-Unis ou de l’Australie, des restrictions de voyage à cause du nouveau coronavirus enfreignent le droit international, affirment des experts.

Dans un commentaire publié dans le journal médical The Lancet, 16 spécialistes du droit condamnent les restrictions imposées aux voyageurs ayant séjourné en Chine, épicentre de l’épidémie de COVID-19, les jugeant motivées par «la peur, la désinformation, le racisme et la xénophobie», plutôt que par la science.

Selon eux, ces restrictions contreviennent au Règlement sanitaire international, un accord signé par 196 pays afin notamment de garantir que ceux-ci ne prennent pas des mesures inutiles pour contrôler la propagation d’une maladie infectieuse.

L’Organisation mondiale de la santé a déconseillé les restrictions de voyage depuis l’éclosion du COVID-19 au motif qu’elles font plus de mal que de bien.

Malgré cela, Steven Hoffman, l’auteur principal de l’article du Lancet et professeur à l’Université York de Toronto, constate que 72 pays ont imposé des restrictions. Pis, les deux tiers d’entre eux ne les ont pas signalées à l’OMS, ce qui constitue une autre violation internationale.

«Les réactions ancrées dans la peur, la désinformation, le racisme et la xénophobie ne nous sauveront pas des épidémies comme celle du COVID-19, écrivent ces chercheurs. Il est plus que nécessaire de maintenir la primauté du droit international.»

À court terme, les chercheurs soutiennent que les restrictions de voyage nuisent à l’envoi de fournitures dans les régions touchées par une épidémie et ralentissent les efforts internationaux pour la combattre. «[Elles] stigmatisent des populations entières et nuisent de manière disproportionnée aux plus vulnérables.»

À plus long terme, les restrictions encouragent d’autres pays à ignorer eux aussi le droit international lorsqu’une nouvelle épidémie se propagera.

«Une gouvernance mondiale efficace n’est pas possible lorsque les pays ne peuvent pas dépendre les uns des autres pour se conformer aux accords internationaux», disent-ils.

Le professeur Hoffman a félicité le gouvernement canadien de ne pas avoir imposé de restrictions aux voyageurs venant de Chine.

«Il est probablement très difficile pour le gouvernement canadien de résister à ceux qui demandent des restrictions. Pourtant, il est si important que nous le fassions. Nous devons maintenir cette approche fondée sur des preuves, souligne-t-il. Cela me rend un peu fier de mon pays.»

En revanche, M. Hoffman mentionne que les États-Unis et l’Australie sont des exemples parfaits de pays qui enfreignent le droit international.

Les États-Unis ont interdit l’entrée aux ressortissants étrangers qui étaient en Chine au cours des 14 derniers jours. Les ressortissants américains et les résidents qui ont séjourné dans la province chinoise du Hubei sont soumis à une période de quarantaine obligatoire, tandis que ceux qui ont visité d’autres régions de Chine ne doivent retourner aux États-Unis que par des ports spécifiés où ils subiront un examen de santé.

L’Australie a interdit l’entrée aux visiteurs ayant transité par la Chine ou y ayant séjourné depuis le 1er février. Les ressortissants australiens et les résidents qui ont séjourné en Chine doivent s’isoler pendant 14 jours.

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