COVID-19: des risques réels de débordement dans les hôpitaux du Grand Montréal

MONTRÉAL — Alors qu’un couvre-feu s’appliquera bientôt dans la province pour tenter de casser la deuxième vague de la COVID-19, le scénario où il y aurait un dépassement de la capacité hospitalière consacrée aux patients infectés par le nouveau coronavirus dans le Grand Montréal devient de plus en plus réel.

Dans son plus récent bilan hebdomadaire, publié jeudi, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) souligne également que dans les régions avoisinantes, on constate un «léger déclin» des hospitalisations.

Entre le 28 décembre et le 3 janvier, la période analysée par l’organisme, le nombre de nouveaux cas d’infection a augmenté de 17 % par rapport à la semaine précédente pour s’établir à 17 980.

Pour sa part, le nombre d’hospitalisations projetées grimpe de 25 %, à 876, mais le portrait varie d’une région à l’autre.

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Le risque augmente:

Dans la région métropolitaine, la situation continue de s’aggraver, puisque l’INESSS s’attend à un «risque de dépassement des capacités» réel — une probabilité supérieure à 50 % — d’ici les trois prochaines semaines.

«Près des trois quarts des lits réguliers et des deux tiers des lits de soins intensifs désignés pour les patients COVID-19 sont déjà occupés», peut-on lire.

L’organisme, qui publie ses projections depuis l’automne, qualifiait la semaine dernière de «vraisemblable» le risque de dépassement.

«Le traitement choc annoncé hier est pour éviter cette situation et éviter plus de délestage», a commenté le ministre de la Santé, Christian Dubé, sur le réseau social Twitter, en faisant référence au portrait de l’INESSS.

À la lecture des données, la situation est préoccupante, a souligné la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva, au cours d’un entretien téléphonique.

«Le nombre de cas qui s’ajoutent tous les jours va se matérialiser en hospitalisations dans une semaine, dix jours, a-t-elle relaté. Le nombre de cas augmente, mais le nombre de lits ne peut pas suivre à la même cadence même si l’on fait du délestage.»

Dans un courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux a expliqué que les «taux d’occupation des établissements (de la région métropolitaine) pour les lits ciblés COVID-19 et les soins intensifs se situent entre 60 % et 105 %».

Le plus occupé est le Centre universitaire de santé McGill, suivi à 77 % de l’Hôpital général juif.

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Un déclin, avec un avertissement:

Le portrait est différent à l’extérieur de Montréal et les régions avoisinantes — Laval, Laurentides et Lanaudière ainsi que la Montérégie —, où le nombre de nouvelles hospitalisations est en léger déclin, même si cela peut changer.

«Près de 60 % des lits réguliers et 30 % des lits de soins intensifs désignés pour les patients (infectés par la) COVID-19 sont toujours occupés», indique l’INESSS.

Si l’organisme qualifie de «faible» le risque de dépassement dans son ensemble pour les régions, il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas exclure des débordements dans certains hôpitaux.

Mme Da Silva a prévenu qu’il ne fallait pas baisser la garde même si la situation était moins alarmante dans certaines régions.

«La capacité hospitalière est moindre dans certaines régions, a-t-elle souligné. Il ne faudrait pas vivre une explosion des cas dans les régions, cela serait catastrophique. Montréal ne pourrait même pas aider actuellement. On ne pourrait pas effectuer de transferts de patients de la Gaspésie vers la métropole, par exemple.»

Les données de l’INESSS identifient 103 cas à risque élevé d’hospitalisation dans Chaudière-Appalaches et 145 dans la catégorie des «autres régions», dans laquelle on retrouve, par exemple, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay—Lac-Saint-Jean, l’Outaouais, le Centre-du-Québec et l’Abitibi-Témiscamingue.

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Une tranche d’âge vulnérable:

L’augmentation des cas a été observée dans la plupart des groupes d’âge, mais c’est chez les personnes âgées de 70 ans et plus que l’augmentation — 27 % — a été la plus marquée au cours de la dernière période étudiée par l’INESSS.

À l’inverse, la plus faible augmentation a été constatée dans la catégorie 0-17 ans. Elle a été légèrement inférieure à 1 %.

L’INESSS a prévenu que dans l’ensemble, les données comportaient certaines limites et qu’elles ne tenaient pas compte, par exemple, de la capacité hospitalière, de la disponibilité du personnel et du matériel ainsi que des personnes qui se trouvent en isolement préventif dans des lits d’hospitalisation.

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