COVID-19: efficacité vaccinale au Québec de 80 % selon des données préliminaires

MONTRÉAL — Les vaccins contre la COVID-19 seraient efficaces à environ 80 % au Québec chez les jeunes comme chez les plus vieux, même après une seule dose. Bref, il n’y a «pas d’urgence» à administrer la deuxième dose, estiment les experts de l’INSPQ.

Le pourcentage de protection constaté sur le terrain est qualifié d’«élevé» par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui rendait publiques jeudi matin ses données préliminaires sur l’efficacité vaccinale.

Une différence a toutefois été constatée entre les deux groupes évalués: chez les travailleurs de la santé, la protection était présente après 14 jours, alors qu’elle a plutôt mis 21 jours à s’installer chez les plus de 80 ans habitant en CHSLD. Bref, un certain temps est nécessaire avant le développement de l’immunité, rappelle l’INSPQ.

Cette efficacité vaccinale n’a évidemment été mesurée qu’à court terme: si une poignée de résidants de CHSLD ont reçu le vaccin dès la mi-décembre, la cadence n’a réellement débuté qu’en janvier, soit il y a un mois et demi.

L’INSPQ définit l’efficacité vaccinale comme la réduction du risque de maladie symptomatique chez les personnes vaccinées par rapport à celles qui ne le sont pas.

Délai pour la seconde dose

Pour maximiser le nombre de personnes qui recevraient une première dose du vaccin, dans un contexte de pénurie et d’énormes difficultés d’approvisionnement du vaccin, le gouvernement québécois a pris la décision de reporter — à un maximum de 90 jours — le délai avant d’administrer la seconde.

Cette décision a suscité des critiques puisque les entreprises pharmaceutiques recommandent la seconde dose dans un délai de 21 ou de 28 jours — selon le vaccin.

Jeudi, lors de son breffage technique, l’INSPQ a signalé que les données recueillies ne contredisent pas la décision gouvernementale, bien au contraire. «Elles sont très rassurantes», juge Gaston De Serres, médecin et chef de l’unité immunisation à l’INSPQ.

«Les données vont dans le sens où le gouvernement a pris la bonne décision en favorisant un intervalle plus prolongé», a opiné Nicholas Brousseau, médecin spécialiste en santé publique et président du Comité sur l’immunisation du Québec.

L’immunité est considérée comme étant très bonne après une première dose. «Pour le moment, il n’y a pas de grande urgence à donner la deuxième dose, justement parce que cette première  dose fonctionne bien», a indiqué Dr De Serres.

«Ça enlève la pression.»

La seconde dose pourrait-elle même être offerte au-delà d’une période de 90 jours? Il revient au gouvernement de prendre cette décision, a-t-il répondu, alors que son collègue souligne que cette possibilité peut être considérée.

Une analyse récente vient d’être effectuée chez les travailleurs de la santé québécois, a souligné Dr De Serres, et «rien ne suggère une baisse d’efficacité».

Bref, dans un contexte de pénurie, un délai plus long entre les deux doses demeure la stratégie à privilégier, pour éviter des hospitalisations et des décès, juge le Dr Brousseau.

Mais s’ils ne peuvent dire quand pourrait survenir une diminution de l’efficacité du vaccin, celle-ci ne va pas disparaître tout d’un coup, soutient le Dr Brousseau. La surveillance se poursuit donc, et si l’efficacité diminue, la stratégie vaccinale devra être revue. 

Cette question épineuse a aussi été scrutée par les autorités sanitaires fédérales et celles des autres provinces.

Elles examinent actuellement une nouvelle étude publiée dans le prestigieux «New England Journal of Medicine» qui laisse entendre qu’une seule dose du vaccin Pfizer-BioNTech contre la COVID-19 pourrait être presque aussi efficace que les deux doses recommandées par le fabricant.

L’administrateur en chef adjoint de la santé publique du Canada, le docteur Howard Njoo, a déclaré jeudi que les données présentées, signalant une efficacité de l’ordre de 92 %, sont à première vue convaincantes.

Les variants

Quant aux variants de la COVID-19, les données préliminaires recueillies indiquent que les vaccins actuellement administrés au Québec, ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, protègent bien contre ces nouveaux ennemis. 

Et quant à savoir si le report de la deuxième dose peut favoriser l’émergence de nouveaux variants, il n’y a pas encore de données à ce sujet, mais toute la question des variants demeure sous haute surveillance, assure l’INSPQ.

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