COVID-19 et respirateurs: les vétérinaires seront appelés en renfort au besoin

QUÉBEC — Les vétérinaires seront appelés en renfort, dans les prochaines semaines, au plus fort de la crise sanitaire en cours, en cas de manque d’effectifs d’inhalothérapeutes.

Si le nombre de malades ayant besoin d’un respirateur artificiel explose à court terme, et qu’il y a pénurie d’inhalothérapeutes, le coup de main des vétérinaires pourrait devenir salutaire pour installer le précieux équipement destiné à sauver la vie des malades de la COVID-19 n’arrivant plus à respirer par eux-mêmes.

Le premier ministre François Legault a confirmé que ce scénario était envisagé, lundi, durant sa conférence de presse quotidienne sur l’état de la lutte menée par le Québec à la COVID-19, un virus qui attaque de façon agressive les voies respiratoires.

«On n’exclut pas ça», a-t-il admis, disant vouloir se préparer «au pire» des scénarios.

«Un vétérinaire ne peut pas soigner un patient, mais il peut faire fonctionner un respirateur», a-t-il expliqué, pour justifier cette avenue à première vue inusitée.

Après les pénuries annoncées d’équipement médical (masques N95, masques de procédure, gants, blouses), possiblement de médicaments, et celles de personnel hospitalier (infirmières et médecins à la retraite rappelés au travail), voilà que les inhalothérapeutes pourraient manquer à l’appel eux aussi.

Pour éviter une telle situation, l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec a lancé en mars un message visant à inviter les inhalothérapeutes de moins de 70 ans et ayant quitté le métier depuis moins de cinq ans, à revenir à la pratique.

On croit par contre avoir suffisamment de respirateurs en réserve, même «pour couvrir le scénario qui serait le plus pessimiste», a assuré le premier ministre, qui doit rendre publiques mardi les projections des experts sur la propagation du virus, en termes de nombre de cas et de décès à prévoir. On devrait aussi avoir une meilleure idée du moment où on atteindra le sommet de la courbe de propagation, attendu d’ici quelques semaines.

«Jojo Savard»

À ce propos, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a exprimé d’énormes réserves, lundi, quant à la publication prochaine de ces estimations, leur valeur étant douteuse.

«Personne n’a le goût de présenter des scénarios», a-t-il dit, d’un point de vue scientifique.

À ce moment-ci, selon lui, faire des projections du nombre de cas à venir dépassant l’horizon du 30 avril revient à se fier à l’astrologie.

«Personne ne veut jouer à Jojo Savard», a-t-il illustré, en faisant référence à l’astrologue qui avait une émission de télévision il y a plusieurs années.

Les experts autour de lui ont multiplié les mises en garde, dit-il, en lui lançant: «N’annonce rien, Horacio, ils vont te couper la tête si jamais t’as pas le bon chiffre!»

Quand le fameux sommet sera atteint, annonçant le début d’un ralentissement de la propagation, le premier ministre songera à étendre la liste des commerces figurant sur la liste des services essentiels, donc pouvant recommencer à fonctionner.

«Est-ce qu’on pourrait ajouter des petits commerces où on pourrait garder la distance de deux mètres? J’exclus pas ça», a dit M. Legault, qui tient à procéder très graduellement.

Ce retour très progressif à une vie normale au Québec se fera dans des conditions «différentes», a renchéri M. Arruda.

Par exemple, la consigne de «distanciation sociale» est là pour rester, comme la présence de plexiglas pour protéger les caissières dans les commerces.

Mais autant commencer à se faire à l’idée: on ne retrouvera «plus jamais une normalité comme avant», prévient le Dr Arruda.

Par ailleurs, il n’est pas question d’imposer aux femmes enceintes d’accoucher seules, sans leur conjoint, a dit le premier ministre.

Il s’est cependant abstenu de critiquer la directive contraire en vigueur à l’Hôpital général juif de Montréal, une façon de faire dénoncée par des femmes sur le point de s’y rendre pour accoucher.

C’est actuellement le seul hôpital au Québec à imposer cette restriction, justifiée par un nombre jugé élevé de cas de COVID-19 dans l’établissement.

Lundi midi, le Québec comptait 636 nouveaux cas d’infection pour un total de 8580 cas confirmés, tandis que 533 personnes étaient hospitalisées. On déplore à ce jour 121 décès.

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