COVID-19: Jusqu’à 44 000 morts au Canada si le pays «maîtrise l’épidémie»

OTTAWA — Dans le meilleur des scénarios, et à condition que le Canada «maîtrise l’épidémie», la COVID-19 ferait entre 11 000 et 44 000 morts au pays.

L’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a publié ces scénarios jeudi matin.

Dans ses calculs, entre 2,5 et 10 pour cent de la population canadienne aura été infectée pendant cette épidémie, à condition de poursuivre l’imposition de mesures strictes pour freiner la propagation du virus. Le nombre d’hospitalisations sera entre 73 000 et 292 000, de 23 000 à 92 000 de ces malades auront séjourné aux soins intensifs.

Les épidémiologistes de l’agence ont également fait le calcul pour une infection de seulement un pour cent de la population canadienne, un objectif «ambitieux», au dire de Dre Tam.

En présentant l’exercice, Dre Tam a souligné que l’image qu’elle possède est «incomplète» parce que beaucoup de cas au pays ne sont pas signalés. Les nombres de cas annoncés dépendent du nombre de tests administrés, et ceux-ci diffèrent d’une province à l’autre.

«On a dit plusieurs fois que les résultats des tests de laboratoire (sont) une sous-estimation de la réalité», a renchéri son adjoint, Dr Howard Njoo.

Jeudi, plus de 373 000 tests avaient été administrés, cinq pour cent d’entre eux revenant avec un résultat positif. L’Ontario rapporte la moitié du nombre de cas au Québec et, pourtant, les deux provinces comptent presque autant de décès.

Avec les chiffres qu’elle a à sa disposition, l’agence prévoit, d’ici le 16 avril, entre 22 580 et 31 850 cas au pays. Ceci signifierait qu’il y aura eu entre 500 et 700 décès d’ici la fin de la semaine prochaine au Canada.

«Nous ne pouvons pas empêcher tous les décès, mais nous devons empêcher chaque décès qu’il nous est possible d’empêcher», a déclaré Dre Tam, insistant une fois de plus sur la nécessité de se plier aux mesures d’éloignement social et d’isolement.

Jeudi, on a dépassé les 20 000 cas confirmés et probables décelés par les tests administrés au Canada. Et on avait déjà déploré plus de 500 décès.

Toujours en se fiant aux données fournies par les provinces, Dre Tam constate que le nombre de cas double aux cinq jours, alors qu’il doublait tous les trois jours auparavant. Elle demeure prudente, craignant provoquer un relâchement dans l’obéissance aux limites imposées aux citoyens.

«Il est trop tôt pour savoir si, d’une perspective nationale, nous approchons du pic», a également noté Dre Tam.

Retour à la normale pas pour bientôt

Comme la veille, Justin Trudeau a souligné que le retour complet à la normale ne sera pas possible avant un vaccin. Il pouvait maintenant se baser sur les scénarios publiés pour faire accepter la situation aux Canadiens limités dans leurs déplacements depuis des semaines.

«La normalité comme elle était avant ne pourra pas revenir tant qu’il n’y aura pas de vaccin, et ça, ça pourrait être dans un an, un an et demi; on ne le sait pas exactement», a dit le premier ministre.

«Une fois cette première vague passée», certaines activités seront permises, a-t-il rappelé à son point de presse jeudi avant-midi, comme il l’avait fait mercredi. Des mesures de restriction de mouvements seront alors imposées seulement dans les régions et aux moments où il y aura des «résurgences».

«Comme la Dre Tam l’a expliqué, on va probablement connaître d’autres vagues d’infection moins importantes pendant un certain nombre de mois. (…) Mais comme on l’a vu ce matin, c’est un meilleur scénario que ce qui pourrait se produire si on refusait d’agir», a souligné M. Trudeau en faisant référence aux scénarios publiés par l’Agence de la santé publique du Canada.

«Je sais que ce n’est pas facile, mais ce n’est pas pour toujours», a assuré le premier ministre, promettant un éventuel retour vers les parcs, les cinémas et les restaurants.

«Pour ça tout le monde doit faire sa part, maintenant, et pour les semaines à venir», a-t-il martelé.

L’aide fédérale ne s’arrêtera pas

Alors qu’on apprenait que mars a enregistré un million de nouveaux chômeurs, le gouvernement fédéral a réitéré qu’il y aura de l’aide financière pour tous, peu importe la durée de la crise.

Comment justifier qu’Ottawa paye pendant trois mois les salaires dans des entreprises aériennes alors que le premier ministre entrevoit des limites sur les déplacements pour les prochains 12 à 18 mois? Ces emplois ne sont-ils pas, de toute manière, voués à disparaître pour quelque temps?

«Personne ne peut faire des pronostics certains concernant l’avenir», a répondu la vice-première ministre Chrystia Freeland.

«À cause de la grande incertitude, ce que nous devons faire, c’est exactement ce qu’on a fait. (…) On continuera d’appuyer l’économie pour tout le temps qu’il sera nécessaire», a-t-elle déclaré. «Le gouvernement fédéral a les ressources économiques pour faire ça», a-t-elle assuré.

Son collègue président du Conseil du trésor, Jean-Yves Duclos, a indiqué que l’autre aide financière majeure d’Ottawa, la prestation canadienne d’urgence (PCU), en était à 5 millions de demandes, jeudi midi. De ce nombre, 4,6 millions avaient déjà été traitées.

Dans la seule journée de mercredi, 750 000 Canadiens ont demandé cette PCU qui distribuera 2000 $ par mois pendant quatre mois à tous ceux qui seront sans revenu.

La subvention salariale offerte aux entreprises couvre, elle, 75 pour cent des salaires pendant trois mois.

Nombre de cas

Il y a 20 765 cas confirmés et probables décelés par les tests administrés au Canada. La maladie à COVID-19 a provoqué jusqu’à maintenant la mort de 506 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans disponibles: 10 912 cas au Québec, dont 216 décès; 5759 cas en Ontario, dont 200 décès; 1451 cas en Alberta, dont 32 décès; 1370 cas en Colombie-Britannique, dont 50 décès; 373 cas en Nouvelle-Écosse, dont deux décès; 278 cas en Saskatchewan, dont trois décès; 236 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 224 cas au Manitoba, dont trois décès; 111 cas au Nouveau-Brunswick; 25 cas à l’Île-du-Prince-Édouard; huit cas au Yukon; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.