COVID-19: la Première Nation de Long Point lance un appel à l’aide pour du logement

OTTAWA — Une communauté autochtone isolée lance un cri d’alarme pour protéger ses quelque 500 résidants en temps de pandémie de la COVID-19.

La Première Nation de Long Point, en Abitibi-Témiscamingue, a décrété l’état d’urgence locale il y a une dizaine de jours.

Mais malgré ses demandes répétées, le chef Steeve Mathias dit qu’il n’a toujours pas obtenu de garanties de l’appareil fédéral pour l’acquisition de cinq roulottes qui serviront à accueillir des personnes en isolement.

À son avis, la situation pourrait s’avérer dramatique si la COVID-19 entrait dans la communauté puisque le risque de transmission est élevé. Plusieurs résidences sont surpeuplées et logent parfois deux familles à la fois, rendant l’isolement difficile, voire impossible.

«Si le virus rentre, il va se propager à une vitesse éclair dans la communauté. Il va falloir isoler des familles ou des gens très rapidement», fait valoir M. Mathias en entrevue téléphonique.

La Première Nation de Long Point a déjà demandé — et obtenu en moins de 24 heures — une autopatrouille avec deux policiers en tout temps de la part du gouvernement du Québec.

Elle a également demandé à Ottawa des agents de sécurité pour surveiller le point de contrôle dans la communauté, qui est confinée pour éviter qu’une personne de l’extérieur fasse rentrer le virus.

Là encore, cette demande n’a pas encore été traitée.

M. Mathias déplore la lenteur et la complexité du processus de l’appareil fédéral, qui doit approuver ses demandes avant de donner le feu vert à un conseil tribal chargé de distribuer les fonds.

«Ça ne fonctionne pas à notre goût, c’est bien évident, critique-t-il. Les fonctionnaires sont toujours dans le décor. C’est eux autres, en bout de ligne, qui décident si les fonds vont être alloués ou pas. Je n’ai pas le temps de négocier, moi. Il y a des mesures qu’il faut que je mette en place.

«C’est un jeu de chat et de souris avec eux autres. On est tannés, vraiment tannés», laisse-t-il tomber.

M. Mathias craint maintenant de perdre les roulottes qu’il avait réservées depuis la semaine passée.

«Dans ma communauté, il y a des décisions à prendre, des décisions qui méritent notre attention immédiate. La situation évolue de jour en jour et on n’a pas la flexibilité ou les moyens pour mettre toutes les mesures en place pour protéger la sécurité et la vie de nos gens», se désole le chef.

Il n’a pas non plus été facile d’obtenir une réponse au sujet de l’avancement des demandes faites par M. Mathias.

Le service des communications du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki a redirigé La Presse canadienne vers la personne chargée de la gestion des urgences chez Affaires autochtones et du Nord Canada, qui s’est à son tour tourné vers le service des communications du ministère.

Un commentaire est finalement venu mercredi soir du côté du bureau de Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones.

«Nous travaillons activement avec la Première Nation de Long Point pour nous assurer que les ressources nécessaires sont en place. De l’équipement de protection individuel est en route vers la communauté et plus de soutien a été offert en termes de personnel infirmier», a commenté son attachée de presse Vanessa Adams.

Mme Adams a précisé que les Premières Nations au Québec recevront près de 25 millions $ par le biais du Fonds de soutien aux communautés autochtones. Cet argent sera «divisé en fonction de la population, de l’éloignement et du bien-être de la communauté».

«Ce n’est qu’un début, a-t-elle ajouté. Nous savons qu’il faut faire plus et nous travaillons activement avec les communautés autochtones pour identifier et fournir le soutien spécifique dont elles ont besoin.»

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