COVID-19: Le masque est désormais fortement recommandé, mais pas obligatoire

QUÉBEC — Le port du masque est désormais fortement recommandé au Québec, mais il demeure un accessoire de protection facultatif.

Le gouvernement Legault a donc choisi de ne pas rendre l’usage du masque obligatoire, même dans les transports publics, contrairement à des villes comme Paris ou New York.

C’est ce qu’a indiqué le premier ministre François Legault, mardi, en conférence de presse, en compagnie du directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé, Danielle McCann. Le trio a choisi de faire une entrée spectaculaire dans la salle de presse en se présentant le visage masqué, une première depuis le début de la pandémie il y a deux mois.

Une certaine confusion s’est installée sur les motifs du gouvernement de renoncer à rendre l’accessoire obligatoire.

M. Legault a dit que sur le plan légal, le terrain ne semblait pas sûr pour favoriser l’approche coercitive. Pour rendre le port obligatoire, il faudrait démontrer l’efficacité du masque à se protéger contre le virus, ce qui n’est «pas évident», selon lui.

Mais le Dr Arruda a tenu un discours fort différent par la suite, laissant entendre qu’au contraire le Québec avait le pouvoir de forcer les gens à le porter, s’il en décidait ainsi. Il a d’ailleurs affirmé qu’il irait en ce sens, en adoptant une approche coercitive, si les gens ne suivaient pas la recommandation du gouvernement.

«S’il faut le rendre obligatoire, on va le rendre obligatoire», a soutenu le Dr Arruda, se disant prêt à défier s’il le fallait les chartes des droits et libertés, québécoise et canadienne, grâce aux pouvoirs conférés par la loi québécoise de santé publique.

«Au-delà des droits et libertés» reconnus dans les chartes, le Québec pourrait donc éventuellement imposer le port du masque à la population, a soutenu le Dr Arruda, qui attend de voir si les gens vont se plier à la consigne, avant de sortir le bâton.

«Quand on brime les droits individuels, sur la perspective d’un droit collectif, il faut avoir de « bonnes argumentaires » pour le faire», a-t-il dit. 

Le Québec a enregistré 118 décès attribuables à la COVID-19 de lundi à mardi, pour un total de 3131 décès depuis le début de la pandémie.

Quoi qu’il en soit, le masque fait désormais partie des «bonnes habitudes» à prendre, a fait valoir le premier ministre.

«Quand vous sortez de chez vous, mettez-vous un masque», surtout dans le métro et l’autobus, a lancé le premier ministre aux Québécois, en espérant que cette nouvelle consigne sera observée.

Pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, le premier ministre Legault se rendra à Montréal jeudi et vendredi rencontrer les principaux acteurs de la lutte au virus, qui frappe durement la métropole, devenue l’épicentre de la pandémie au Canada.

Il doit s’entretenir notamment avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et avec divers gestionnaires de la santé publique.

Il faudra s’armer de patience au cours des prochains mois, car la lutte contre «le maudit virus» de la COVID-19 s’annonce longue et difficile, a prédit M. Legault, qui ne s’attend pas à voir couler «un long fleuve tranquille».

Déficit de 15 milliards $

Pendant ce temps, il y a quelques mois à peine, le Québec, en pleine croissance économique et au bord du plein emploi, se demandait comment utiliser judicieusement les milliards de dollars de surplus entassés dans ses coffres.

Avec la COVID-19, le portrait a changé radicalement en quelques semaines. Le taux de chômage atteint maintenant 17 pour cent, les gens, confinés, ont moins consommé, et les rentrées d’argent se font plus rares.

Bref, le Québec se dirige vers un déficit astronomique, qui pourrait atteindre les 15 milliards $ cette année, a calculé le premier ministre.

«L’économie est très affectée», a-t-il constaté, après deux mois de confinement des entreprises et des commerces.

En deux mois à peine, l’impact sur les finances publiques est colossal.

En santé, les dépenses supplémentaires occasionnées par la lutte au virus atteignent déjà 3 milliards $. En économie, on a injecté 2 milliards $ de plus que prévu. Différentes mesures ont grugé 15 milliards $ de fonds publics. Et c’est sans compter le manque à gagner dû à une baisse de revenus.

Le déficit de l’année 2020 devrait se donc se situer entre 12 et 15 milliards $, prévoit le premier ministre.

Dans un autre ordre d’idées, malgré l’approche de la saison estivale et des vacances, le premier ministre croit qu’il est encore prématuré de faire des réservations d’hébergement.

«Pour l’instant, on pense qu’il faut limiter les déplacements entre les régions», a dit M. Legault, en espérant que la situation évolue positivement dans les prochaines semaines.

Enfin, à la demande du premier ministre, le drapeau du Québec sera mis en berne sur la tour centrale de l’hôtel du Parlement, mercredi, à la mémoire des victimes de la pandémie de la COVID-19.

Les plus populaires