COVID-19: le ministre Morneau promet un soutien aux Canadiens et à l’économie

TORONTO — Ottawa accordera une aide financière aux Canadiens qui seraient mis en quarantaine en raison du coronavirus et augmentera dans le prochain budget son «coussin» pour faire face aux imprévus si la crise économique devait être grave et prolongée, a déclaré vendredi le ministre fédéral des Finances.

Les détails de ces mesures seront communiqués prochainement, a déclaré Bill Morneau, qui a également noté que les responsables fédéraux réfléchissaient à des moyens de protéger l’économie des effets d’une éclosion au Canada du coronavirus qui s’est maintenant propagé dans plus de 75 pays.

Le COVID-19 s’est maintenant invité dans l’économie et les marchés financiers, incitant la Banque du Canada à réduire cette semaine son taux directeur d’un demi-point de pourcentage, à 1,25 %. L’éclosion du coronavirus a provoqué une chute des échanges commerciaux avec la Chine, une baisse des prix du pétrole et un report de nombreux projets de voyage. Le plein impact du COVID-19 sur l’économie canadienne dépendra de l’ampleur et de la propagation géographique du coronavirus au pays, a déclaré M. Morneau vendredi matin, dans un discours devant le Canadian Club de Toronto.

M. Morneau a précisé en point de presse par la suite que le gouvernement fédéral disposait d’une marge de manoeuvre budgétaire pour aider les entreprises à surmonter tous les défis, mais aussi pour aider les employés qui pourraient devoir s’absenter du travail un certain temps. Le ministre des Finances a précisé que son prochain budget comportera par ailleurs une plus importante provision pour éventualités. M. Morneau croit aussi que le budget aidera à résoudre les problèmes de santé immédiats tout en essayant de réduire la dette fédérale en pourcentage de l’économie nationale — le ratio de la dette au PIB.

Le gouvernement fédéral a réduit en novembre son coussin actuel en cas d’imprévus à 1,5 milliard $, parce que les données aux deux tiers de l’exercice suggéraient un risque réduit. La mise à jour économique de l’automne prévoyait par ailleurs un coussin de 3 milliards $ pour le prochain exercice, qui commencera le 1er avril. Cette provision pour éventualités correspond aux revenus projetés que le gouvernement réserve chaque année comme «amortisseur» si les recettes ne se matérialisent pas en raison d’un ralentissement économique. Si elle n’est pas utilisée, ce coussin peut servir à rembourser la dette fédérale.

Pas les moyens d’être malade

Dans une note écrite après le discours de M. Morneau, l’économiste en chef de la CIBC Avery Shenfeld estimait que le ministre ne devrait pas se laisser tenter par une baisse des dépenses ou une augmentation des impôts afin d’atteindre son objectif de réduction du déficit. Il estime qu’une augmentation ponctuelle des transferts fédéraux aux provinces en matière de santé pourrait couvrir les coûts accrus du COVID-19, tout comme des incitatifs fiscaux directs pour stimuler les dépenses de consommation, sur lesquelles s’appuie l’économie.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de santé a estimé que le commentaire de M. Morneau revenait à «annoncer que vous allez annoncer quelque chose», à un moment où les besoins sont déjà là. «Les gens qui n’ont pas les moyens de prendre un congé de maladie ont besoin d’aide maintenant», a estimé Don Davies dans un communiqué.

Pat Kelly, porte-parole adjoint des conservateurs en matière de finances, a soutenu que les libéraux n’avaient pas réussi à se préparer à un ralentissement puisqu’ils ont accumulé de profonds déficits pendant les jours meilleurs. «Aujourd’hui, les coffres sont vides, alors que l’économie canadienne fait face à la fois à une crise économique intérieure de fuite des capitaux, à des annulations de projets et à des ruptures d’approvisionnement en raison de blocus (ferroviaires) illégaux, et à la perspective d’un ralentissement mondial déclenché par le coronavirus», a-t-il soutenu dans un communiqué.

M. Morneau a estimé vendredi que les problèmes autour des blocus ferroviaires étaient «largement résolus». Il a toutefois admis qu’il ne pouvait prédire si de telles perturbations pourraient bientôt se reproduire.

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