COVID-19: Legault donne un peu d’oxygène aux aînés des résidences privées

Les personnes âgées vivant en résidence privée vont enfin pouvoir respirer un peu, après plusieurs semaines de confinement quasi total.

Le gouvernement Legault a décidé mardi d’assouplir un peu les consignes imposées aux aînés logeant dans les résidences privées (RPA), mais seulement celles où le virus de la COVID-19 n’a pas fait son nid.

Ils pourront désormais sortir de l’établissement pour prendre l’air et faire une marche sans supervision. On leur accorde aussi la liberté d’échanger avec un proche, à l’extérieur des murs de l’édifice, si les consignes sont respectées: distance de deux mètres entre chacun, lavage des mains avant et après la rencontre, port recommandé d’un masque dans les lieux publics.

Le Québec compte 1900 résidences de ce type. En avril, on en comptait 143 où au moins un cas de contamination avait été enregistré.

À partir du 11 mai, le gouvernement offrira des plages horaires destinées spécifiquement aux aînés des RPA intéressés à faire leurs courses dans des commerces inscrits sur la liste des services essentiels, comme les pharmacies et les épiceries.

Dès le 11 mai aussi, les gens «significatifs» qui veulent voir leur proche résidant en RPA, en ressource intermédiaire ou en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) pourront le faire. Cela inclut les visites aux malades en fin de vie. Le protocole de prévention des infections devra cependant être suivi à la lettre.

«Il ne faut pas sacrifier la santé mentale pour la santé physique. Ce n’est pas humain pour un aîné de ne pas voir ses enfants sur une longue période de temps», a considéré le premier ministre François Legault.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a reconnu de son côté qu’en raison de la pandémie et de la vulnérabilité des personnes plus âgées, le gouvernement leur avait «enlevé beaucoup de liberté de mouvement». Le temps est venu de lever ces interdits, a-t-elle dit en conférence de presse, aux côtés du premier ministre. 

«Assouplissement ne veut pas dire relâchement», a ajouté Mme Blais, invitant les Québécois à la prudence.

Si jamais le nombre d’infections augmente dans les prochaines semaines, le gouvernement se réserve le droit de fermer le robinet à nouveau.

Pour la population en général, par contre, aucun nouvel assouplissement n’a été annoncé. L’interdit absolu de rassemblement est maintenu jusqu’à nouvel ordre. «Ca va venir. Décourageons-nous pas», a commenté la directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, qui a demandé aux gens d’être encore patients.

En ce qui a trait aux personnes âgées vivant dans leur maison, rien n’est changé.

La ministre Blais, qui a été ministre des Aînés pendant cinq ans dans le gouvernement Charest, de 2007 à 2012, a fait une sorte de mea culpa en affirmant qu’elle aurait «voulu faire plus», mais qu’il manquait à l’époque de volonté politique, selon elle. «Je prends ma part de responsabilités», a-t-elle dit.

Mme Blais affirme que la crise actuelle force le gouvernement à prendre «une vitesse grand V» pour initier au plus tôt les nombreux changements requis pour mieux traiter les aînés: meilleurs soins à domicile, meilleur financement des résidences, embauche de personnel mieux payé et dédié, équipement médical disponible en quantité suffisante dans les établissements, etc.   

Congédiements à venir?

Des ratés ayant été observés dans la gestion de la crise depuis le début, le premier ministre Legault n’a pas caché que certains dirigeants des CISSS et des CIUSSS, de qui relèvent les CHSLD, pourraient perdre leur emploi avant longtemps.

«Dans la crise, on peut parfois voir certaines lacunes», a commenté le premier ministre, en décrétant qu’à la tête des CISSS et des CIUSSS «ceux qui n’ont pas les compétences de gestion requises vont être remplacés».

Pendant ce temps, malgré les appels répétés de M. Legault pour inciter les gens à venir prêter main-forte dans les CHSLD, où on observe une pénurie criante, il manque toujours de personnel.

Dans tout le réseau de la santé, 11 200 travailleurs manquaient à l’appel mardi.

Il a donc demandé de nouveau des renforts à temps plein, et promis de nouvelles primes salariales aux travailleurs intéressés.

Le premier ministre a aussi dit que la première phase de déconfinement des commerces, qui s’est mise en branle lundi en région, «s’est bien déroulée».

Le Québec a déploré 118 nouveaux décès attribuables au virus entre lundi et mardi, pour un total de 2398 décès depuis le début de la crise sanitaire.