COVID-19: Legault interdit de tenir des grands événements à l’intérieur

QUÉBEC — La maladie COVID-19 se répand à un rythme jugé désormais inquiétant, au point de forcer le Québec à se placer en «mode d’urgence» et à adopter tout un train de mesures préventives, a décrété jeudi le premier ministre François Legault.

Santé Québec a annoncé jeudi soir que quatre nouveaux cas ont été confirmés portant le nombre de personnes infectées à 17 dans la province. Dans tous les cas, il s’agit de personnes de retour de voyage dans un autre pays. On n’a à ce jour enregistré aucun cas de transmission directe en sol québécois.

Et la crise n’est pas près de se résorber: au contraire, il faut s’attendre à ce qu’elle dure plusieurs mois, entraînant un nombre imprévisible de décès dans son sillage.

Dans les circonstances, tout doit être mis en oeuvre pour «ralentir au maximum» la propagation du virus mortel, a dit M. Legault en conférence de presse, flanqué du directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et de la ministre des Aînés, Marguerite Blais.

Certaines mesures seront contraignantes, d’autres volontaires.

Désormais, tous les événements attirant plus de 250 personnes et prévus à l’intérieur devront être annulés. La Ligue nationale de hockey (LNH) n’a pas tardé à donner suite à la requête en annonçant la suspension du reste de la saison.

Tous les événements «qui ne sont pas nécessaires» devraient aussi être annulés, selon le voeu du premier ministre.

Québec oblige désormais tous les employés de l’État, des secteurs public et parapublic — fonctionnaires, enseignants, personnel hospitalier et des services de garde — à s’isoler pendant deux semaines lorsqu’ils reviennent d’un voyage à l’étranger. Leur rémunération ne sera pas affectée.

La crise survient en pleine période de négociation des conventions collectives des employés de l’État, incluant ceux du secteur de la santé, qui seront plus indispensables que jamais. Québec planche donc sur un scénario d’«entente spéciale» avec le réseau de la santé, le temps que la crise s’estompe. 

Pour la population en général, Québec demande à tous les voyageurs de retour de l’étranger, quel que soit le pays visité, d’accepter de se placer volontairement en isolement pendant 14 jours.

Le gouvernement exhorte les employeurs du secteur privé à se montrer «compréhensifs» sur le plan de la rémunération pour les travailleurs qui choisiront de se placer en quarantaine au retour d’un voyage. Des mesures de compensation financière seront annoncées prochainement par le gouvernement. 

D’autres mesures à venir viseront les entreprises en manque de liquidités, en raison du coronavirus.

«On ne laissera tomber personne», a promis le premier ministre.

Pour l’heure, il n’est pas question de fermer les écoles, mais ce scénario n’est pas exclu. Tout dépendra de la façon dont le virus va continuer à se propager.

Pas davantage question, pour l’instant, d’interdire aux gens de rendre visite à une personne âgée résidant dans un centre d’hébergement, même s’il s’agit de la population la plus vulnérable. Mais on demande aux personnes qui rentrent de voyage de s’abstenir de s’y rendre, surtout si elles présentent des symptômes.

Dans le même esprit, on demande à ceux qui le peuvent de favoriser le télétravail.

Les deux prochaines semaines seront déterminantes, cruciales, dans la lutte menée contre la propagation de la COVID-19 au Québec, selon M. Legault.

En Chambre, plus tôt, il avait dit espérer pouvoir éviter le scénario catastrophe de l’Italie, un des pays au monde parmi les plus touchés par la pandémie mondiale.

Le virus étant très contagieux, la maladie pourrait frapper entre 30 % et 70 % de la population, «si rien n’est fait» pour prévenir la propagation, a nuancé de son côté M. Arruda.

Contrairement à ce qu’il avait dit en déposant son budget 2020-2021 mardi, le ministre des Finances, Eric Girard, n’exclut plus de devoir faire un déficit pour répondre aux besoins du réseau de la santé et des entreprises, si la situation devient hors de contrôle à court terme.

Mercredi, le premier ministre Legault avait indiqué que si jamais les choses tournaient mal et que le Québec était frappé de plein fouet par la COVID-19, son gouvernement pouvait compter sur une réserve de stabilisation évaluée à 14 milliards $. Jeudi matin, il a dit que cela pourrait se faire «rapidement».

La rencontre des premiers ministres prévue à Ottawa jeudi soir et vendredi a dû être annulée à la dernière minute, le premier ministre Justin Trudeau et son épouse, Sophie Grégoire, s’étant placés volontairement en isolement.

Les questions du contrôle des frontières et des compensations à prévoir pour les travailleurs qui devront s’absenter en raison du virus étaient parmi les sujets à l’ordre du jour de la rencontre.

M. Legault a dit que les premiers ministres trouveraient un autre moyen pour aborder ces questions, comme la conférence téléphonique.

Il n’a pas exclu jeudi l’idée de devoir fermer les frontières du Québec, s’il obtient l’accord d’Ottawa, pour contrôler la propagation du virus mortel, qui se répand à travers le monde depuis la mi-janvier.

À l’unanimité, l’Assemblée nationale a adopté jeudi une motion réclamant à Ottawa de se doter d’un protocole de détection du virus «chez toutes les personnes entrant au Canada». 

Jeudi, sur Twitter, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes, Diane Francoeur, a réclamé un plan global d’isolement des voyageurs qui débarquent au Québec. 

Pendant ce temps, l’Assemblée nationale a décidé de fermer jusqu’à nouvel ordre le pavillon des visiteurs, dans un souci de prévention.

Les élus vont cependant continuer à faire leur travail au parlement, sauf pour les missions internationales, qui seront toutes annulées.

Le premier ministre Legault renonce aussi, jusqu’à nouvel ordre, à toute mission gouvernementale à l’étranger.

Vu l’ampleur de la crise, il s’est engagé à rencontrer les médias tous les jours pour faire le point sur la situation.

Le gouvernement vient aussi de mettre sur pied un comité de vigilance formé de huit ministres destiné à identifier les meilleures actions pour soutenir l’économie du Québec, frappée par la pandémie.

La ligne 811, créée pour fournir de l’information aux gens qui éprouvent des symptômes, déborde, alors que le temps d’attente pour obtenir des informations peut atteindre une heure, voire davantage.

Jeudi, la ministre McCann a dit qu’elle allait débloquer 20 postes additionnels pour répondre à la demande croissante.

Le chef par intérim de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a réclamé du gouvernement des directives claires, compte tenu de «l’accélération» de la crise.

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