COVID-19: les études se multiplient, mais aucune ne risque de manquer de sujets

MONTRÉAL — Les essais cliniques pour trouver des armes face au coronavirus se multiplient au Québec, mais les chercheurs qui les pilotent ne craignent pas pour autant de finir par manquer de participants.

Deux études ont par exemple vu le jour seulement cette semaine.

La première, l’étude dal-COVID à l’Institut de cardiologie de Montréal, s’intéressera à l’efficacité du dalcetrapib pour combattre la COVID-19. Ce médicament pharmacogénomique pourrait potentiellement neutraliser la protéase principale du virus, qui joue un rôle essentiel dans la réplication et la transcription du virus dans le corps.

Les chercheurs ont besoin de 200 sujets pour tester ce médicament qui pourrait améliorer les symptômes des patients, réduire les complications et le fardeau sur les systèmes de santé, et contribuer aux vaccins.

«Je ne crois pas», répond d’emblée le chercheur principal de dal-COVID, le docteur Jean C. Grégoire, quand on lui demande si on risque de finir par manquer de participants pour répondre aux besoins de tout le monde.

«Quand on arrive avec des études où on veut vraiment démontrer un impact significatif sur les événements, il faut aller vraiment dans les études de phase 3, et ça, ce sont des études de plusieurs milliers de patients, donc souvent, on va aller bien au-delà des frontières québécoises», a-t-il ajouté.

C’est par exemple le cas de la deuxième étude annoncée cette semaine. Des scientifiques de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill ont lancé un essai clinique sur la fluvoxamine, un médicament qui a déjà prouvé son efficacité pour réduire les lésions pulmonaires dans des études sur les animaux et dans un petit essai contrôlé par placebo.

Ils espèrent recruter une centaine de participants au Québec, mais quelque 1100 à l’échelle mondiale.

«Avec plus de 2000 nouvelles infections par jour, si on avait seulement cinq ou dix volontaires par jour, nous atteindrions notre objectif d’ici la fin du mois», a indiqué par courriel le chercheur qui en est responsable, le docteur Todd Lee.

Cet essai clinique fait suite à l’essai STOP COVID, dont les résultats publiés en novembre 2020 dans le Journal of the American Medical Association ont montré que la fluvoxamine était associée à une réduction de la détérioration clinique de personnes atteintes de COVID-19.

Partage des patients

Lundi, la firme pharmaceutique québécoise Medicago a admis qu’elle cherchait toujours quelques 250 personnes âgées de 75 ans et plus pour participer à la phase II des essais cliniques de son candidat vaccin contre la COVID-19. Les critères de recrutement possiblement trop stricts de Santé Canada pourraient être en cause.

L’étude clinique ColCorona, qui a vu le jour à l’Institut de cardiologie de Montréal à la fin mars 2020, visait à tester l’efficacité de la colchicine, un comprimé oral déjà connu et utilisé pour d’autres maladies, contre la COVID-19. On souhaitait compter sur 6000 participants.

Questionné quant à savoir s’il avait réussi à recruter tous les sujets espérés, le médecin qui en est responsable, le docteur Jean-Claude Tardif, a simplement indiqué que ces chiffres seront rendus publics au moment du dévoilement des résultats de l’étude, dans une quinzaine de jours.

Le docteur Lee souligne par ailleurs que deux études actuellement en cours au CUSM, la sienne et l’étude Contain-Covid-19, permettent une participation à distance, sans déplacement, ce qui devrait faciliter le recrutement de participants.

Il souhaiterait par ailleurs la mise en place d’un système ou d’un réseau qui dirigerait les patients vers les études cliniques les plus pertinentes à leur état de santé.

«Il y a beaucoup de patients actuellement et je ne pense pas qu’on ait un problème de patients surutilisés, a dit le docteur Grégoire, de l’Institut de cardiologie. La chose importante est de sensibiliser les patients, quand ils sont positifs, à savoir qu’il y a une panoplie d’études en cours, que ces gens-là puissent communiquer (avec nous) pour qu’on puisse les randomiser.»

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