COVID-19: les ouvriers veulent continuer à travailler… pas au prix de leur santé

MONTRÉAL — Plus des deux tiers des ouvriers de la construction souhaitent continuer à travailler malgré la pandémie de coronavirus. Ils ne veulent pas que les chantiers soient fermés, mais ils veulent travailler dans de meilleures conditions sanitaires.

C’est ce que soutient la CSD-Construction, en se basant sur une enquête maison qu’elle a réalisée auprès de ses 28 000 membres, par courriel et message texte, et à laquelle 6660 d’entre eux ont répondu en 24 heures.

Ce sont précisément 67 pour cent qui ont préféré l’option «maintenir actifs les chantiers avec des mesures d’hygiène acceptables et des moyens sanitaires améliorés, le cas échéant». L’autre option qui était suggérée était «la fermeture complète des chantiers, malgré les contraintes liées à ma rémunération».

En entrevue lundi, le président de la CSD-Construction, Carl Dufour, rapporte qu’encore aujourd’hui, malgré les rappels à l’ordre des associations patronales de la construction et même du premier ministre François Legault, certains entrepreneurs sont négligents à ce chapitre et rendent ainsi leurs travailleurs vulnérables au coronavirus.

«Il y en a encore. Il y en a qui se foutent de ça. Il y en a qui reviennent de vacances, qui se foutent de la pandémie et qui rient devant les travailleurs. Il faut que les entrepreneurs changent leur mentalité», lance M. Dufour.

Il ne montre du doigt aucun secteur de la construction en particulier ni aucune taille d’entreprise en particulier.

Certains entrepreneurs sont exemplaires, rapporte M. Dufour: l’eau et le savon sont là, les lingettes désinfectantes, ils ont changé les horaires pour que les ouvriers se côtoient en moins grand nombre et que du personnel puisse tout nettoyer, les toilettes sont désinfectées plus souvent, les consignes sont rappelées.

Mais d’autres sont négligents. M. Dufour demande donc au ministre du Travail, Jean Boulet, d’imposer une amende de 50 000 $ à tout employeur récalcitrant et de lui faire perdre sa licence, en cas de récidive.

«Et nous, on dit à nos travailleurs qu’ils nous envoient une photo (du chantier problématique), avec le nom de l’entrepreneur, la ville», rapporte le dirigeant syndical.

La CSD-Construction réplique ainsi à la sortie, la semaine dernière, de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International). Ces deux plus grandes organisations syndicales du secteur avaient carrément demandé de suspendre temporairement les chantiers — ce que le premier ministre François Legault avait refusé de faire. Il avait toutefois rappelé à l’ordre les entrepreneurs en construction.

Reportez le scrutin

De même, puisque les rassemblements sont interdits et qu’on demande à chacun de garder une bonne distance avec autrui, la CSD-Construction demande au ministre Boulet de reporter le scrutin syndical dans la construction, prévu en juin.

Une période de maraudage entre les syndicats doit en effet précéder ce scrutin, au mois de mai, afin que chacun puisse faire valoir ses avantages auprès des travailleurs, avant que ces derniers choisissent à quelle organisation ils veulent adhérer.

Or, «nos conseillers sont occupés avec la santé et la sécurité de nos membres actuellement», fait valoir M. Dufour. Il espère donc une annonce du ministre Boulet dans les prochains jours.

La CSD-Construction est la quatrième des cinq organisations syndicales reconnues dans la construction. L’industrie compte environ 175 000 travailleurs dans l’ensemble du Québec.