COVID-19: l’Inde fera «de son mieux» pour que le Canada ait des vaccins, promet Modi

OTTAWA — L’Inde fera ce qu’elle peut pour acheminer des vaccins contre la COVID-19 au Canada, a déclaré le premier ministre Narendra Modi, après avoir reçu un appel téléphonique de son homologue canadien Justin Trudeau, mercredi.

Mais cet engagement survient dans un contexte de tensions renouvelées entre les deux pays et alors que le Canada dépend entièrement de l’aide étrangère pour faire entrer les vaccins contre la COVID-19 au Canada.

«J’étais heureux de recevoir un appel de mon ami Justin Trudeau», a écrit M. Modi sur Twitter.

«(Je) lui ai assuré que l’Inde ferait de son mieux pour faciliter l’approvisionnement en vaccins contre la COVID recherchés par le Canada.»

Dans son résumé de l’appel, le bureau du premier ministre Trudeau indique que les deux dirigeants ont discuté «des efforts importants que l’Inde a déployés en vue de promouvoir la fabrication et l’approvisionnement de vaccins»

Le communiqué officiel du ministère indien des Affaires étrangères affirme que M. Trudeau «a informé le premier ministre Modi des exigences du Canada en matière de vaccins contre la COVID-19 en provenance de l’Inde».

«(M. Modi) a assuré à (M. Trudeau) que l’Inde ferait de son mieux pour soutenir les efforts de vaccination du Canada, tout comme elle l’a déjà fait pour de nombreux autres pays», est-il écrit dans le communiqué.

Pas d’engagement concret

L’Inde a interdit les exportations du vaccin en janvier, mais a récemment publié une liste de 25 pays où elle les a autorisées ce mois-ci. Le Canada ne figure pas sur cette liste, mais le pays ne devait pas non plus recevoir de doses du vaccin d’AstraZeneca avant avril. Santé Canada n’a pas encore approuvé l’utilisation de ce vaccin.

Anshuman Gaur, le haut-commissaire adjoint de l’Inde au Canada, a affirmé mercredi dans une entrevue avec La Presse Canadienne que M. Modi «avait réagi positivement» à la demande de M. Trudeau, mais qu’il n’avait pas pris d’engagement concret en ce sens.

«Notre premier ministre a assuré que nous ferons de notre mieux pour répondre aux exigences du Canada, a indiqué M. Gaur. C’est une évolution très positive.»

L’appel téléphonique a eu lieu après un entretien entre le ministre des Affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, et son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, le 5 février.

Le même jour, la porte-parole conservatrice en matière de santé, Michelle Rempel Garner, avait demandé à la ministre de l’Approvisionnement Anita Anand lors d’une audience d’un comité de la Chambre des communes si elle ou M. Trudeau avaient appelé le premier ministre Modi pour obtenir des vaccins à partir de l’Inde.

Mme Anand avait répondu qu’elle ne l’avait pas fait personnellement, et qu’elle ignorait si M. Trudeau avait eu un tel entretien.

«J’étais vraiment surprise qu’ils n’aient pas encore fait cela», a affirmé Mme Rempel Garner en entrevue.

Dépendance envers l’étranger

La députée conservatrice dit être «encouragée de voir le micromessage» de M. Modi, mais elle reste préoccupée par la dépendance totale du Canada à l’égard de la production étrangère pour obtenir des vaccins.

Mme Anand a dit la semaine dernière qu’elle avait contacté les sept entreprises avec lesquelles le Canada a signé un accord sur les vaccins pour voir si elles voudraient fabriquer certaines doses au Canada. Elles ont décidé que le Canada n’avait pas les installations nécessaires pour que cela se produise assez rapidement.

En Inde, le Serum Institute of India a signé un contrat avec AstraZeneca pour fabriquer au moins un milliard de doses de vaccin. Plus récemment, le Serum Institute a été approché par la société pour l’aider à exécuter des commandes dans d’autres pays, comme le Canada.

C’est également l’un des sites de production de Novavax, un autre vaccin commandé par le Canada.

Santé Canada en est aux dernières étapes de l’évaluation du vaccin d’AstraZeneca. La docteure Supriya Sharma, conseillère médicale principale au ministère, a expliqué cette semaine que l’évaluation avait été compliquée par une confusion sur le dosage lors des essais cliniques, des preuves limitées de son efficacité chez les personnes de plus de 65 ans et des preuves récentes selon lesquelles le vaccin ne serait pas efficace contre le variant du virus apparu pour la première fois en Afrique du Sud.

«Tout cela est pris en considération lorsque nous procédons à l’évaluation et nous n’autoriserons le vaccin que si nous avons suffisamment d’informations pour démontrer que les avantages l’emportent sur les risques», a indiqué la docteure Sharma.

Des relations tendues

Les relations entre MM. Trudeau et Modi ont souvent été tendues, le Canada étant accusé d’héberger des partisans d’un État sikh indépendant, appelé Khalistan, qui serait séparé du territoire indien.

Ce différend était au coeur du voyage controversé du premier ministre canadien en Inde en 2018. Les gouvernements régionaux avaient accueilli chaleureusement M. Trudeau, mais M. Modi l’avait snobé pendant plusieurs jours avant que les deux hommes n’aient une journée de réunions productive et, selon toute apparence, cordiale.

Plus récemment, l’Inde a convoqué Nadir Patel, le haut-commissaire du Canada à New Delhi, après que M. Trudeau eut publiquement exprimé sa préoccupation face aux affrontements entre les agriculteurs indiens et la police lors de ce qu’il a décrit comme des «manifestations pacifiques» contre les nouvelles lois gouvernementales.

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