COVID-19: pas de preuves concrètes d’effets néfastes de l’ibuprofène

Les données scientifiques ne permettent pas de conclure que l’ibuprofène aggrave les symptômes de la COVID-19, affirme Santé Canada.

L’organisation a dit vendredi être au fait de signalements, «notamment dans les médias sociaux, qui font état de problèmes d’innocuité liés à l’usage d’ibuprofène par les personnes atteintes de la COVID-19».

«Il n’y a pas à l’heure actuelle de données scientifiques établissant un lien entre l’ibuprofène — ou d’autres médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) — et l’aggravation des symptômes de la COVID-19», déclare Santé Canada par communiqué.

«Si vous avez des symptômes de la COVID-19, parlez à votre professionnel de la santé des produits de santé les plus appropriés pour soulager la fièvre ou la douleur. Si vous prenez actuellement de l’ibuprofène, surtout pour traiter une maladie chronique, continuez de le faire», ajoute l’organisme fédéral.

Santé Canada assure qu’elle surveille la situation de près.

«Le gouvernement du Canada (…) examine tous les nouveaux renseignements et signalements à mesure qu’il y en a, et prendra les mesures qui conviennent pour protéger la santé et la sécurité de la population canadienne», fait-on valoir.

Lors du choix d’un médicament pour soulager la fièvre ou la douleur causée par la COVID-19, les patients et les professionnels de la santé devraient tenir compte de toutes les options thérapeutiques, notamment l’acétaminophène et les AINS. Chaque produit comporte ses propres bienfaits et risques, qui sont énumérés sur son étiquette, souligne Santé Canada.

Le débat sur la pertinence d’éviter les produits à base d’ibuprofène comme Advil pour privilégier les médicaments à base d’acétaminophène, y compris Tylenol, est alimenté par de nombreuses personnes qui ne savent plus quoi penser en raison d’informations contradictoires diffusées en ligne.

Le bureau de santé médicale de l’Alberta a tempéré jeudi les craintes sur Twitter, déclarant qu’il n’y avait «aucune preuve solide pour indiquer que l’ibuprofène pourrait aggraver les symptômes de la COVID-19 au-delà des effets secondaires connus habituels».

«Jusqu’à ce que plus d’informations soient disponibles, les gens peuvent souhaiter prendre du paracétamol / acétaminophène pour traiter les symptômes de la COVID-19, sauf indication contraire de leur médecin», indique-t-on sur ce compte, géré par le personnel de santé publique au nom de la médecin-hygiéniste en chef, la Dre Deena Hinshaw.

Le vice-président exécutif à l’Association des pharmaciens de l’Ontario a également déclaré jeudi qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour éviter l’analgésique courant, mais a néanmoins suggéré que les patients inquiets utilisent plutôt de l’acétaminophène.

«Il est parfois bon d’aller du côté de la prudence, car nous ne pouvons pas infirmer cette déclaration», a affirmé Allan Malek, se référant à un tweet du week-end du ministre français de la Santé qui a déclenché la controverse.

«Parce qu’il existe une solution de rechange — l’acétaminophène, à la base des produits Tylenol —, ce serait une bonne solution alternative en termes de traitement de la fièvre et de la douleur pouvant s’accompagner de symptômes positifs de la COVID-19», a-t-il ajouté.

La controverse sur l’ibuprofène a éclaté le week-end dernier lorsque le ministre français de la Santé a écrit sur Twitter que les anti-inflammatoires non stéroïdiens — une catégorie de médicaments appelés AINS, y compris l’ibuprofène — pourraient être un facteur aggravant pour les patients atteints de la COVID-19.

Le chercheur sur l’innocuité des médicaments, Mahyar Etminan, a retracé la confusion dans une lettre publiée dans une revue médicale qui supposait que l’ibuprofène ne devrait pas être utilisé, et des preuves empiriques en France laissant croire à une aggravation de l’état de patients atteints de la COVID-19 qui prenaient de l’ibuprofène.

«En dehors de ces deux éléments de preuve, il n’y a vraiment aucune étude qui ait examiné si l’ibuprofène a des effets néfastes chez ces patients», a déclaré M. Etminan, professeur agrégé d’ophtalmologie à l’Université de la Colombie-Britannique, comptant des expertises en médecine et en pharmacologie.

Néanmoins, il a également suggéré aux patients de se tourner vers l’acétaminophène comme «médicament de choix».

Si la fièvre est élevée et soutenue, cependant, il a déclaré qu’il n’y avait aucune raison de s’écarter de la pratique d’alternance de l’acétaminophène et de l’ibuprofène toutes les quatre heures.

L’Organisation mondiale de la santé a tenté de clarifier les choses mercredi en déclarant sur Twitter que sur la base des informations actuellement disponibles, l’OMS ne recommandait pas d’éviter l’utilisation de l’ibuprofène.

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