COVID-19: spécialistes et suppléants à risque lors de la rentrée scolaire

MONTRÉAL — Dans les écoles primaires de Montréal, les enseignants spécialistes et les suppléants pourraient être les travailleurs les plus à risque lors de la rentrée scolaire, selon des dirigeants syndicaux.

Contrairement aux enseignants titulaires, qui se feront attribuer des groupes d’élèves qui se regrouperont en petites bulles, les spécialistes voient jusqu’à des centaines d’enfants, ce qui les mettrait plus à risque de contracter la COVID-19.

«Un spécialiste en musique, au primaire, peut voir près de 500 élèves dans une semaine, ça ne tient vraiment pas la route», a estimé la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre.

Au-delà du risque accru d’être exposés au virus, des dilemmes organisationnels importants se poseront pour les spécialistes, selon le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette.

«Les professeurs spécialistes manquaient déjà souvent d’espace pour entreposer leur matériel, a-t-il souligné. On ne sait pas comment ils feront pour le désinfecter et le transporter entre les classes, alors qu’il n’y a souvent pas d’ascenseur dans les écoles.»

Selon Mme Beauvais-St-Pierre, les syndicats auraient reçu une multitude de messages d’enseignants inquiets quant aux incertitudes reliées à la rentrée et plusieurs d’entre eux auraient remis leur démission.

«Il y avait déjà une pénurie d’enseignants l’an passé, on sait qu’il va y avoir un grand manque de profs à la rentrée», s’est-elle désolée.

Les enseignants précaires et les suppléants sont aussi en position délicate, selon les dirigeants syndicaux, qui citent des inquiétudes quant à leur santé et leur sécurité financière.

«Avec le nouveau modèle de subsidiarité de notre ministre, tout sera géré par les établissements, a expliqué Mme Beauvais-St-Pierre. Nous avons demandé qu’un protocole soit remis aux suppléants quand ils arrivent sur les lieux, parce que les mesures ne seront pas nécessairement les mêmes selon les écoles.»

«On demande qu’un registre très clair soit tenu. Certains suppléants, au printemps, n’avaient pas été avisés qu’ils avaient travaillé dans une classe où il y avait eu une éclosion. Les suppléants sont peut-être ceux qui seront le plus au front parmi les enseignants», a-t-elle ajouté.

Certains enseignants précaires ayant des conditions médicales les empêchant de se rendre dans les écoles s’étaient fait promettre des postes d’enseignement à distance pour la prochaine année. Selon M. Mallette, certains de ces postes n’auraient jamais été affichés.

De plus, pour limiter les risques de propagation du virus, il est très improbable que les suppléants puissent partager leurs journées entre plusieurs établissements différents.

«On devrait appliquer le même principe de précaution en éducation qu’en santé, a avancé M. Mallette. Toutefois, si on interdit à un enseignant de se déplacer d’école en école, on les appauvrit aussi.»

Les imprécisions du ministre Roberge dénoncées

À quelques jours de la rentrée scolaire, les enseignants nagent dans l’incertitude sur plusieurs points, selon les syndicats d’enseignement.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’aurait toujours pas fourni de précision sur les mesures de protection des enseignants spécialistes ou des suppléants.

«J’ai l’impression que le ministre considère qu’il a livré la marchandise, a estimé M. Mallette. Selon lui, les milieux vont se mobiliser. C’est bien, mais il faut que tout le monde ait la même information.»

«Le modèle qui a été mis en place, c’est celui qui a été jugé improbable par tous les partenaires de l’éducation. Il y a une volonté politique derrière la réouverture des écoles, il y a une volonté de prétendre que la pandémie est modulable.»

Selon Mme Beauvais-St-Pierre, l’unilatéralité des mesures annoncées par le ministre témoigne de son incompréhension du caractère unique de Montréal.

«On a un plan proposé qui est le même, partout au Québec, a-t-elle souligné. Mais on sait qu’enseigner à Montréal ou en région, surtout pendant la pandémie, c’est assez différent. On ne se sent pas écouté.»

D’ailleurs, les enseignants ne savent toujours pas s’ils pourront recevoir et superviser des stagiaires cet automne.

Le ministre Roberge n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue de La Presse Canadienne.

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