COVID-19: stress, anxiété et surcharge de travail chez les profs du cégep

MONTRÉAL — Deux mois après la rentrée scolaire, le niveau de stress et d’anxiété de beaucoup d’enseignants du cégep est élevé, rapporte avec inquiétude un syndicat qui vient de sonder ses membres. Leurs tâches n’ont fait que s’alourdir avec la pandémie, et il faut que le gouvernement ajoute des enseignants pour que les profs n’y laissent pas leur santé, dit-il.

Michel Manning enseigne l’éducation physique au collège de Valleyfield.

Quand son cégep s’est récemment retrouvé en zone rouge, il a dû offrir tous ses cours en ligne. Cela a nécessité une réorganisation complète de ses classes et de son enseignement car jusqu’à ce moment, il enseignait en formule «hybride»: une partie en classe, une partie en ligne. Enregistrer des cours est plus long que de les offrir dans son gymnase avec ses élèves devant lui, dit-il. Et visionner les vidéos de ses 200-250 étudiants qui se filment pour qu’il puisse évaluer leur maîtrise des techniques sportives prend un temps fou.

Il évalue que son travail a augmenté de 20 à 30 % depuis le début de la pandémie.

«On doit changer l’approche, la structure des cours, les évaluations, ainsi que le suivi auprès des élèves.» Il souligne que les cours d’éducation physique au cégep ne consistent pas à laisser les élèves jouer au ballon: il s’agit d’une approche axée sur la santé.

Ce prof qui adore son travail a commencé à ressentir du stress et de l’anxiété depuis le début de l’année — un stress qu’il n’avait pas connu en 16 ans d’enseignement au collégial. «La charge est lourde.» Mais pour lui, pas question de laisser tomber les étudiants.

Diane Lafrance enseigne la littérature au cégep de Sherbrooke, qui se trouve actuellement en zone orange, où les élèves peuvent encore aller en classe en personne.

Mais les consignes sanitaires pour prévenir la propagation de la COVID-19 l’ont néanmoins obligée à séparer ses classes en deux.

Pour s’assurer que ses élèves réussissent à voir toute la matière, elle a choisi d’enseigner les autres heures de cours par Zoom, augmentant ainsi sa charge de travail.

«Ils ont besoin de plus d’encadrement», souligne l’enseignante dont les élèves sont souvent fraîchement arrivés au cégep, souvent après une fin de secondaire tronquée.

«J’ai voulu les rassurer en leur disant que je suis là pour eux. Qu’ils ne sont pas laissés à eux-mêmes», dit-elle. On a multiplié les plateformes sur lesquelles ils doivent réaliser leur travail et ce n’est pas toujours évident pour eux, donne-t-elle en exemple.

Mais tout cela prend du temps, dit cette enseignante qui rapporte être «bombardée de courriels» et qui doit faire beaucoup plus de rappels aux étudiants que d’habitude, et rédiger de multiples versions de ses examens, puisque les groupes sont scindés. Ils ne pourront être réutilisés car les étudiants peuvent faire des captures d’écran et les remettre à leurs amis.

Les enseignants rencontrent toutes sortes de difficultés techniques lorsqu’ils enregistrent des cours de trois heures, tentent de télécharger leurs examens sur des plateformes en ligne avec lesquelles ils ne sont pas familiers et cherchent à anticiper comment les élèves pourraient tricher.

Elle a choisi de ne pas réduire le nombre d’examens pour que les élèves ne soient pas confrontés à une évaluation comptant pour beaucoup de points — ce qui peut être une source de stress. Mais son choix entraîne plus de travail pour elle.

«Je suis plus fatiguée, plus stressée, plus anxieuse», dit-elle, ajoutant que déjà trois collègues dans son département sont en congé de maladie depuis le début de la session.

«On doit revoir notre enseignement constamment.»

Le sondage a été effectué par plusieurs syndicats affiliés à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN). Plus de 2400 professeurs de cégeps publics y ont participé. Le coup de sonde a été mené entre le 21 septembre et le 12 octobre.

Les résultats sur la détresse psychologique des professeurs inquiètent particulièrement Yves de Repentigny, le vice-président responsable du regroupement cégep au sein de la FNEEQ-CSN.

Il rapporte que 22 % des personnes ayant participé à l’enquête se sont classées à un niveau élevé de détresse dans l’échelle Kessler-6, qui vise à mesurer la détresse psychologique.

«Je suis tombé à la renverse; 22 %, c’est énorme», dit-il.

Par exemple, 37 % des répondants rapportaient être nerveux «la plupart du temps».

Le sondage indique aussi qu’un pourcentage important des répondants estiment que plusieurs aspects de leur travail leur prennent désormais plus de temps, passant dans certains cas du simple au double: la préparation des cours (93 %), l’encadrement des étudiants (83 %), la préparation des stages (74 %) et la correction (69 %).

M. de Repentigny aimerait pouvoir dire aux enseignants du cégep: tenez bon, cela va mieux aller à la session d’hiver.

Mais pour qu’ils puissent respirer un peu, il faudrait que leurs classes comptent moins d’élèves, et cela sera possible en embauchant plus d’enseignants, fait-il valoir.

Pour les aider, il faut leur donner du temps, a-t-il martelé en entrevue. Pour cela, il faut réduire la taille des classes ou donner moins de cours aux enseignants.

«Si je n’avais pas besoin de diviser mes groupes en deux, je pourrais faire le suivi de mes élèves sans m’épuiser», estime Mme Lafrance, qui espère un financement additionnel du gouvernement pour embaucher plus de profs.

Il est possible de trouver des enseignants — bien que dans certaines disciplines cela puisse être ardu — notamment en donnant de pleines tâches à des enseignants à temps partiel, ajoute M. de Repentigny.

Il reconnaît que le ministère de l’Éducation a offert des formations sur l’enseignement en ligne, et rendu disponibles des technopédagogues. «Mais ça ne règle pas du tout, dit-il, et n’allège pas les tâches d’encadrement.»

La formation a été reçue, convient M. Manning, mais en accéléré. «On était un peu laissés à nous-mêmes.»

La FNEEQ regroupe quelque 35 000 enseignants — dont plus de 15 000 dans les cégeps publics et privés.

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