COVID-19: Une étude clinique débute pour un médicament

MONTRÉAL — Un médicament pour traiter les effets de la COVID-19 sera testé au Canada dès maintenant par l’Institut de Cardiologie de Montréal (ICM) pour voir s’il peut réduire le risque de graves complications pulmonaires et de décès.

Son Centre de recherche entame dès lundi une étude clinique canadienne, et tente de recruter 6000 participants.

«Notre espoir, c’est de sauver des vies», a déclaré en entrevue avec La Presse canadienne le Dr Jean-Claude Tardif, le directeur du centre de recherche de l’ICM et professeur de médecine à l’Université de Montréal.

Les chercheurs québécois veulent étudier le phénomène de «tempête inflammatoire majeure» des poumons, présente chez les adultes souffrant de complications sévères liées à la COVID-19.

Ils vont donc tester l’efficacité d’un médicament — la colchicine, un comprimé oral déjà connu et utilisé pour d’autres maladies comme la goutte et la péricardite — pour la COVID-19.

Ce puissant anti-inflammatoire est peu coûteux et facile à fabriquer.

L’idée est de voir s’il peut réduire le risque de complications pulmonaires.

L’étude, nommée COLCORONA, sera coordonnée par le Centre de Coordination des Essais Cliniques de Montréal et financée par le Gouvernement du Québec, avec l’appui de Pharmascience et de CGI. 

Il faudra de 9 à 12 mois pour avoir un vaccin qui pourra prévenir la maladie, a dit le Dr Tardif. «Là, ce dont on a besoin, c’est d’une thérapie qui peut prévenir les complications».

La piste de recherche

Le chercheur a expliqué qu’il y avait un point commun entre l’épidémie de grippe espagnole — qui a fait des ravages en 1918 — et la pandémie actuelle: les enfants infectés ne subissent pas de complications sévères comme les adultes.

«Il semble que les enfants ont un mécanisme qui leur permet de mettre les freins sur la réponse inflammatoire».

Les chercheurs ont aussi constaté que lors d’une étude sur des animaux visant à tester un traitement contre l’influenza, le fait de bloquer la réponse inflammatoire leur permettait de vivre plus longtemps.

Mettant toutes ces informations ensemble, les chercheurs misent sur leurs essais cliniques pour étudier la réaction inflammatoire qui attaque les poumons.

Pour être admissibles, les participants doivent être âgés de 40 ans et plus, avoir été diagnostiqués positifs à la COVID-19, ne pas être hospitalisés et être disposés à prendre quotidiennement le médicament ou le placebo durant 30 jours ainsi que de se soumettre à deux suivis par téléphone ou vidéoconférence.

Ils seront suivis durant une période de 30 jours.

Le défi de recrutement est de taille: pour l’instant, il y a environ 1430 cas confirmés de COVID-19 au pays, et ils ne sont pas tous admissibles à l’étude clinique.

Mais selon le Dr Tardif, le nombre de cas réels est beaucoup plus élevé, et n’a simplement pas encore été détecté.

«Plus on va recruter vite, plus on va avoir une réponse pour les malades et le gouvernement», a-t-il dit, lançant un appel aux citoyens de se porter volontaire.

Les premiers résultats devraient être disponibles quelques jours après la fin de l’étude, indique l’Institut de cardiologie.

«On espère fournir une réponse en dedans de trois mois, a ajouté le chercheur. Ça pourrait même être plus rapide».

Signe de l’urgence de la situation et de l’efficacité du système, le protocole de recherche a été approuvé par Santé Canada en 24 heures: «c’est du jamais vu», a commenté le docteur.

Les gens ayant reçu un diagnostic positif à la COVID-19 et qui sont intéressés à participer à l’étude clinique sont invités à parler à leur professionnel de la santé ou à composer le 1-877-536-6837.