COVID: l’hospitalisation des enfants pourrait déformer la réalité

MONTRÉAL — Environ 12 % des enfants américains infectés par le coronavirus ont été hospitalisés en 2020, prévient une nouvelle étude publiée par le journal médical JAMA Network Open.

Le tiers d’entre eux auraient ensuite eu besoin de soins plus avancés, comme d’une aide pour respirer.

Ces données découlent de l’analyse d’une base de données qui regroupe 869 établissements de santé aux États-Unis. Quelque 21 000 enfants atteints par la COVID ont visité un hôpital l’an dernier, et 2430 d’entre eux ont été hospitalisés; 756 de ces derniers ont été envoyés aux soins intensifs.

Un expert montréalais prévient toutefois que ces chiffres déforment possiblement un peu la réalité.

«Comme les enfants peuvent avoir des manifestations moins sévères, c’est certain qu’ils peuvent avoir moins tendance à aller consulter. Ils peuvent être asymptomatiques, et évidemment, il y a très peu de personnes asymptomatiques qui se font tester, a tout d’abord précisé le pédiatre Olivier Drouin, du CHU Sainte-Justine.

«Donc si on ‘manque’ les cas moins sévères, ça peut faire en sorte que la sévérité de ceux qui restent peut avoir l’air exagérée. Il y a probablement un élément de ça.»

Mais surtout, poursuit-il, au tout début de la pandémie, on manquait de données concernant la sévérité de la maladie en général et sa sévérité en pédiatrie plus spécifiquement.

Il est donc possible que plusieurs enfants aient été hospitalisés ou même envoyés aux soins intensifs par excès de prudence, ce qu’une base de données administratives comme celle utilisée aux fins de cette étude n’est pas en mesure de détecter.

«Pour une maladie dont on connaît peu de choses, on préfère avoir ces patients-là (à l’hôpital) quand la capacité le permet plutôt que de les renvoyer à la maison et qu’il se produise quelque chose de grave à la maison», a dit le docteur Drouin.

Cette même surreprésentation de patients envoyés aux soins intensifs est reflétée dans les données canadiennes, ajoute-t-il.

«Quand on regarde le type de traitement dont ils ont eu besoin aux soins intensifs, c’est très, très faible, a indiqué le docteur Drouin. Donc, ça supporte un peu cette hypothèse-là, qu’on les envoyait aux soins intensifs surtout par observation, par prudence, mais qu’ils n’ont pas été très malades.»

Les plus récentes connaissances médicales confirment d’ailleurs ce qu’on soupçonne depuis le début: les enfants sont peu symptomatiques et leurs chances de s’en tirer sont excellentes.

Mais plus on se rapproche de l’âge adulte, plus le risque de maladie sévère augmente. Le virus serait donc plus dangereux pour les adolescents que pour les très jeunes enfants.

Des données démontraient ainsi tout dernièrement que la réponse immunitaire des petits enfants atteints du coronavirus est particulièrement foudroyante.

«Les données montraient qu’à la fois la quantité d’anticorps et l’efficacité des anticorps semblaient être plus grandes chez les jeunes enfants, et que ça diminue un peu jusqu’au début de l’âge adulte», a dit le docteur Drouin.

Les scientifiques ne comprennent pas vraiment ce qui se passe, pourquoi les jeunes enfants ou les adolescents ne produisent pas autant d’anticorps que les tout-petits, mais la robustesse de cette réponse immunitaire explique probablement, du moins en partie, pourquoi ils sont moins malades que les autres.