CPE: une hausse de salaire qui laisse les syndicats en appétit; la grève se poursuit

MONTRÉAL — Estimant qu’il est «urgent d’agir», Québec est prêt à verser dès maintenant les augmentations proposées aux éducatrices en CPE, tant aux syndiquées qu’aux non-syndiquées.

Les ministres Mathieu Lacombe, de la Famille, et Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor, en ont fait l’annonce jeudi lors d’une conférence de presse conjointe à Québec.

Mais les syndicats concernés restent sur leur appétit. Ils n’ont pas si bien pris cette annonce, y voyant une façon de leur passer par-dessus la tête. La Fédération des intervenantes en petite enfance, affiliée à la CSQ, parle carrément d’un «affront» et d’un «cadeau empoisonné».

C’est qu’il est inhabituel que le gouvernement passe outre le processus normal de négociation aux tables et hausse unilatéralement et partiellement les salaires.

De façon générale, Québec dit offrir 12 % d’augmentation sur trois ans, mais pour les éducatrices qualifiées seulement. Mais comme, à même ce total, une augmentation de 2 % est prévue en 2022 et que c’est en 2022 qu’elle sera versée, c’est en fait 10 % que toucheront bientôt les éducatrices qualifiées.

L’augmentation pour les éducatrices qualifiées pourrait atteindre  «l’équivalent» de 17 %, dit le gouvernement — mais uniquement parce que le gouvernement convertit ainsi en pourcentage un montant forfaitaire de 50 $. Et ce montant ne concernerait que celles qui accepteraient d’augmenter la durée de leur semaine de travail à 40 heures. 

À l’heure actuelle, la durée de la semaine varie de 32 à 36 heures et c’est localement qu’elle est établie.

«Bonne foi du gouvernement»

La ministre LeBel a insisté sur le fait que la négociation n’était pas terminée, même si elle est prête à verser dès maintenant les augmentations qui avaient été offertes, tant dans les Centres de la petite enfance que dans les garderies privées subventionnées.

«Ce n’est qu’un premier geste concret, un geste pour démontrer la bonne foi du gouvernement», a affirmé la ministre LeBel.

Elle a indiqué qu’«il y aura un autre dépôt» au niveau salarial «qui s’en vient». Donc, les négociations se poursuivront avec toutes les organisations syndicales concernées.

Les salaires

La question de la rémunération des éducatrices est au coeur du litige. À l’heure actuelle, celles-ci touchent 19 $ l’heure au premier échelon et 25,18 $ au 10e et dernier échelon salarial.

Avec l’augmentation complète proposée pour les éducatrices qualifiées, celles-ci toucheraient 21,38 $ au premier échelon et 28,31 $ au 10e échelon.

Celles qui accepteraient d’allonger leur semaine de travail jusqu’à 40 heures toucheraient l’équivalent de 22,27 $ au premier échelon et 29,20 $ au 10e échelon.

Réactions syndicales

Visiblement irritée d’avoir été court-circuitée par le gouvernement, la FIPEQ a même annoncé qu’elle allait tenir un «référendum» auprès de ses membres, et même ouvert aux autres travailleuses des CPE qui ne sont pas membres. Elle dit vouloir ainsi savoir si elles sont satisfaites de ces augmentations et si elles apprécient que le gouvernement ait procédé ainsi, plutôt que de négocier aux tables. 

À la Fédération de la santé et des services sociaux, affiliée à la CSN, la représentante du secteur des CPE, Stéphanie Vachon, a dit «bravo, le gouvernement a bien compris qu’il y a urgence d’agir».

Mais la négociation est loin d’être réglée à ses yeux, puisque des problèmes d’organisation du travail et de surcharge persistent. Et il n’y a pas que des éducatrices dans les CPE, rappelle-t-elle.

Le débrayage commencé jeudi se poursuivra donc vendredi.

Le Syndicat québécois des employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, dont les membres doivent débrayer les 18 et 19 octobre, maintient aussi son mot d’ordre, malgré l’annonce gouvernementale.

«La mesure administrative temporaire du gouvernement ne s’applique malheureusement pas à tous les titres d’emploi. C’est clair que ça va créer du mécontentement pour celles qui ne sont pas touchées. Annoncer une prime qui ne s’appliquera qu’à une partie du personnel et la compter dans un pourcentage d’augmentation, c’est un peu trop facile», a commenté Lynda Michaud, conseillère syndicale et porte-parole à la table de négociation.

Quant aux autres journées de grève prévues par la FIPEQ, Mme Grenon a indiqué que la décision n’était pas encore prise. La fédération de la CSQ a voté en faveur de six jours de grève et elle n’en a utilisé qu’un.

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