CPE: le budget ne suit pas l’indexation du coût des aliments, dénonce un syndicat

MONTRÉAL — Alors que le gouvernement demande aux centres de la petite enfance (CPE) et aux services de garde en milieu familial d’acheter davantage d’aliments locaux, le syndicat qui représente les responsables en alimentation affirme que leur budget actuel rend la mission impossible.

Le mois dernier, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, annonçait qu’un montant de 2,5 millions $ serait ajouté au budget des CPE dans le but de favoriser l’achat local pour encourager les producteurs agricoles du Québec. Un montant qui apparaît aux faits saillants des règles budgétaires 2020-2021 des CPE.

Cependant, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), affiliée à la CSQ, affirme que ce montant ne permettra pas aux responsables en alimentation d’acheter plus de produits locaux parce que l’indexation de leur budget ne suit même pas celui de l’inflation du coût des denrées.

D’après les chiffres avancés par la présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon, cette bonification du budget des CPE correspond à une hausse de 2 %. Toutefois, l’indexation annuelle des dernières années aurait été insuffisante pour suivre le rythme de l’inflation du coût des denrées, ce qui fait qu’un fossé d’un peu plus de 6 % se serait creusé entre le coût des aliments et le budget des CPE.

«Ça va être très difficile pour nous d’aller acheter local parce que ça fait juste compenser le manque à gagner qu’on a depuis plusieurs années et non pas mettre de l’argent neuf pour augmenter l’achat local», constate Mme Grenon, qui qualifie tout de même l’intention du gouvernement de «bonne nouvelle».

Pire encore, dans le cas des services de garde en milieu familial, ils ont été complètement ignorés par Québec dans le cadre de la bonification. 

Du côté de l’Association québécoise des CPE (AQCPE), le chef d’équipe du service de saine alimentation, Philippe Grand, croit lui aussi qu’un écart s’est creusé lors des coupes imposées par le gouvernement vers 2015. Il assure cependant que les budgets actuels sont suffisants pour répondre aux critères établis pour les repas et les collations.

«Les CPE sont conscients de la hausse du coût des aliments, mais est-ce qu’ils sont conscients de l’impact sur leur budget? Je ne sais pas», répond-il en précisant qu’une analyse est en cours dans le réseau pour déterminer combien d’argent est dépensé en aliments sains, locaux et écoresponsables.

L’impact du nouveau guide alimentaire

Valérie Grenon mentionne qu’en plus de l’inflation qui touche les fruits et légumes frais, la nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien recommande de leur faire plus de place dans l’assiette. Ce qui a pour conséquence d’augmenter davantage le coût de la facture. Nouvelle pression à la hausse pour laquelle aucune compensation financière n’a été prévue au budget, fait remarquer la présidente de la FIPEQ.

Pour Lynn Deneault, responsable alimentaire au CPE les Pandamis, à Repentigny, la bonification pour favoriser l’achat local correspond à 26 $ par semaine dans un CPE de 80 enfants. Trop peu pour réellement permettre d’acheter plus de produits locaux.

En raison de la hausse constante du coût des aliments et de l’indexation inadéquate des budgets, elle dit être forcée de modifier la composition de ses plats et de servir plus de plats à base de protéines végétales et de lentilles.

À l’AQCPE, Philippe Grand dit comprendre que la somme peut sembler faible, mais il préfère voir la situation sous l’angle de «la théorie des petits pas». Il rappelle que les CPE achètent déjà leur part de produits québécois et qu’il s’agit simplement de chercher à s’améliorer.

«C’est une bonne nouvelle pour le réseau. Il y a quand même une volonté pour le gouvernement de mettre de l’argent de côté pour les CPE. On augmente tranquillement avec ce qu’on a et comme on peut», résume-t-il.

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