Cri du coeur en Abitibi: 80 km pour des services en violence conjugale

LA SARRE, Qc — Imaginez la situation. Vous vivez dans un rang à Authier-Nord, une petite municipalité située à 10 km au nord-ouest de La Sarre en Abitibi, elle-même à plus de 80 km de Rouyn-Noranda, avec un mari et des enfants. Un jour, une dispute éclate dans votre couple. Très vite, le ton monte et la situation dégénère, au point où vous devez trouver refuge à l’extérieur de la maison. Vous vous dites que des ressources pour femmes victimes de violence conjugale sont disponibles partout au Québec?

Détrompez-vous.

Si vous êtes victime de violence conjugale en Abitibi-ouest, vous êtes à plus de 80 km de la ressource la plus proche. Aussi bien dire une éternité.

Quitter son emploi en déracinant les enfants de leur milieu, la peur au ventre et éloignée de son réseau social, voilà ce qui attend les femmes qui ont le malheur d’affronter un tel problème dans ce secteur de l’Abitibi.

C’est dans ce contexte que le Centre de femmes l’Érige, de La Sarre, lance un cri du cœur au gouvernement Legault pour la mise en place d’un centre d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale en Abitibi-ouest. «Il y a un immense trou dans le filet pour le service à ces femmes en Abitibi-ouest, lance Julie Frenette, intervenante au centre l’Érige. Souvent, les femmes doivent utiliser d’autres ressources qui ne sont pas adaptées à leur situation. On en voit beaucoup, par exemple, atterrir dans des ressources en santé mentale. Elles n’ont pas alors l’accompagnement nécessaire pour pouvoir retrouver une vie normale.»

Actuellement, la ressource la plus près pour les femmes d’Abitibi-ouest est à Rouyn-Noranda. «Quand elles ont de la place, précise Julie Frenette. On apprécie les services qu’elles rendent aux femmes d’Abitibi-ouest, mais quand il n’y a pas de place à Rouyn-Noranda, il faut faire 100 km de plus et se retrouver à Val-d’Or.»

Un projet de 600 000$

Le projet d’une maison d’hébergement est dans les cartons depuis un an. «En fait, c’est là depuis notre fondation, en 1987, affirme Julie Frenette. Mais ça fait un an à peine que le projet prend forme. On a déjà des soumissions pour la construction d’un bâtiment, et plusieurs bénévoles ont mis la main à la pâte pour faire avancer le dossier. Même la députée (Suzanne Blais, de la CAQ) donne un coup de pouce.»

Au total, on prévoit que la construction pourrait coûter autour de 600 000$. «Ça, c’est la base, prévient Mme Frenette. Après, il faut s’assurer d’avoir un budget récurrent, car ce centre devra être ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On a donc besoin de l’aide du gouvernement du Québec pour assurer le bon fonctionnement de la maison d’hébergement, qui sera indépendante du centre de femmes.»

À l’heure actuelle, le centre l’Érige ne suffit pas à la tâche. Selon Julie Frenette, sur 100 femmes qui avaient accès aux services, seulement deux ont trouvé de l’hébergement. «Il n’y a pas que le déracinement qui pose problème, dit-elle. Il y a aussi toutes les démarches juridiques et médicales que cela implique, et les ressources externes ne sont pas équipées pour faire face à cette situation. Et ça, ce ne sont que celles que l’on voit. Il y a des femmes qui font affaire avec d’autres ressources et qu’on ne connaît pas.»

Les intervenantes du centre l’Érige espèrent pouvoir abriter entre cinq et huit personnes une fois la construction de la maison complétée. Un chiffre comparable à la ressource qui se trouve à Ville-Marie, au Témiscamingue, un milieu qui ressemble beaucoup à l’Abitibi-ouest : très vaste, très rural et peu densément peuplé. Même si la décision revient ultimement au gouvernement du Québec, plusieurs municipalités de la MRC d’Abitibi-ouest ont déjà donné leur appui au projet, et tirent dans le même sens.

Texte de l’Initiative de journalisme local

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