Crise d’octobre 1970: Anglade réclame des excuses de Trudeau, Legault et Plante

QUÉBEC — Un demi-siècle plus tard, l’heure est venue pour les trois paliers de gouvernement directement impliqués — Ottawa, Québec et Montréal — de présenter leurs excuses pour les graves dérapages survenus lors de la Crise d’octobre 1970, selon l’opposition libérale.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, va donc demander mardi aux gouvernements dirigés par Justin Trudeau, à Ottawa, François Legault, à Québec, et Valérie Plante, à Montréal, d’offrir publiquement des excuses pour les arrestations de centaines de citoyens québécois, sans mandat et sans raison, à la suite de l’adoption de la Loi des mesures de guerre et de l’enlèvement de James Richard Cross et Pierre Laporte par le Front de libération du Québec (FLQ) en octobre 1970. 

Mme Anglade déposera une motion en ce sens en Chambre, mardi après-midi, selon ce qu’a appris La Presse Canadienne lundi.

La motion libérale ira donc plus loin, ratissera plus large, que celle déposée jeudi dernier par l’opposition péquiste, qui mettait l’accent uniquement sur le rôle joué par le gouvernement fédéral dans cette crise sans précédent.

«Pour ces actes qui ont été commis, nous pensons qu’il devrait y avoir des excuses qui soient faites par les trois paliers de gouvernement», a fait valoir la cheffe libérale, en entrevue lundi.

Il y eu à l’époque des «arrestations abusives» de quelque 500 personnes innocentes, et «pour ces débordements-là, on devrait s’excuser», plaide-t-elle.

Mme Anglade dit refuser par ailleurs de hiérarchiser les torts de chacun, les trois paliers de gouvernement ayant à ses yeux leur part de responsabilités dans la chaîne d’événements de l’époque et le processus décisionnel retenu.

Seront donc mis en cause le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, à Ottawa, qui a fait adopter la Loi des mesures de guerre, celui de Robert Bourassa, à Québec, et de Jean Drapeau, à la ville de Montréal, qui ont demandé au gouvernement fédéral d’intervenir en ce sens pour mater le FLQ.

Si on la compare à la motion péquiste, la motion libérale adoptera une perspective plus large. «On voulait raconter l’histoire au complet, parce qu’elle mérite d’être racontée au complet, pour qu’on sache exactement à quoi s’en tenir», commente Mme Anglade, qui veillera par le fait même à rappeler la contribution de Pierre Laporte, qui avait été journaliste avant de se lancer en politique et de devenir vice-premier ministre. Son corps avait été retrouvé dans le coffre d’une voiture le 17 octobre 1970. 

Elle affirme aussi qu’il faudra à cette occasion rappeler haut et fort que quiconque ne doit «jamais, jamais cautionner la violence pour faire avancer ses idées».

Elle fait d’ailleurs sienne une citation célèbre de René Lévesque, alors chef du Parti québécois, qui avait été «lapidaire» à l’endroit des leaders felquistes, qualifiés d’«êtres inhumains» animés par un «fanatisme glacial» poussant à commettre un assassinat. «S’ils ont vraiment cru avoir une cause, ils l’ont tuée en même temps que Pierre Laporte, et en se déshonorant ainsi, ils nous ont tous plus ou moins éclaboussés», jugeait alors celui qui allait devenir premier ministre six ans plus tard.   

On devrait savoir mardi après-midi quel sort les deux autres partis d’opposition et le gouvernement Legault réserveront à la motion libérale.

Jeudi dernier, la motion péquiste avait reçu l’appui du gouvernement Legault et de Québec solidaire.

Insatisfaite du libellé, l’opposition libérale avait refusé d’appuyer l’initiative péquiste, affirmant vouloir présenter sa propre motion pour défendre sa «vision» des choses.

Mme Anglade rejette par ailleurs la suggestion de l’ancien chef péquiste Jean-François Lisée, qui réclame de la cheffe actuelle du Parti libéral du Québec (PLQ) qu’elle présente elle aussi ses excuses, au nom de son prédécesseur qui était aux commandes à l’époque, Robert Bourassa.

Cette crise a été gérée par des gouvernements, pas par des partis politiques, réplique Mme Anglade.

«Il ne faut surtout pas rentrer dans la partisanerie. Ce n’est pas un jeu partisan. La Crise d’octobre, personne ne va gagner si on essaie d’en faire un jeu qui est partisan», a-t-elle fait valoir.   

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a également refusé la semaine dernière de s’engager à offrir des excuses officielles.

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