Crise d’opinoïde: le maire de Vancouver veut des mesures concrètes des candidats

VANCOUVER — Le maire de Vancouver veut que tous les chefs de partis fédéraux examinent une proposition permettant aux toxicomanes d’accéder à l’héroïne de qualité pharmaceutique.

Kennedy Stewart souhaite obtenir une exemption de Santé Canada autorisant la distribution de diacétylmorphine, un opioïde de substitution sans danger, par un organisme à but non lucratif. Selon lui, cette mesure permettrait de prévenir des cas de surdose mortels liés au fentanyl.

«Nous comptons des milliers de toxicomanes dans notre ville. L’ampleur du problème n’est tout simplement pas saisie», a-t-il déclaré lors d’une récente interview.

M. Stewart dit avoir eu des entretiens informels sur le sujet avec trois des quatre principaux chefs de parti: Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Elizabeth May. Il a tenté d’organiser une rencontre avec le chef conservateur Andrew Scheer.

Insite, un établissement de Vancouver où les gens consomment leurs propres drogues sous surveillance médicale, a ouvert ses portes en 2003 après avoir obtenu une exemption du gouvernement libéral de l’époque.

Le gouvernement conservateur dirigé par Stephen Harper s’est vigoureusement opposé à ce lieu, affirmant qu’il favorisait la dépendance. Il s’est battu pour le faire fermer avant de perdre la bataille en Cour suprême du Canada, en 2011.

Huit autres sites d’injection supervisée ont ouvert leurs portes en Colombie-Britannique depuis ce temps. Actuellement, l’Ontario compte 22 établissements, le Québec quatre, tous à Montréal, et l’Alberta, huit, a indiqué Santé Canada.

L’agence fédérale examine quatre autres demandes en Ontario, deux en Alberta, une en Saskatchewan et une autre au Manitoba.

Selon les données du Bureau des coroners de la Colombie-Britannique, plus du quart des 4559 décès par surdose recensés dans la province de 2016 à 2019 sont survenus à Vancouver, la ville la plus touchée par la crise des opioïdes au Canada.

Au pays, l’Agence de la santé publique a publié en juin révélant que le nombre de décès attribuable à une surdose liée aux opioïdes s’élève à 11 577 de juin 2016 à décembre 2018.

Selon le maire de Vancouver, la distribution de médicaments plus sûrs aux personnes aux prises avec une dépendance est une solution innovante et concrète à la crise de surdose.

Le Dr Keith Ahamad, spécialiste en toxicomanie à l’hôpital St. Paul, au centre-ville de Vancouver, souhaite que les drogues illicites soient réglementées.

«[Justin Trudeau] a déjà utilisé cet argument exact pour créer un cadre réglementaire pour le cannabis au Canada et c’est exactement ce que nous devons faire pour d’autres substances», souligne-t-il.

La décriminalisation joue également un rôle important dans la réduction de la stigmatisation envers les toxicomanes. Ils ne doivent donc pas craindre de se faire aider pour leur dépendance. La lutte contre les surdoses passe par l’éducation, le soutien social et les traitements donnés par le système de santé, comme c’est le cas au Portugal, ajoute le médecin.

«Au Canada, nous avons actuellement un système où la grande majorité des soins de la toxicomanie sont fournis par des personnes non qualifiées et parfois des profanes. Ce n’est pas réglementé, déplore le Dr Ahamad. C’est un enjeu électoral parce que la prohibition et les mauvaises politiques coûtent beaucoup d’argent. Les surdoses et les décès qui y sont reliés, ainsi que toutes les dépenses que cela occasionne sont les conséquences directes des mauvaises politiques en matière de drogue.»

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