Critiquée, la coroner Géhane Kamel fera une mise au point sur son approche mardi

MONTRÉAL — La coroner en chef du Québec, Me Pascale Descary, «prend acte» des critiques formulées dans certains médias à l’égard de la coroner enquêteur Me Géhane Kamel, qui préside l’enquête sur la mort de Joyce Echaquan.

Dans un communiqué publié vendredi soir, la coroner en chef a indiqué qu’elle réitérait sa pleine confiance en «Me Kamel qui poursuivra ses travaux comme prévu à compter du 25 mai prochain». 

Me Pascale Descary dit avoir été informée que «Me Kamel fera en ouverture, cette journée-là, une mise au point quant à ces réactions.»

Le ton et les mots utilisés par Me Géhane Kamel lors des audiences de la dernière semaine ont fait réagir plusieurs personnes, dont des chroniqueurs, mais aussi un ancien juge et un ancien coroner, qui ont remis en question la façon de travailler de Géhane Kamel.

Par exemple, lundi, la coroner Géhane Kamel s’est impatientée envers les infirmières et les médecins qui ont témoigné: lors de l’audience cette journée-là, ils avaient tous nié avoir entendu à l’hôpital des propos désobligeants envers les patients autochtones.

«Je ne crois pas ça», avait dit Me Kamel.

Dans une chronique d’Isabelle Hachey publié dans La Presse, André Rochon, un ancien juge de la Cour d’appel, a critiqué ouvertement la réaction de la coroner enquêteur Me Géhane Kamel.

«Quand on dit à un témoin “je ne vous crois pas”, à mon sens, c’est un signe d’hostilité. Et c’est certainement un devoir de réserve qui n’est pas rempli», a indiqué André Rochon, dans l’article de la chroniqueuse publié vendredi.

«C’est à se demander à quoi servent ces audiences, au juste», s’est de son côté demandé la chroniqueuse de La Presse.

Une coroner impatiente

Jeudi, une infirmière, qui a été congédiée depuis la mort de Joyce Echaquan, avait expliqué à la coroner que la charge de travail, les horaires à temps plein obligatoires et le temps supplémentaire pour tous depuis le début de la pandémie expliquaient le comportement qu’elle avait eu envers Joyce Echaquan.

«On nous traite comme des esclaves, comme des pions», avait-elle indiqué en précisant qu’elle n’était pas fâchée contre sa patiente, et que cela n’avait rien à voir avec le fait qu’elle est autochtone. 

Mais la coroner n’avait pas accepté l’explication: «Il y a une chose que je ne tolère pas, par ailleurs. C’est qu’on me sorte le fait que des gens soient débordés alors qu’il y a une situation critique qui se passe devant eux», avait-elle lancé avec impatience.

Dans un article du journal Le Devoir publié vendredi, Denis Boudrias, qui a exercé le rôle de coroner de 1979 à 2004, a déclaré  que la coroner Kamel n’a pas manifesté «toute la sérénité» et «l’objectivité» nécessaires à son travail de coroner.

Mardi dernier, une autre infirmière avait confié qu’elle avait «l’impression» qu’il y a des «jugements de valeur» envers les Autochtones à l’hôpital de Joliette. Questionnée à savoir si cela voulait dire qu’il y a une perception selon laquelle les Autochtones sont des alcooliques ou des toxicomanes, elle avait répondu: «oui».

Manifestement satisfaite de sa réponse, la coroner Kamel lui a dit que si elle le pouvait, elle serait allée la serrer dans ses bras.

Me Kamel a pour mandat de déterminer la cause du décès de Mme Echaquan, ainsi que les circonstances entourant son décès, dont le comportement des employées de l’hôpital de Joliette.

Joyce Echaquan, une femme atikamekw qui vivait dans la communauté de Manawan, est morte à l’hôpital de Joliette le 28 septembre dernier, peu après s’être filmée de son lit d’hôpital alors que l’on entend deux employées la dénigrer et l’insulter. Cette vidéo, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a choqué le Québec.

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