Dans la communauté de Lac-Simon, en Abitibi, les élèves apprennent l’anishinabe

LAC-SIMON, Qc — LAC-SIMON-Depuis quelques années, certaines communautés autochtones ont recommencé à enseigner la langue de leurs ancêtres à leurs enfants. À Lac-Simon, une communauté de près de 2000 habitants située à 35 km au sud de Val-d’Or, les jeunes du primaire et du secondaire consacrent une partie de leur temps d’étude à apprendre la langue anishinabeg.

«Il y a toute une génération qui avait perdu notre langue, affirme Maureen Papatie, l’une des créatrices du programme d’enseignement de l’anishinabe aux écoles Amikobi (primaire) et Amik-Wiche (secondaire). Pour le moment, nous n’avons pas la prétention de croire que nos élèves parleront couramment l’anishinabe à la fin de leur secondaire. Mais en les exposant à la langue, ils seront en mesure de comprendre leurs aînés.»

C’est un véritable travail de moine qu’ont accompli les enseignantes de Lac-Simon. Elles sont littéralement parties de rien, puisqu’il n’existait aucun matériel didactique. Lors de notre passage à l’école Amikobi, chaque élève avait devant lui une série de cartes plastifiées, avec d’un côté l’image du vêtement, et de l’autre l’image accompagnée du nom. «Il a fallu que je fabrique mon propre jeu de cartes, indique Sylvie Papatie, qui est affectée spécifiquement à l’enseignement de l’Anishinabe. C’est la même chose avec les cahiers.»

Dans sa classe, elle parle l’anishinabe à ses élèves, qui lui répondent en français :

-Pidjeton, demande-t-elle?

-Chandail, répondent certains élèves en montrant la carte correspondante.

-Aguiti jigan?

-Des bas!

Elle passera ainsi toute la panoplie des vêtements d’hiver, au grand plaisir de ses élèves. «Il y a une certaine fierté à développer chez ces jeunes, explique la directrice de l’école Amikobi, Chantal Langevin. Il y a un besoin dans la communauté d’un retour aux sources. D’ailleurs, le matériel didactique est aussi utilisé par les parents de nos élèves qui n’ont pas eu la chance de suivre des cours d’anishinabe.»

Cette fierté, c’est une artiste du coin, Mary-Jane Brazeau, qui l’a rallumée. Il y a quelques années, elle était responsable du cours de langue à l’école, et elle a su rendre ses classes vivantes. «Ses cours étaient courus, se rappelle Chantal Langevin. Il y avait un cours auquel les enfants avaient hâte d’assister, et c’était celui de Mary-Jane. Cela a grandement contribué à l’implantation du cours.»

Dans la classe de sixième année, Maureen Papatie compte des élèves plus avancés, parce qu’ils sont plus exposés à la langue. C’est le cas de Queen, 12 ans. «Elle a été confiée à ses grands-parents par la DPJ, explique Mme Papatie. Comme c’est l’algonquin qui se parle à la maison, elle a plus de facilité en classe. D’ailleurs, je fonde beaucoup d’espoirs sur elle pour perpétuer la langue dans la communauté.»

Les placements d’enfants par la DPJ ont d’ailleurs représenté un obstacle au début. «Les jeunes étaient souvent placés dans des familles allochtones à Val-d’Or avant, rappelle Chantal Langevin. Ces jeunes-là ont perdu leur langue. Il a donc fallu réinvestir dans la langue anishinabeg. Aujourd’hui, cependant, je peux dire qu’on s’en va vers le mieux.»

Les cours d’anishinabe à Lac-Simon sont non seulement là pour rester, mais ils vont se développer, croient les enseignantes. «On a un projet avec l’Assemblée des Premières-Nations Québec-Labrador, indique Maureen Papatie. Ce projet va nous permettre de développer notre enseignement.» «On espère d’ici une dizaine d’années que les jeunes qui suivront nos cours pourront finir par parler l’anishinabe et le français», dit de son côté Chantal Langevin.

Tout cela survient sous l’œil complice du Conseil de la nation Anishinabe, qui encourage l’enseignement de la langue, mais aussi de la culture. D’ailleurs, le Conseil a fait construire il y a quelques années un tipi devant l’école. Les élèves y apprennent non seulement la langue, mais aussi des enseignements traditionnels allant des chants jusqu’à l’artisanat. «On essaie maintenant d’aider nos jeunes à avoir une meilleure estime d’eux-mêmes, dit Maureen Papatie. Anishnabe mon, ça signifie parle ta langue. Et j’ajouterais : sois-en fier.»

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