Dans le Sud des États-Unis, les candidats noirs sont plus nombreux que jamais

COLUMBIA, S.C. — Dans la bataille pour le contrôle du Sénat américain cette année, le Sud profond présente plus de candidats noirs qu’il ne l’a fait depuis la fin de la guerre de Sécession.

En Caroline du Sud, Jaime Harrison recueille des sommes qui auraient été autrefois impensables dans ce qui est devenu une course serrée pour renverser l’un des républicains les plus puissants du Sénat.

Il y a aussi Raphael Warnock, en Géorgie, le candidat probable démocrate qui tente de déloger une sénatrice républicaine nommée à ce poste. Mike Espy et Adrian Perkins, quant à eux, mènent des campagnes enthousiastes au Mississippi et en Louisiane, respectivement.

Leurs candidatures surviennent au cours d’une année de profonde reconnaissance du racisme systémique au pays et représentent une plus grande diversification des candidatures dans le Sud, où les démocrates ont eu tendance à se rallier aux candidats modérés blancs ces dernières années dans des tentatives souvent infructueuses de séduire les républicains désaffectés.

«C’est continuellement un combat difficile que nous menons pour aider les démocrates à imaginer un monde où des gens qui me ressemblent sont des candidats viables partout — pas seulement dans les États bleus, pas seulement dans les villes», a indiqué Quentin James qui fait partie du Collective, un comité d’action politique qui soutient les candidats noirs.

Le Sénat compte actuellement trois membres noirs: le républicain Tim Scott de la Caroline du Sud et les démocrates Cory Booker du New Jersey et Kamala Harris de la Californie. Mme Harris est la candidate démocrate à la vice-présidence.

Les candidats font face à des obstacles dans une région qui est un bastion républicain depuis une génération. De leurs quatre États, un seul a un gouverneur démocrate. En Caroline du Sud, cela fait près de 15 ans qu’un démocrate a remporté un poste dans tout l’État et 44 ans qu’un candidat démocrate à l’élection présidentielle a gagné.

Mais certains signes laissent entrevoir du changement. En Géorgie et en Caroline du Nord — États qui n’ont pas soutenu un démocrate à la Maison Blanche depuis 1992 et 2008, respectivement — Joe Biden mène une course serrée avec le président Donald Trump. En Géorgie, M. Warnock a récemment participé à un rassemblement avec Kamala Harris, qui l’a appuyé.

Un tournant en Géorgie

Les élections de 2018 ont marqué un tournant. Alors que la démocrate Stacey Abrams a perdu de peu la course pour le gouverneur de la Géorgie, sa solide performance, en particulier dans les banlieues à tendance républicaine d’Atlanta, a suggéré qu’il y avait une voie pour les démocrates noirs.

«Plus les courses sont compétitives, et plus les candidats noirs gagnent ces courses compétitives, plus cela diminue l’inquiétude que les candidats noirs ne peuvent pas gagner», a récemment déclaré Mme Abrams en entrevue avec l’Associated Press.

M. Warnock espère s’imposer dans un peloton de tête contre la sénatrice républicaine Kelly Loeffler, qui a été nommée cette année par le gouverneur républicain Brian Kemp.

Raphael Warnock est pasteur de l’église d’Atlanta où le révérend Martin Luther King Jr. a prêché. Il s’appuie largement sur son expérience en tant qu’homme noir vivant dans le Sud profond, depuis ses débuts dans le logement social en Géorgie jusqu’à son soutien actuel pour l’élargissement de l’accès aux soins de santé, le droit de vote, la réforme de la justice pénale et le mouvement Black Lives Matter.

D’autres courses à suivre

En Louisiane, M. Perkins, un diplômé de West Point et vétéran de l’armée, est considéré comme le candidat principal dans une primaire non partisane pour affronter le sénateur républicain américain Bill Cassidy.

Le candidat a été appuyé par l’ancien président Barack Obama et d’autres démocrates bien en vue, mais son entrée tardive dans la course a rendu difficile sa collecte de fonds. M. Cassidy a de son côté amassé beaucoup d’argent.

Dans le Mississippi, M. Espy tente une seconde fois de devenir le premier sénateur noir de l’État depuis la reconstruction en se mesurant à la sénatrice sortante, Cindy Hyde-Smith. En 1986, Mike Espy est devenu le premier membre noir des temps modernes au Congrès du Mississippi, avant de diriger le département de l’Agriculture. Joe Biden a approuvé M. Espy.

L’État dominé par les républicains a eu pour la dernière fois un démocrate au Sénat en 1988. Pour gagner, Mike Espy a besoin d’une forte participation des électeurs démocrates noirs, ainsi que du soutien des électeurs blancs déçus par Donald Trump.

Mike Espy souligne l’histoire de sa famille dans le Mississippi, où son grand-père a ouvert un hôpital pour Afro-Américains en 1924. Par ailleurs, son père possédait une maison funéraire où le corps d’Emmett Till avait été emmené après que le jeune noir de 14 ans de Chicago eut été torturé et tué dans la campagne du Mississippi. Mike Espy et sa sœur jumelle faisaient partie des rares étudiants noirs à avoir intégré une école secondaire entièrement blanche.

«Il s’agit de surmonter les problèmes de l’ancien Mississippi et de lutter pour le progrès à l’avenir», a-t-il soutenu.

Il y a aussi la démocrate du Tennessee Marquita Bradshaw, une militante écologiste noire qui fait face à une bataille difficile pour obtenir un siège au Sénat, qui s’est ouvert avec la retraite du républicain Lamar Alexander.

Mme Bradshaw, la première femme noire à remporter une nomination dans tout l’État du Tennessee, se présente contre l’ancien ambassadeur américain au Japon Bill Hagerty, qui a été appuyé par le président Trump. Les républicains occupent les deux sièges du Tennessee au Sénat depuis 1994.

Les projecteurs sur la Caroline du Sud

Mais c’est Jaime Harrison qui a reçu le plus d’attention — et d’argent — cette année. Les 100 millions $ US qu’il a reçus ont battu des records pour une campagne au Sénat et aidé à transformer cette course en une bataille serrée.

M. Harrison mentionne ses origines modestes et critique le sénateur sortant Lindsey Graham pour avoir trop rapidement accepté les requêtes de Donald Trump. Le sénateur Graham, président du puissant comité judiciaire du Sénat, était à la tête du processus menant à la confirmation de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême.

Avec l’État à lui seul alors que M. Graham dirigeait ces travaux, Jaime Harrison a organisé une série de rassemblements en voiture, suscitant le soutien des électeurs qui seraient prêts à un changement, dit-il. Sa collecte de fonds lui a permis de couvrir l’État de publicités, dont plusieurs racontent son histoire de vie.

«Ce n’est qu’en Amérique qu’un petit garçon à la tête ronde, qui a grandi avec une maman de 16 ans, avec des grands-parents qui avaient une éducation de quatrième et de huitième année, qui vivaient dans une maison mobile, peut aller à Yale, Georgetown, travailler au Capitole et peut être aujourd’hui sur le point de devenir le prochain sénateur américain du grand État de la Caroline du Sud», a déclaré M. Harrison lors d’un récent rassemblement.

 «Je sais ce que sont les moments difficiles, a-t-il ajouté. J’ai vécu des moments difficiles.»

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