Dans son discours du Trône, le gouvernement Trudeau promet d’écouter

OTTAWA — Justin Trudeau s’engage à mener un gouvernement minoritaire «réceptif aux nouvelles idées», dont celles de l’opposition. C’est ce qu’assure le discours du Trône livré jeudi après-midi.

La gouverneure générale Julie Payette a fait la lecture, au Sénat, du document préparé par le gouvernement libéral. Ce discours marque le début des travaux du Parlement.

Il reprend les thèmes de la campagne libérale qui a conduit à l’élection d’un gouvernement minoritaire: lutte aux changements climatiques, réduction d’impôt pour la classe moyenne, logements abordables, contrôle des armes à feu.

Mais le premier ministre Trudeau a aussi cru bon de prendre acte de la colère albertaine qui s’est faite bruyante ces derniers mois. «Les préoccupations économiques régionales d’aujourd’hui sont à la fois justifiées et importantes», note le discours.

Tout en réitérant que les changements climatiques sont un des enjeux «les plus graves et pressants de notre temps» et tout en assurant que «la tarification de la pollution» — ou un prix sur le carbone — est là pour rester, le gouvernement s’engage à nouveau à acheminer les ressources canadiennes vers de nouveaux marchés, faisant ainsi référence, sans le nommer, au pipeline Trans Mountain.

Le gouvernement promet d’avoir recours à «des solutions axées sur la nature pour lutter contre les changements climatiques, comme planter deux milliards d’arbres». Rien dans le document n’annonce une révision des cibles des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2030, révision réclamée à hauts cris par le Parti vert, le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD), ainsi que par les groupes environnementalistes.

Le discours s’attarde sur le besoin de réconciliation avec les Premières Nations. Il promet d’indemniser «équitablement et en temps opportun» tous ceux qui ont été «blessés par le système d’aide à l’enfance». Il n’annonce cependant pas l’abandon de l’appel de la cause qui est devant les tribunaux, abandon réclamé par les néo-démocrates.

Le NPD trouve toutefois dans les pages de ce discours un engagement clair pour la mise sur pied d’une assurance médicaments. Il y a même là une ouverture pour un possible régime universel de soins dentaires.

«Le gouvernement est réceptif aux nouvelles idées provenant de tous les parlementaires, les parties intéressées, les fonctionnaires et les Canadiens — des idées comme les soins dentaires universels méritent d’être étudiées», affirme le discours intitulé «avancer ensemble».

«Il y a de bonnes idées dans tous les partis, et ce gouvernement est prêt à apprendre de vous et à travailler avec vous», a-t-on fait dire à Mme Payette.

À la veille du 6 décembre, le gouvernement Trudeau a cru bon souligner le 30e anniversaire de la tuerie à l’École Polytechnique. Son discours réitère donc la promesse de permettre aux villes d’interdire les armes de poing et de mettre sur pied un programme de rachat pour interdire les armes d’assaut de type militaire.

En plus de son engagement qui vise les armes à feu, engagement qui n’est attaché à aucune date précise, le gouvernement dit vouloir élaborer «un plan d’action national» pour lutter contre la violence sexiste au Canada.

La réduction d’impôt promise à «tous les Canadiens, à l’exception des plus riches», sera la première mesure prise par le gouvernement, à en croire le discours.

Un certain rajustement de vocabulaire

On ne parle plus de «la classe moyenne et ceux qui aspirent à s’y joindre», phrase fétiche des libéraux au cours de leur premier mandat. La réduction d’impôt est maintenant annoncée pour «la classe moyenne, ainsi que pour ceux qui en ont le plus besoin». Ceux-ci sont également appelés «les plus vulnérables».

Ce rajustement de vocabulaire devrait plaire aux partis à la gauche des libéraux.

Enfin, le discours répète l’intention de faire entendre la voix du Canada aux Nations unies «et en particulier au Conseil de sécurité», là où le Canada espère encore obtenir un siège. La promesse de prendre d’autres mesures pour rendre le Sénat moins partisan est également mentionnée.