D’autres femmes accusent des membres de l’Église d’agression sexuelle

MONTRÉAL — À la suite d’une allégation d’agression sexuelle visant le cardinal Marc Ouellet, formulée par une femme dans une action collective déposée cette semaine, d’autres femmes se sont manifestées avec des témoignages similaires contre des membres du clergé québécois.

Au moins trois femmes ont déposé des plaintes pour agression sexuelle contre l’archidiocèse de Montréal depuis que les allégations contre le cardinal Ouellet ont été rendues publiques, a confirmé lors d’une entrevue mercredi l’ombudsman de l’archidiocèse de Montréal, Christine Kirouack.

«Ça a explosé depuis hier», a résumé Mme Kirouack en référence au dépôt de deux actions collectives contre des membres du clergé de l’Église catholique à Québec. Des centaines de victimes alléguées sont citées dans ces requêtes.

Plus précisément, c’est la couverture médiatique sur les allégations visant le cardinal Ouellet qui ont motivé des dizaines de femmes à briser le silence, a poursuivi Mme Kirouack. Des allégations provenant d’une femme adulte contre une figure d’autorité de l’Église ont eu pour effet de rompre avec le stéréotype des scandales qui portent souvent sur des agressions contre de jeunes enfants, particulièrement de jeunes garçons.

«L’une d’elles m’a dit qu’en voyant les reportages… elle s’est reconnue et a immédiatement voulu dénoncer, a rapporté l’ombudsman. C’est encourageant de voir que ça peut ouvrir des portes pour d’autres. On démontre que c’est sérieux.»

Mardi, la firme montréalaise Arsenault Dufresne Wee Avocats a déposé deux requêtes en actions collectives. Les deux poursuites avaient préalablement été autorisées par un juge, dont l’une incluant le témoignage d’une victime identifiée par la lettre «F».

Cette femme accuse le cardinal Marc Ouellet, un homme du clergé bien en vue ayant déjà été considéré comme un candidat à la papauté, de l’avoir agressée à plusieurs occasions entre 2008 et 2010. Elle reproche notamment au cardinal des attouchements non désirés alors qu’il glissait ses mains le long de son dos et de ses fesses. Au moment des gestes allégués, Marc Ouellet était archevêque de Québec alors que F., âgée de 23 ans, était stagiaire en pastorale.

Selon l’avocat Justin Wee, ces actions collectives démontrent que ce ne sont pas que les enfants qui peuvent être victimes d’agressions sexuelles de la part de membres du clergé. Des femmes adultes aussi peuvent être des proies pour les agresseurs.

Dans la première des deux actions collectives, celle qui vise notamment Mgr Ouellet, ce sont 101 victimes alléguées qui accusent 88 membres du clergé ou du personnel de l’Église d’agressions sexuelles. Parmi les 101 victimes, on compte environ 19 femmes.

Professeure en études religieuses à l’Université de Montréal, Solange Lefebvre croit que le fait qu’une femme adulte prenne la parole pour dénoncer le cardinal Ouellet pourrait ouvrir la porte à davantage de dénonciations d’adultes contre l’Église.

Elle ajoute que si l’attention était tournée vers les enfants, avec raison, il est possible que ce précédent pousse les enquêteurs à s’intéresser davantage aux jeunes femmes adultes victimes de membres de l’Église en position d’autorité.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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