David Johnston suggère d’ajouter des débats des chefs à deux ou trois

OTTAWA — Le commissaire aux débats des chefs fédéraux, David Johnston, croit qu’on pourrait améliorer la formule en ajoutant deux autres débats, qui opposeraient seulement les deux ou trois prétendants sérieux au poste de premier ministre, selon ce que suggèrent alors les sondages.

L’ex-gouverneur général a lancé cette idée mardi lors d’un événement à Ottawa pour faire la promotion de son nouveau livre. M. Johnston a entendu les nombreuses critiques formulées à la suite du débat en anglais, qui comprenait six chefs de parti et cinq modératrices. Plusieurs commentateurs ont déploré la cacophonie qui a souvent régné dans ce débat.

«Je pense que six chefs, ça fait un plateau assez chargé, mais en vertu de son mandat, la commission des débats, que je préside, devait autoriser tout chef d’un parti qui avait une chance légitime de faire élire des candidats (…) dans deux circonscriptions ou plus, ce qui place la barre assez bas», a-t-il expliqué.

Certains pourraient prétendre que cette barre est trop basse, a admis M. Johnston. Par contre, des débats avec plusieurs chefs permettent d’entendre «tout le spectre» politique, a-t-il ajouté. C’est la raison pour laquelle M. Johnston suggère d’ajouter deux débats, un dans chaque langue officielle, qui seraient réservés seulement aux deux ou trois chefs de partis qui mènent à ce moment-là dans les sondages. Il croit aussi qu’il vaudrait peut-être mieux recourir à un seul modérateur plutôt qu’à cinq.

Contrairement au débat en anglais, le débat en français organisé par la commission avait été généralement salué — et des commentateurs anglophones suggéraient même de s’inspirer de sa formule: un seul animateur-modérateur, des échanges à deux, dont la distribution est tirée au sort, des questions ciblées posées par des journalistes chevronnés à un chef en particulier.

La Commission des débats des chefs prépare un rapport qu’elle doit présenter au Parlement avant le 31 mars. Il est difficile de prévoir si ces idées seront retenues dans les recommandations finales, mais M. Johnston indique que la commission a entendu un certain nombre de groupes de recherche et d’institutions qui ont effectué leurs propres analyses post-mortem des débats des chefs.

De bonnes audiences

La commission s’est par ailleurs penchée de près sur les cotes d’écoute des débats, mais aussi sur les plateformes choisies par les Canadiens pour les suivre. M. Johnston soutient qu’on a assisté cette année à un «bond spectaculaire» des taux de pénétration des débats par rapport à 2015. On aurait aussi mesuré une forte augmentation du nombre de Canadiens qui ont suivi les débats dans les médias sociaux plutôt qu’à la «télévision conventionnelle».

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait créé cette commission chargée d’organiser les «débats officiels» des chefs après la campagne électorale de 2015. Certains chefs, dont le premier ministre Stephen Harper et le chef de l’opposition Thomas Mulcair, avaient alors décidé de ne pas participer aux débats traditionnels organisés par un consortium de médias. Des médias, des fondations et des entreprises technologiques avaient alors organisé leurs propres débats, avec divers degrés de participation des chefs.

Cette année, les six chefs de grands partis ont participé aux deux débats officiels de la commission, qui ont eu lieu au cours de la cinquième semaine de campagne. Quatre chefs ont également été invités à participer à un premier débat en français organisé par le réseau TVA. Le premier ministre Justin Trudeau a par ailleurs refusé de participer à deux autres débats «hors commission»: le premier, organisé par Maclean’s, s’est quand même déroulé sans lui, mais un autre, sur la politique étrangère, a finalement été annulé par la fondation Munk.

Avant l’existence de la commission, les chefs de partis étaient simplement «invités» à participer aux débats. La commission s’est d’ailleurs penchée sur cette «participation volontaire» avant les débats de cette année, mais elle a finalement conclu qu’il ne serait «pas canadien d’obliger les chefs» à participer, a déclaré M. Johnston mardi.