De grands noms de Radio-Canada appellent la direction à désavouer la décision du CRTC

MONTRÉAL — Plus d’une cinquantaine de têtes d’affiche des différentes plateformes de Radio-Canada ont cosigné une lettre ouverte dans laquelle elles demandent à la haute direction de «contester vigoureusement» la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant l’utilisation du mot commençant par la lettre «N» et reconnu comme une insulte raciste.

Dans sa décision, le CRTC exige des excuses publiques de la part de Radio-Canada pour «avoir manqué de respect et de sensibilité» lors d’une chronique diffusée à la radio qui abordait l’ouvrage littéraire de Pierre Vallières publié en 1968.

En réaction, des journalistes, chefs d’antenne et animateurs ont cosigné une lettre ouverte publiée par La Presse dans laquelle ils enjoignent leurs patrons à résister à la décision en se disant inquiets «au plus haut point». Les signataires affirment craindre un effritement des «principes de liberté et d’indépendance» journalistiques ainsi que les «dangers que constituent la censure et l’autocensure».

Le CRTC reproche à la société d’État l’utilisation du titre complet du livre, répété à plusieurs reprises, dans un segment de l’émission «Le 15-18», diffusée en 2020 sur la chaîne radiophonique ICI Radio-Canada Première.

L’organe de surveillance fédéral concède que le mot n’a pas été prononcé dans le but de discriminer, mais il estime que Radio-Canada «n’a pas mis en place toutes les mesures nécessaires pour atténuer l’impact du « mot en n » sur son auditoire».

Tout en reconnaissant que le mot en question demeure «chargé», les signataires rappellent qu’il n’est que «très rarement» prononcé en ondes et que «cela est fait dans un contexte factuel qui n’est ni offensant, insultant ou déshumanisant».

Parmi les signataires de la lettre, on note les noms des chefs d’antenne Céline Galipeau et Patrice Roy, ainsi que des animateurs Guy A. Lepage, Anne-Marie-Dussault et Michel Desautels. Les noms de plusieurs autres personnalités, dont des journalistes chevronnés, apparaissent aussi au bas du document adressé entre autres au président du conseil d’administration Michael Goldbloom, à la PDG Catherine Tait, au vice-président des services français Michel Bissonnette et à la directrice générale de l’information Luce Julien.

Le plaignant est déçu, mais pas étonné

Ricardo Lamour, travailleur social et artiste noir montréalais, a déposé la plainte contre Radio-Canada. Devant la multiplication des protestations contre la décision rendue en sa faveur, il se dit déçu, mais pas du tout étonné.

En entrevue à La Presse Canadienne, il cite l’écrivain James Baldwin, qui a écrit: «Le pouvoir du monde blanc est menacé chaque fois qu’un homme noir refuse d’accepter les définitions du monde des blancs». M. Lamour a souligné que la majorité des personnalités médiatiques francophones au Québec sont des Blancs.

Ricardo Lamour explique avoir été motivé à déposer une plainte, il y a deux ans, après avoir entendu deux intervenants prononcer plusieurs fois le titre complet du livre de Pierre Vallières «sans mise en garde préalable ni mise en contexte de la discussion».

M. Lamour était lui-même en attente d’intervenir en ondes pour parler de son travail de mentorat auprès de jeunes Noirs lorsqu’il a entendu les mots prononcés dans ses écouteurs. Il dit avoir été bouleversé par l’usage «insouciant et insensible» de l’expression.

Il s’est adressé au CRTC après que l’ombudsman de Radio-Canada se soit prononcé en disant que l’utilisation du mot dans le contexte de citer le titre d’un ouvrage ne contrevenait pas «aux normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada».

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