De Marley, en passant par MLK, Ali et Roy: comment Frantz Saintellemy a été inspiré

MONTRÉAL — Après plus de deux décennies d’entrepreneuriat, où son expertise dans le secteur des technologies avancées a été reconnue à l’international, Frantz Saintellemy a livré des centaines de conférences et accordé bon nombre d’entrevues; il n’a toutefois jamais eu l’occasion d’expliquer l’influence qu’un artiste comme Bob Marley a eu sur lui.

Parce que les valeurs sociales et culturelles véhiculées par l’auteur-compositeur-interprète et musicien jamaïcain, même s’il est décédé depuis près de quatre décennies, continuent d’influencer celui qui est président et chef de l’exploitation de Leddartech depuis 2017, et dont le parcours va au-delà du monde des affaires.

«Avec sa parole et sa plume, Bob Marley avait la capacité de nous dire des choses de façon franche, mais aussi de nous faire danser en même temps et de parler de sujets difficiles comme l’esclavagisme, le manque d’émancipation des Noirs aux États-Unis, ainsi qu’en Afrique», a-t-il raconté, en entrevue dans le cadre d’une série de portraits réalisés par La Presse Canadienne pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs.

Haïtien d’origine ayant grandi à Montréal, l’homme d’affaires, titulaire d’une maîtrise du Massachusetts Institute of Technology, a gravi les échelons dans le secteur technologique, allant même jusqu’à vendre une entreprise de microprocesseurs à une multinationale. Chez Leddartech, spécialisée dans la conception et le développement de microprocesseurs utilisés dans l’industrie automobile, il oeuvre dans une compagnie identifiée par la firme Tracxn comme une licorne — une entreprise dont la valeur est supérieure à 1 milliard $.

Mais l’implication de M. Saintellemy, qui a été inspiré par plus d’une personnalité, vise aussi à aider d’autres personnes à se faire une place. Lui et son épouse ont d’ailleurs mis sur pied, en 2012, Groupe 3737, un incubateur destiné aux entrepreneurs et voué à la diversité entrepreneuriale ayant pignon sur rue dans l’arrondissement montréalais de Villeray—Saint-Michel—Parc-Extension.

«C’est le sujet de l’émancipation des personnes de couleur, a-t-il expliqué, en référence à l’oeuvre du musicien ainsi qu’à la mission de Groupe 3737. La réussite de tous est importante, peu importe leurs origines et leur couleur. Si je regarde dans ma vie, la réussite collective est importante.»

L’homme d’affaires souligne que, durant les nombreuses entrevues et conférences auxquelles il a participé, rarement avait-il eu l’occasion d’aller «en dessous du tapis» pour lever le voile sur ce qui le motive et l’a influencé, au fil des décennies.

Marqué par des opus comme «Catch a Fire» et «Uprising», M. Saintellemy a vu, dans le parcours de Bob Marley, qui s’est amorcé dans les années 1960 avant de se terminer brusquement par son décès en 1981 à la suite d’un cancer généralisé, une volonté de foncer qu’il a voulu appliquer.

Pour cet homme d’affaires dont la carrière professionnelle s’est amorcée aux États-Unis en 1996 chez le fabricant de puces Analog Devices, l’histoire du musicien est celle de quelqu’un «venu de rien et qui accomplit de grandes choses».

«Ce n’est pas d’où je viens, mais où je m’en vais, a expliqué M. Saintellemy. C’était ce que je voyais dans l’histoire de Bob Marley et cela m’a aidé énormément. Il y avait des valeurs de rassemblement, une volonté de trouver des solutions et de résoudre des problèmes.»

Martin Luther King, Mohamed Ali et… Patrick Roy

La liste des personnalités ayant servi de source d’inspiration à celui qui se présente comme un «fanatique des sciences» au fil de son parcours est garnie.

Aux côtés de figures emblématiques du mouvement des droits civiques des Noirs aux États-Unis comme Martin Luther King et Malcolm X, on retrouve aussi les noms de l’ingénieur et inventeur Nikola Tesla et du physicien Albert Einstein, qui «n’ont jamais eu peur d’embarquer dans des problèmes complexes».

Mais des sportifs ont également fait rêver M. Saintellemy, qui a nommé deux athlètes qui, à première vue, ne semblent pas avoir beaucoup de points en commun.

«Je suis attiré par ceux qui n’acceptent pas qu’on définisse leurs limites, a-t-il expliqué. Ce que j’aimais avec Patrick Roy, c’était son franc-parler. Il ne se cachait pas, c’était un leader. Mohamed Ali, c’était son authenticité. Même à l’extérieur du domaine sportif, il n’a jamais eu peur de tout risquer, comme (lorsqu’il était champion du monde) et qu’il a refusé de participer (à la guerre) du Vietnam. Je suis inspiré par ce genre de personne.»

En tant qu’entrepreneur, M. Saintellemy s’est également identifié au parcours de l’ancien gardien de but, qui, après une carrière professionnelle qui s’est terminée aux États-Unis, a décidé de revenir «d’où il venait» pour investir au Québec — en s’impliquant chez les Remparts de Québec, qui appartiennent maintenant à Québecor.

Après avoir connu du succès à l’extérieur, le président et chef de l’exploitation de Leddartech a également décidé de se tourner une fois de plus vers le Québec.

«J’ai fait mes études à l’extérieur et une partie de ma réussite professionnelle vient de l’extérieur, a-t-il souligné. Mais le Québec m’a tout donné. Alors mon devoir, c’était de revenir et d’investir ici au Québec pour faire bénéficier les Québécois de ce qu’ils m’ont offert.»

Si Patrick Roy avait été un entrepreneur, il aurait «probablement eu le même réflexe», croit M. Saintellemy.

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