La croissance soutenue de la demande d’aide médicale à mourir étonne la commission

MONTRÉAL — De plus en plus de Québécois réclament l’aide médicale à mourir, selon les données recueillies par la Commission sur les soins de fin de vie. Une croissance soutenue qui étonne son président alors que l’on s’attendait à voir la courbe commencer à fléchir.

Au cours de la dernière année, 5 % des Québécois qui sont décédés ont eu recours à l’aide médicale à mourir, révèle le rapport annuel 2021-2022 de la commission chargée de surveiller l’application de la loi visant à permettre de mourir dans la dignité.

Ce taux représente une hausse significative par rapport à celui de 3,3 % enregistré en 2020-2021.

La commission a déposé son rapport annuel à l’Assemblée nationale, vendredi, en plus de diffuser un communiqué de presse dans lequel son président, le Dr Michel Bureau, affirme que «le Québec continue de bien faire les choses» en matière de «respect des critères d’application de la Loi» et «du caractère de dernier recours de ce soin».

Toutefois, en entrevue à La Presse Canadienne, le Dr Bureau se dit étonné de ne pas voir la courbe fléchir ou au moins ralentir. Tout en assurant qu’«il n’y a pas de dérive», il admet que la demande dépasse le niveau anticipé par les commissaires.

D’après le rapport, 3663 personnes ont obtenu l’aide médicale à mourir entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022. En comparaison, ce sont 2426 personnes qui y ont eu recours en 2020-2021 et 1776 personnes en 2019-2020.

En comparant ces chiffres aux statistiques compilées en Belgique et aux Pays-Bas, d’où s’inspire la loi québécoise, le Dr Bureau note que ces deux États ont atteint un plafond variant entre 3 % et 5 % au bout de 20 ans d’application de la loi sur «l’euthanasie», comme on la nomme là-bas. Un seuil que le Québec a atteint en six ans.

«On se demande ce qu’il y a dans la société québécoise», s’interroge-t-il avant de tenter comme début de réponse qu’«il y a, dans notre société, une acceptation générale de l’aide médicale à mourir comme un soin de dernier recours».

Ce médecin spécialisé en pédiatrie souligne qu’environ 70 000 personnes meurent chaque année au Québec et que ce sont seulement 3600 individus qui ont reçu l’aide médicale à mourir. «Ça reste un traitement d’exception quand les souffrances ne sont plus apaisables», dit-il.

En raison de ce constat d’«acceptation sociale» de ce nouveau «soin», le président de la commission ne prévoit plus l’atteinte d’un plateau dans la demande d’aide médicale à mourir. Il croit plutôt que la croissance va se poursuivre.

Les médias ne seraient pas étrangers à la hausse de la demande, d’après le Dr Bureau. Il soutient que les nombreux reportages empathiques portant sur des patients ayant bénéficié de ce programme auraient un impact sur la demande.

Des cas justifiés

Toujours selon le rapport annuel de la commission, malgré la hausse soutenue du nombre de patients qui se tournent vers l’aide médicale à mourir, on assure que 95 % d’entre eux étaient véritablement «en fin de vie, en raison d’une maladie grave et incurable causant des souffrances qui ne peuvent pas être apaisées par d’autres soins».

«Ce sont, dans presque tous les cas, des traitements de dernier recours de la part de patients qui vont mourir dans les semaines ou les mois qui vont suivre», souligne le Dr Bureau. «On a recours aux soins palliatifs, puis aux soins de confort et si on n’en peut plus, les gens vont demander l’aide médicale à mourir», résume-t-il.

Par ailleurs, le Dr Bureau insiste sur le fait que le retrait du critère de fin de vie dans le texte de loi n’est pas en cause dans l’augmentation du nombre de cas. Le travail de la commission consiste à scruter chacune des demandes d’aide médicale à mourir afin de s’assurer qu’elles soient conformes à la loi et elles le sont toutes, jure son président.

Les données révèlent que 93 % des patients avaient 60 ans et plus, que 84 % avaient un pronostic de vie d’un an ou moins et que 95 % présentaient des souffrances physiques et psychiques «irrémédiables».

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière de l’Association médicale canadienne. Celle-ci n’a aucun droit de regard sur les choix éditoriaux.

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