Débat au PQ: Gaudreault n’a pas l’autorité d’un chef selon Nantel

QUÉBEC — Le député péquiste Sylvain Gaudreault n’a pas l’étoffe ni la notoriété d’un chef, a laissé entendre son adversaire, l’humoriste Guy Nantel, au premier débat des candidats de la course à la direction du Parti québécois (PQ), mercredi soir.

Pressenti comme un des favoris dans la course selon les sondages, le député de Jonquière a été éperonné à la fois par Paul St-Pierre-Plamondon et par M. Nantel, qui a estimé être le vainqueur de ce débat.

«Il va falloir que tu incarnes (…) l’autorité qu’un chef doit avoir, ce que tu ne sembles pas avoir», a lancé M. Nantel, qui reprochait à M. Gaudreault d’être encore inconnu du grand public et d’avoir cultivé le flou sur son engagement de tenir un référendum s’il devient chef d’un PQ qui formerait le gouvernement en 2022.

M. Nantel affirmait que le PQ n’avait pas été clair sur son option indépendantiste dans son programme tandis que M. Gaudreault plaidait le contraire et disait que lui avait un programme clair d’accession à l’indépendance. L’humoriste n’a pas été tendre envers le député de Jonquière, qui est un militant de longue date du PQ.

«Il est tellement clair, ça fait 15 ans que tu es au parti et l’autre jour je t’ai entendu dire: ‘Enfin, on va parler de souveraineté, ça fait 25 ans qu’on n’en a pas parlé.’ Mais tu étais où pendant ces 25 ans?»

«Mais toi, tu étais où avant de prendre ta carte (du parti) il y a six mois?» a rétorqué M. Gaudreault, qui l’a blâmé pour ne pas avoir rencontré les militants dans des instances cet été.

«Ce n’est pas une mauvaise chose que cet échange ait eu lieu», a pour sa part commenté un autre des aspirants, Paul St-Pierre-Plamondon, en conférence de presse après le débat.

«La question (du modérateur dans cet échange) était: qu’est-ce qu’on peut faire fait avec le caractère chicanier du parti? Ça a donné cet échange: ça m’a permis de me distinguer», a conclu celui qui se dit plus rassembleur.

Il a tout de même lui aussi attaqué M. Gaudreault. Il l’a accusé d’avoir louvoyé dans son engagement de tenir un référendum dans un premier mandat d’un gouvernement péquiste s’il est élu chef.

M. St-Pierre-Plamondon s’est engagé à tenir un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat et il a reproché à M. Gaudreault d’avoir refusé de prendre position au lancement de sa campagne, pour ensuite se rallier.

M. Gaudreault estime-t-il avoir perdu le débat? «Pas du tout», a-t-il répondu en conférence de presse peu après. «Les grands gagnants sont les militants», a-t-il ajouté, alors que mardi il disait être «très confiant de sortir gagnant et fort».

«J’ai démontré que je peux être chef, premier ministre et chef du camp du Oui (dans une campagne référendaire sur la souveraineté)», a plaidé M. Gaudreault.

«J’ai l’impression d’avoir gagné le débat», a pour sa part conclu M. Nantel.

Le débat s’est déroulé dans un studio de Granby en l’absence de partisans, en raison des règles sanitaires imposées pour contrer la pandémie. La joute a été diffusée sur le web.

Ce premier débat avait comme thème «Liberté et Parti québécois». Il portait donc sur l’indépendance du Québec ainsi que sur la formation politique péquiste, qui a subi un revers historique au scrutin de 2018, chutant du statut d’opposition officielle au rang de troisième opposition.

Trois des quatre candidats, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel et Paul St-Pierre Plamondon, s’engagent à tenir un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat d’un éventuel gouvernement du Parti québécois, s’ils en deviennent le chef. Pour sa part, Frédéric Bastien a déjà dit que cette stratégie conduirait le PQ à sa perte.

S’il est élu chef, M. Gaudreault mettrait sur pied pas moins de neuf comités d’experts et de militants pour réfléchir à différents enjeux liés à l’indépendance, aux finances, aux relations avec les Autochtones, à la constitution, etc. Une fois premier ministre, il créerait un Secrétariat à la préparation et à la transition vers l’indépendance du Québec.

M. St-Pierre Plamondon promet quant à lui de poser plusieurs gestes dans les 100 premiers jours après avoir été élu premier ministre en 2022. Il veut instituer un ministère d’État qui se consacrerait à préparer l’indépendance, qui dépenserait des fonds publics pour préparer une campagne référendaire. Il lancerait également une vaste consultation à l’image de la commission Bélanger-Campeau, qui avait réfléchi à l’avenir politique du Québec au début des années 1990.

Quant à Guy Nantel, s’il est chef puis élu premier ministre en 2022, il s’engage à tenir un référendum sur la constitution d’un Québec indépendant dans les deux premières années de son mandat. Il promet aussi une vaste décentralisation avec une instance de gouvernement à la tête des 17 régions administratives du Québec.

Le 8 septembre, un autre débat portera sur le thème «équité et justice». Le 22, les thèmes seront «nationalisme» ainsi que «protection de l’environnement et territoire».

Les membres pourront voter de façon virtuelle entre le 5 et le 9 octobre. Les résultats seront dévoilés au terme de la dernière journée de scrutin.

Un sondage commandé en août par M. St-Pierre-Plamondon suggérait que M. Gaudreault serait en tête, avec 30 % des intentions de vote des militants, mais que M. St-Pierre-Plamondon mènerait chez les jeunes.

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