Le gouvernement du Québec veut s’attaquer à la crise des urgences sur trois fronts

MONTRÉAL — Devant le débordement des urgences de partout au Québec, le gouvernement lance trois mesures phares qui seront mises en place dans les prochains jours et prochaines semaines.

En conférence de presse mardi après-midi à Montréal, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a présenté les premières mesures suggérées par sa nouvelle cellule de crise, formée notamment d’infirmières, de médecins et de responsables du ministère.

La stratégie consiste d’une part à détourner les gens qui devraient être vus ailleurs qu’à l’urgence et d’autre part, à s’assurer de faire sortir les patients qui n’ont plus besoin de s’y trouver.

D’abord, Québec veut maximiser l’utilisation du 811 pour éviter aux gens de se déplacer à l’hôpital s’ils peuvent être pris en charge autrement. Le ministre décrit cette mesure par le slogan «un appel, un service», c’est-à-dire que chaque usager pourra obtenir le conseil d’une infirmière, un rendez-vous dans une clinique ou encore être redirigé vers le service qui lui convient.

Christian Dubé parle d’«un réflexe» à développer au Québec avant de se rendre à l’urgence. «En cas de doute, quand vous ne savez pas quoi faire, le 811 c’est la place», a-t-il dit. Pour le moment, le service est disponible dans la grande région de Montréal. Les autres régions seront intégrées sous peu.

La deuxième mesure dévoilée ne concerne aussi pour le moment que la population montréalaise. Elle vise, elle aussi, à dévier le flux de patients qui se dirigent vers les urgences en mettant à contribution d’autres professionnels de la santé que les médecins. Deux nouvelles cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS) seront ouvertes.

La première devrait voir le jour d’ici quelques jours sur le territoire du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et la deuxième d’ici quelques semaines sur le territoire du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

On souhaite éventuellement déployer d’autres cliniques d’IPS du genre pouvant accueillir des patients n’ayant pas de médecin de famille attitré.

Sortir les patients

Finalement, Québec souhaite faciliter le transfert de patients qui n’ont plus besoin de soins à l’urgence ou à l’hôpital, mais qui n’ont pas accès à un lit aux étages ou ailleurs. Ces patients désignés sous l’acronyme «NSA», pour niveau de soins alternatif, font en sorte de créer un goulot d’engorgement dans les hôpitaux. 

Pour ce faire, les centres intégrés de santé et de services sociaux vont pouvoir louer des lits dans des ressources privées afin d’y envoyer des patients en convalescence qui ne peuvent demeurer seuls à domicile. On parle de résidences pour personnes âgées, de ressources intermédiaires ou de centres de soins de longue durée.

Selon le ministre Dubé, plus de 1700 places ont été offertes au réseau dans l’ensemble du Québec à la suite d’appels d’offres et 58 % de ces places ont déjà été rendues disponibles.

Parallèlement, on veut aussi développer la formule d’hospitalisation à domicile, c’est-à-dire qu’on veut planifier la sortie d’un patient avec les équipes de soins à domicile dès son admission à l’urgence. Ce patient pourra donc rentrer chez lui dès que sa condition le permet et qu’il pourra bénéficier du suivi de professionnels d’une équipe multidisciplinaire.

En résumé, il faut «sortir le patient le plus rapidement possible de façon sécuritaire et le renvoyer chez lui», a indiqué le ministre en ajoutant que cette mesure était d’ailleurs bénéfique au patient puisqu’il se retrouve dans un environnement familier et plus confortable pour sa récupération.

Selon le ministre, ce sont environ 1000 personnes actuellement, dans l’ensemble du Québec, qui pourraient bénéficier de ce service pour alléger le fardeau des urgences. Un poids jugé facile à supporter par les équipes de soutien à domicile qui desservent déjà quelque 350 000 personnes.

«Ce n’est pas tellement une question de nombre, ce n’est pas ce qui nous inquiète, mais plutôt la fluidité», a précisé le ministre. À nouveau, l’enjeu en sera un de communication entre des services qui n’ont pas coutume de se parler.

Ces solutions sont connues depuis longtemps, a admis M. Dubé, mais elles n’ont jamais été mises en place.

«Notre défi, c’est de les implanter dans tout le réseau. Tout est dans l’exécution, c’est une question d’exécution», a-t-il insisté en martelant l’importance d’améliorer la coordination entre les divers services du réseau de santé.

Des urgences dans le rouge

Selon le site web Indexsanté, qui suit d’heure en heure les taux d’occupation dans les salles d’urgence au Québec, ceux-ci demeuraient très élevés en début de journée, mardi. Ils s’élevaient à 183 % dans la région de Lanaudière, 158 % dans les Laurentides, 137 % en Outaouais, 129 % sur l’île de Montréal, 128 % dans Chaudière-Appalaches, 123 % en Montérégie et 111 % dans la région de Québec. 

La semaine dernière, un relevé d’Indexsanté indiquait des taux d’occupation très élevés et de nombreux séjours sur civière depuis plus de 48 heures, mais surtout à Montréal et dans les régions périphériques. Le bilan de mardi démontre que la situation s’est détériorée ailleurs au Québec.

D’après des données publiques du ministère de la Santé, on constate qu’environ 13 % des patients occupant une civière sont des gens qui n’ont plus besoin d’y être. Le hic, c’est que le système n’est pas en mesure de les accueillir au bon endroit. Certains ont besoin de soins en réadaptation, d’autres ont besoin d’une place en centre d’hébergement et de soins de longue durée ou encore de soutien à domicile.

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