Début du congrès du Parti des travailleurs de Corée du Nord

SÉOUL, Corée, République de — Le premier congrès entier en cinq ans du Parti des travailleurs de Corée a débuté mardi avec une admission par le dictateur nord-coréen Kim Jong-un que ses précédents plans de développement économique ont échoué. Ce congrès pourrait représenter un moment crucial, certains observateurs croyant que le règne de M. Kim traverse sa période la plus périlleuse des neuf dernières années.

Le congrès du Parti des travailleurs de Corée, que M. Kim a ravivé en 2016 après une pause de 36 ans, survient au moment où la Corée du Nord, qui compte parmi les pays les plus pauvres du monde, est confrontée à ce que M. Kim a appelé des «défis et des problèmes énormes» découlant d’une économie qui a été matraquée par la pandémie de coronavirus, des catastrophes naturelles et des sanctions internationales impitoyables qui visent à l’empêcher d’apporter les touches finales à son programme d’armes nucléaires.

L’organisation du congrès pourrait aussi servir à envoyer un message au prochain président des États-Unis, Joe Biden, qui sera assermenté dans deux semaines et qui a traité M. Kim de «voyou».

Voici ce qu’on doit savoir au sujet du plus important événement politique en Corée du Nord.

QU’EST-CE QUE C’EST, EXACTEMENT?

Le congrès est le principal organe décisionnel du Parti des travailleurs.

Le président du parti, M. Kim, prend les décisions quotidiennes avec les membres de sa garde rapprochée, mais le congrès est responsable de la formulation de nouvelles politiques, de l’examen des politiques précédentes, de la révision des règles du parti et du jeu de chaise musicale entre les dirigeants.

Il s’agit du huitième congrès depuis que le grand-père de M. Kim, Kim Il-sung, a organisé le premier en 1945. Kim Il-sung en a tenu six avant sa mort en 1994. Son fils, Kim Jong-il, qui est mort en 2011, n’en a organisé aucun. Des experts croient que l’attitude militaire de Kim Jong-il a miné l’influence du congrès pendant son règne de 17 ans.

Kim Jong-un a ravivé le congrès en 2016 dans le cadre de ses efforts pour rehausser l’autorité du parti et cimenter son emprise sur le pouvoir. M. Kim aura 37 ans vendredi.

On ne sait pas combien de temps durera le congrès cette année. Celui de 2016 s’était rencontré pendant quatre jours.

POURQUOI MAINTENANT?

Précédemment, les règles du parti imposaient l’organisation d’un congrès aux cinq ans, mais les règles ont été révisées en 2010 et cette exigence n’existe plus. Des experts croient que M. Kim a besoin d’un événement de cette ampleur pour détailler ses projets pour le pays et renforcer la loyauté du public au moment où son pouvoir est possiblement chancelant.

Les frontières de la Corée du Nord sont fermées depuis un an pour contrer la COVID-19. Ses échanges commerciaux avec la Chine se sont effondrés d’environ 80 % pendant les 11 premiers mois de 2020. Des typhons et des inondations ont détruit des récoltes, des maisons et des infrastructures à travers le pays l’été dernier. Pyongyang répète que les sanctions imposées en réaction à son programme nucléaire visent «à écraser et à étrangler» le pays.

Lors d’un discours public à l’occasion du 75e anniversaire du parti en octobre, M. Kim a ravalé ses larmes au moment de remercier son peuple d’avoir encaissé tous ces coups à l’économie du pays.

«Sur cette planète en ce moment, notre pays est le seul qui doive affronter de tels défis et de tels problèmes, comme l’urgence anti-épidémie et se relever de désastres naturels catastrophiques, alors que nous manquons de tout en raison de sanctions dures et prolongées», a-t-il dit.

La Corée du Nord, dont le système de santé est défaillant et où la pauvreté est endémique, a adopté certaines des mesures les plus draconiennes de la planète face au coronavirus. Elle prétend être libre de toute infection, ce dont doutent des experts internationaux.

Des experts rappellent aussi que M. Kim est en partie responsable des problèmes économiques de son pays. Il a fréquemment déclaré à son peuple que l’arme nucléaire est une «puissante et précieuse épée» dont il a besoin en raison de l’hostilité persistante des États-Unis. Son programme de développement d’armes nucléaires est directement responsable des sanctions qui privent son pays de devises étrangères.

QU’EST-CE QUI EST EN JEU?

La Corée du Nord devrait profiter du congrès pour annoncer de nouveaux objectifs de développement économique pour les cinq prochaines années.

La presse officielle rapportait mercredi que cette réunion du congrès doit servir à décider «de stratégies et de tactiques (…) pour accélérer le développement du parti et de la construction socialiste». Lors d’un communiqué précédent, le parti avait admis que «les objectifs pour améliorer l’économie nationale ont été sérieusement retardés».

Des observateurs croient que la Corée du Nord devra annoncer des cibles modestes lors de ce congrès, puisqu’elle doit continuer à se concentrer sur la lutte au coronavirus. D’autres disent que la Corée du Nord, qui a récemment complété une «campagne de productivité» de 80 jours, pourrait demander d’autres campagnes du genre pour extirper encore plus d’efforts de ses travailleurs.

M. Kim devrait profiter du congrès pour réitérer son engagement envers le programme nucléaire du pays, mais aussi possiblement témoigner de sa volonté à dialoguer avec l’administration Biden et la Corée du Sud. La presse nord-coréenne, qui a jadis qualifié le prochain président américain de «chien enragé», n’a rien dit de sa victoire électorale.

M. Kim pourrait aussi profiter du congrès pour obtenir un nouveau titre, comme celui de «generalissimo» qui portaient son père et son grand-père. Son influente soeur, Kim Yo-jong, pourrait être nommée membre du puissant bureau politique (le politburo) pour renforcer le pouvoir du clan Kim, croient des experts.

– Par Hyung-Jin Kim, The Associated Press

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