Début du procès d’Éric Salvail pour agression sexuelle et séquestration

MONTRÉAL — La tension a monté d’un cran, lundi, au procès d’Éric Salvail lorsque sa victime présumée, Donald Duguay, a été contre-interrogée par l’avocat de l’accusé, Me Michel Massicotte.

Le producteur et animateur déchu est accusé d’agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement sexuel.

En ouverture, la Couronne était entrée dans le vif du sujet, Me Amélie Rivard amenant Donald Duguay à exposer le fil des événements.

L’homme de 47 ans a raconté comment, dès leurs premiers échanges en 1993 alors qu’il devait le former pour travailler au service du courrier de Radio-Canada, Éric Salvail avait tenu des propos vulgaires à son endroit et tenté de le séduire. «T’as un beau petit cul», lui aurait dit dès le départ Éric Salvail, une phrase qu’il aurait répétée plus tard dans la journée.

«J’étais outré», a dit le témoin, qui lui aurait répondu de cesser de lui parler de cette manière.

Dans les jours subséquents, Éric Salvail lui avait saisi le postérieur à quelques reprises, toujours en l’invitant à se livrer à des gestes sexuels. «Un petit « quickie »» lui aurait offert à répétition l’accusé.

Donald Duguay a raconté que, malgré ses refus et demandes répétées de cesser, ce comportement aurait escaladé au point où Éric Salvail lui aurait exhibé son sexe sur les lieux de travail.

Dans les mois suivants, bien que les deux hommes ne travaillaient plus ensemble, le témoin a raconté que l’accusé le traquait constamment jusqu’au jour où, alors que les employés étaient costumés à l’occasion de l’Halloween, il était allé le rejoindre dans une salle de toilette isolée sur les lieux de travail.

C’est là où Donald Duguay affirme avoir été agressé sexuellement et séquestré. Selon son témoignage, Salvail serait entré un peu après lui, aurait alors baissé son pantalon pour lui exhiber à nouveau son sexe et l’aurait coincé et retenu contre son gré. Il aurait alors tenté de baisser le pantalon de M. Duguay et aurait cherché à se masturber en frottant son sexe contre ses fesses «en mimant une pénétration».

Ce n’est que lorsque M. Duguay a menacé de crier et de le dénoncer que l’accusé aurait relâché un peu sa prise, lui permettant de prendre la fuite.

En contre-interrogatoire, Me Massicotte a mitraillé le témoin de questions d’une voix forte et intimidante. Il a tenté de le déstabiliser à plusieurs reprises, allant jusqu’à mettre en doute le fait qu’Éric Salvail travaillait bel et bien au service du courrier au moment des faits allégués, sans toutefois le démontrer en preuve.

Il a également confronté Donald Duguay à certaines contradictions entre ses déclarations initiales aux policiers, son témoignage lors de l’enquête préliminaire et sa version des faits devant le tribunal. Certaines de ces contradictions touchaient la disposition physique de la salle de toilette, le temps mis à se laver les mains et autres détails du genre.

Le témoin a cherché à expliquer que, souffrant de stress post-traumatique, il avait dû reconstruire les différentes scènes avec l’aide d’un psychiatre et d’un psychologue et que ces éléments n’étaient tombés en place que plus tard, une explication qui a soulevé le scepticisme de Me Massicotte. Bien que ses réponses étaient claires et assurées, Donald Duguay tremblait en s’appuyant sur la table du box des témoins.

C’est lui-même qui a décidé de révéler son identité au grand public même s’il s’agit d’une cause très médiatisée.

Le procès d’Éric Salvail survient plus d’un an après le mandat d’arrestation contre lui rédigé le 15 janvier 2019. Plusieurs allégations d’inconduites sexuelles avaient été rapportées par le quotidien La Presse en octobre 2017.

Celui qui était un incontournable de la scène culturelle québécoise s’était alors tourné vers sa page Facebook pour indiquer à quel point il était «fortement ébranlé» par ces allégations, annonçant du coup qu’il prenait une «pause professionnelle».

Son émission de télévision «En mode Salvail» et celle qu’il animait à la radio, «Éric et les Fantastiques», avaient été suspendues par les diffuseurs.

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