Décès d’une Autochtone à Joliette: une infirmière congédiée et 2 enquêtes lancées

MONTRÉAL — Une infirmière congédiée, deux enquêtes déclenchées et plusieurs manifestations pour dénoncer: voilà quelques-unes des suites de la mort d’une femme autochtone, Joyce Echaquan, victime de propos dénigrants et dégradants peu avant son décès.

La mère de famille est morte à l’Hôpital de Joliette, lundi soir, dans des circonstances troublantes.

Elle s’était filmée avant sa mort, et cette vidéo a été largement diffusée, semant l’indignation au fil des visionnements.

Questionné à ce sujet mardi après-midi lors du point de presse sur la COVID-19, le premier ministre François Legault a annoncé qu’une infirmière avait été congédiée.

Il a qualifié ses paroles de «totalement inacceptables» et de «racistes».

Il a aussi confirmé que deux enquêtes sont en cours, soit celle du coroner et une autre menée par le CIUSSS de Lanaudière, qui a sous son égide l’Hôpital de Joliette.

«Il y a du racisme au Québec et il faut combattre ce racisme, a déclaré le premier ministre. Mais de penser que toutes les infirmières, que tout le réseau de la santé aurait eu cette réaction, tout le monde va dire: ben non.»

La vidéo en direct de l’hôpital

Avant son décès, la femme de Manawan s’est filmée de sa civière. On peut la voir haleter et crier.

Vers la fin de la vidéo d’environ sept minutes, du personnel hospitalier entre dans sa chambre.

On entend deux femmes, sans voir leur visage lorsqu’elles parlent, proférer des propos insultants et dégradants envers la femme de la Nation Atikamekw. Le sort de l’autre employée n’a pas été mentionné par le premier ministre.

«Je pense que tu as de la misère à t’occuper de toi, on va le faire à ta place», dit l’une d’entre elles.

«T’es épaisse en câlisse», ajoute l’autre, celle qui a été congédiée.

Alors que la patiente proteste, la première lui lance: «Ben t’as fait des mauvais choix ma belle. Qu’est-ce qu’ils penseraient, tes enfants, de te voir comme ça? Pense à eux autres un peu.»

«C’est pour cela que je suis venue ici», répond-elle d’une petite voix.

«C’est meilleur pour fourrer qu’autre chose», lance l’autre. «Surtout que c’est nous autres qui paient pour ça.»

Les enquêtes

Le Bureau du coroner a confirmé mardi avoir ouvert une investigation qui aura notamment pour objectif de déterminer de quoi est morte la femme.

C’est le coroner André Cantin qui en sera responsable. Il s’agit de la procédure normale lorsqu’un décès survient dans des circonstances obscures, a précisé le bureau du coroner.

Mais une telle investigation n’est pas suffisante pour éradiquer le racisme, estime Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL).

«Une enquête du coroner ne doit pas être une occasion pour le gouvernement de se défiler de ses responsabilités», avance-t-il d’abord.

Cela ne va rien changer au racisme dont fait preuve le personnel infirmier. «C’est une question d’attitude et une question de culture», a-t-il déclaré mardi lors du dévoilement du Plan d’action de l’APNQL sur le racisme et la discrimination à l’endroit des Premières Nations du Québec.

M. Picard souhaite que le gouvernement en fasse plus, et fait valoir que son plan contient des dizaines d’actions concrètes pour lutter contre le racisme à tous les niveaux.

Le CIUSSS de Lanaudière a aussi fait savoir qu’une enquête interne est en cours, pour faire toute la lumière sur la situation, y compris sur le rôle de la seconde employée que l’on entend dans la vidéo. Il insiste qu’il ne tolère aucun propos de ce type de la part des membres de son personnel.

«Nous prendrons les mesures nécessaires, suivant les résultats de l’enquête», est-il écrit dans une déclaration transmise aux médias.

Ça suffit

Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) en a assez.

La discrimination envers les Autochtones dans les services publics est malheureusement encore beaucoup trop présente, déplore-t-il.

Alors que «la vidéo publiée par la défunte, en souffrance et appelant à l’aide, révèle une condescendance troublante et des propos racistes de la part du personnel soignant», le CNA demande qu’une enquête indépendante soit menée, et que l’application des recommandations du rapport Viens soit accélérée.

«Il est malheureux de constater qu’en 2020 de tels comportements puissent encore se produire. Il est de la responsabilité de tous de les dénoncer, surtout dans le contexte des services de santé et dont la déontologie devrait nous protéger de l’inconfort du racisme», a mentionné dans un communiqué Constant Awashish, Grand Chef de la Nation Atikamekw.

Verna Polson, la cheffe de la Nation Anoshnabeg, parle même de «colère».

«Je ressens ce matin une grande colère, et tout le Québec devrait ressentir cette colère.

«Je suis triste aussi à la pensée que ses enfants ce matin n’ont plus de maman. Ce racisme systémique qui existe aujourd’hui au Québec, nous, les femmes autochtones, le vivons chaque jour. Nous le vivons de la part des instances gouvernementales», a-t-elle ajouté, elle aussi présente au dévoilement du plan d’action de l’APNQL.

La ministre québécoise responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, a qualifié la situation d’«alarmante», et les propos tenus d’«inacceptables et d’intolérables».

Les partis d’opposition à Québec ont tous déploré la situation, utilisant bon nombre de qualificatifs pour dénoncer les paroles de l’infirmière.

«Il y a un facteur aggravant ici: je suis convaincu que les propos ont été tenus parce qu’elle est autochtone», a tranché le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé.

«Et il arrive quoi dans les cas où il n’y a pas de caméra qui filme?» a-t-il relevé.

Les citoyens sont choqués et veulent le faire savoir.

Au moins quatre événements sont déjà organisés, pour dénoncer et pour soutenir les proches de Joyce Echaquan et les communautés autochtones.

Deux manifestations étaient prévues mardi: l’une à Pikogan en Abitibi et l’autre à Lac-Simon, en Outaouais.

Une vigile devait avoir lieu mardi soir devant l’hôpital de Joliette, dans la région de Lanaudière.

Et samedi, à Montréal, le projet Iskweu (du Foyer pour femmes autochtones de Montréal) organise une manifestation pacifique nommée «Justice pour Joyce».

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Dans cette histoire, il y a 2 volets. Des paroles qui n ont pas leur place de la part de l infirmière congédiée. L autre volet sera la cause de la mort qui sera identifiée à l autopsie. Moi je détestais changé les couches de mes enfants mais je le faisais. Malgré des paroles qui n ont pas leur place il ne faut pas immédiatement conclure que les soins n étaient pas bon. Présentement on traite cet événement comme ci les soins étaient absents. Attendons de voir le résultat des enquêtes. Racisme systémique, absolument pas. Une infirmière sur deux n a pas d allure dans ses paroles donc l autre est correct dans ses commentaires

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