Hécatombe dans les CHSLD: Québec maintient avoir agi dès janvier 2020

QUÉBEC — Accusé par la Protectrice du citoyen d’avoir ignoré les CHSLD en début de pandémie, le gouvernement Legault se défend et maintient avoir agi dès janvier 2020. 

Mercredi, l’ex-ministre de la Santé, Danielle McCann, a tenu un point de presse pour «rectifier certains faits». Elle a affirmé qu’elle n’aimait pas «ce qui est véhiculé à mon égard dans l’espace public».

Lisant une déclaration écrite, Mme McCann a répété ce qu’elle avait dit devant la coroner jeudi dernier: les PDG des CISSS et des CIUSSS ont été «informés de la présence d’un nouveau coronavirus» dès le 22 janvier.  

Elle a brandi une lettre datant du 28 janvier 2020, qui atteste, selon elle, du fait que le gouvernement a bel et bien demandé au réseau de la santé de se mettre en action.

On peut y lire que les coordonnateurs de sécurité civile des établissements devaient «activer (leur) cellule de sécurité civile en mobilisant les parties prenantes des secteurs concernés».  

Ils devaient également «veiller à ce que l’information circule de façon fluide au sein de votre établissement». Nulle part, on ne leur demande spécifiquement de préparer les CHSLD.

«C’est un plan global, a justifié Mme McCann. On dit: « Vous devez préparer l’ensemble de vos établissements »», y compris les CHSLD.»

C’est plutôt le 12 mars qu’un guide «assez général» de préparation a été transmis aux CISSS et aux CIUSSS, a noté la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, au moment de présenter son rapport, mardi.

Et ce n’est qu’à la mi-avril, quand les éclosions et les décès se multipliaient dans les CHSLD, que «des actions ont été prises», a-t-elle précisé en conférence de presse.

Les oppositions rejettent la version de McCann

Mercredi, les partis d’oppositions ont déploré qu’il existe deux versions des faits: celle du gouvernement Legault et celle de la Protectrice du citoyen.

Lors de la période des questions, ils ont rejeté la version du gouvernement puis réclamé à nouveau la tenue d’une enquête publique sur la gestion de la pandémie.

«Comment se fait-il (…) que le gouvernement n’a rien posé comme gestes pour les CHSLD avant le mois d’avril?» a questionné la cheffe libérale Dominique Anglade. 

«Le Québec a été le premier endroit au Canada à confiner les Québécois, à mettre des mesures. On a été les premiers, a répondu le premier ministre François Legault. Comment peut-elle dire: « On a pris du temps à agir? »»

«Les CHSLD ont été oubliés. Les aînés ont été abandonnés», a tranché le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

La péquiste Lorraine Richard s’est quant à elle demandé si le gouvernement refusait de déclencher une enquête publique parce qu’il avait «peur qu’on en apprenne trop sur votre cafouillage».

L’épicentre de la crise sanitaire devait frapper les hôpitaux, aux yeux de Québec, donc tout a été mis en oeuvre au début de la pandémie pour y libérer le maximum de lits, avait plus tôt expliqué Mme McCann.

«Les hôpitaux, c’était notre grande peur, s’est-elle défendu. On voyait l’Italie; c’était dans les hôpitaux, le problème. Le personnel soignant était rendu à choisir quel patient intuber et quel patient laisser sans soins.»

L’ex-ministre de la Santé a poursuivi en disant vouloir faire une autre «rectification». Elle a réaffirmé que moins de mille aînés (865) avaient été transférés des hôpitaux vers les CHSLD au début de la crise.

«Le chiffre de la Protectrice du citoyen est de 1700, parce qu’on a ajouté au 865 les personnes qui sont parties de leur domicile pour aller en CHSLD.»

Reste que 1700 aînés de plus sont arrivés en mars 2020 dans les CHSLD, des établissements qui n’étaient pas du tout équipés, ni préparés, pour gérer cette nouvelle clientèle fragile, a signalé Mme Rinfret.

En anglais, Mme McCann a lancé qu’elle vivrait avec les conséquences des décisions prises en 2020 «le restant de ses jours». Elle s’est défendue d’avoir manqué de sensibilité à l’égard des résidants des CHSLD.

Durant la première vague de la pandémie, soit entre février et juin 2020, la grande majorité (69 %) des personnes décédées de la COVID-19 au Québec vivaient en CHSLD, soit près de 4000 personnes.

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