Décès: les effectifs ambulanciers de Lévis doivent être examinés, dit une coroner

La mort d’un jeune homme à Lévis après que les ambulanciers eurent mis 21 minutes à se rendre sur les lieux suivant un appel au 911 mène une coroner à recommander que soient revus les effectifs ambulanciers sur le territoire de la ville.

Avec de tels délais, «il n’a eu aucune chance», a laissé tomber en entrevue téléphonique la coroner Julie Langlois, qui a rendu public son rapport jeudi.

Hugo St-Onge, un jeune homme de 24 ans — lui-même ambulancier — est mort le 27 décembre 2017.

Ce soir-là, alors qu’il est allongé sur le lit, il a soudainement eu des convulsions. Sa respiration est devenue très irrégulière et espacée. Sa copine a contacté le 911 à 0 h 31.

Les pompiers sont arrivés 17 minutes plus tard et les ambulanciers 21 minutes plus tard.

Il est en arrêt cardio-respiratoire: les manoeuvres de réanimation ont été effectuées, mais en vain.

Son décès a été causé par une anomalie cardiaque dont il souffrait, tranche la coroner. Il s’agit d’une mort naturelle, possiblement évitable, peut-on lire dans son rapport.

Pour éviter que d’autres décès de ce genre ne se produisent, la coroner a présenté ses conclusions et ses recommandations.

Me Langlois s’est penchée notamment sur le manque d’effectifs et le long délai avant l’arrivée des premiers répondants et des ambulanciers.

Ce soir-là, l’appel logé au 911 a été classé comme une «priorité 1: risque immédiat de mortalité», puis a été augmenté d’un cran d’urgence.

Malheureusement, à ce moment, les trois ambulances du territoire de Lévis sont occupées. On a donc fait appel à celle de Saint-Charles-de-Bellechasse, qui est aussi occupée. Celle-ci demande ensuite la permission d’excéder la vitesse permise et se dirige à pleine vapeur pour secourir Hugo St-Onge.

Mais cela prendra quand même 21 minutes avant qu’un ambulancier ne soit sur place.

Selon la coroner, «il est possible que cette nuit-là, le manque d’effectifs ambulanciers a joué un rôle important dans le sort de M. St-Onge. Pour chaque minute de délai dans le début des manoeuvres de réanimation, la survie est réduite de 7 à 10 %».

Les normes d’intervention sont de 8 à 9 minutes lorsqu’il s’agit d’un transport urgent. «Ici, on doublait, même plus», a souligné Me Langlois.

«Le délai de 21 minutes, ça ne faisait aucun sens», a-t-elle dit en entrevue, car «après 10 minutes, pour un arrêt cardio-respiratoire, les chances de s’en sortir sont difficiles».

La coroner estime aussi que les pompiers auraient dû être appelés plus vite. Ils étaient disponibles. Mais la procédure en place faisait en sorte qu’ils n’étaient appelés que lorsqu’une ambulance disponible était identifiée, ce qui a été fait cinq minutes après l’appel au 911.

«Vous imaginez tout le temps précieux qui a été perdu là?», s’est exclamée en entrevue la mère du jeune homme, Johanne Langlois.

Tout le système a échoué, a-t-elle ajouté. «Et celui qui en a payé le prix ultime, c’est Hugo.»

Elle sait bien que le rapport de la coroner — qu’elle a chaudement remerciée — ne lui ramènera pas son fils, mais elle souhaite que des changements soient apportés pour éviter d’autres décès, et des drames pour d’autres familles endeuillées.

Elle veut qu’il y ait plus d’ambulances sur le territoire de Lévis — là où son fils a travaillé comme ambulancier et dénoncé le manque d’effectifs peu avant son décès. «Quelle ironie», a-t-elle soufflé.

Dans son rapport, la coroner recommande ainsi au ministère de la Santé et au CISSS de la région de Chaudière-Appalaches de se concerter afin d’examiner la problématique des effectifs ambulanciers sur le territoire de la ville de Lévis.

Elle suggère aussi à la centrale des appels d’urgence et à l’entreprise de services ambulanciers Dessercom de poursuivre leur travail d’arrimage avec le système de répartition. Dans l’intervalle, elle recommande que Dessercom soit équipée de téléphones avec puces permettant le repérage plus rapide des ambulances.

Mais en juillet 2020, Dessercom n’a qu’une ambulance de plus sur ce territoire, ajoutée en mars 2018.

Le directeur général de l’entreprise, Maxime Laviolette, soutient qu’il fait pression depuis des années auprès du ministère de la Santé pour avoir plus d’ambulances à Lévis. Cette ambulance supplémentaire n’est pas suffisante pour combler les besoins, juge-t-il.

Quant à l’arrimage de leur système, il est en attente d’autorisation du ministère depuis 2018, a-t-il ajouté.

Contacté à ce sujet, le cabinet du ministre de la Santé a indiqué prendre acte du rapport et entend faire le suivi nécessaire.

Le CISSS Chaudière-Appalaches a fait savoir de son côté qu’il prenait le rapport très au sérieux.

«On est déjà en action», a soutenu Geneviève Dion, directrice des communications au CISSS, précisant qu’une ambulance a déjà été ajoutée sur le territoire de Lévis, depuis la mort de M. St-Onge en 2017, et que des «travaux sont en cours pour en ajouter une autre».

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