De passage à Québec, Andrew Scheer joue à fond la carte nationaliste

QUÉBEC — Le chef conservateur, Andrew Scheer, était en mode séduction du Québec, mercredi, en ce 15e jour de la campagne électorale, jouant à fond la carte nationaliste.

D’abord au Saguenay, puis à Québec en fin de journée, M. Scheer s’est posé en chef de parti le plus apte parmi les candidats en lice à s’empresser de répondre aux aspirations du Québec — et de la ville de Québec — à compter du 21 octobre.

Lors d’un rassemblement militant au Quai des cageux, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, tout près du pont de Québec, où l’attendaient quelques centaines de personnes et les candidats de la région, M. Scheer s’est présenté accompagné de son épouse vers 17 heures pour livrer en français un bref discours avant de reprendre la route.

Il a repris à son compte la rhétorique défendue par son prédécesseur Stephen Harper, en promettant de remplacer «le vieux fédéralisme paternaliste des libéraux par un fédéralisme d’ouverture», axé sur le respect des compétences des provinces.

Il n’a pas manqué de rappeler que c’est un gouvernement conservateur qui a reconnu officiellement la nation québécoise, accordé au Québec un siège à l’Unesco, réglé le déséquilibre fiscal et donné plus d’autonomie au Québec en matière d’immigration.

«J’ai besoin de la nation québécoise», a dit le chef conservateur aux électeurs de Québec.

«Un seul parti va traiter les Québécois comme une nation», a-t-il insisté, réservant une bonne partie de son allocution au Bloc québécois, ce qui peut laisser croire que les conservateurs commencent à craindre une montée de popularité du parti dirigé par Yves-François Blanchet.

Car seul un gouvernement conservateur «va pouvoir défendre les intérêts du Québec à Ottawa», selon lui.

Aux citoyens de Québec, plus particulièrement, il a promis la construction d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis, un dossier qui sera sa «priorité», le règlement du dossier du pont de Québec, de même que des contrats au chantier maritime Davie à Lévis.

La région de Québec est un terreau fertile pour le Parti conservateur, qui a déjà cinq des sept sièges de la capitale. Les deux autres sont aux mains de libéraux: le ministre Jean-Yves Duclos et le député Joël Lightbound. 

La promesse des conservateurs de donner suite à la demande du Québec de créer une déclaration de revenus unique a occupé le devant de la scène lors du passage de M. Scheer au Saguenay, plus tôt mercredi.

À Jonquière, il a tenté une fois de plus de rassurer les 4000 fonctionnaires fédéraux qui craignent pour leurs emplois si le prochain gouvernement fédéral confie à Québec le traitement d’une déclaration de revenus unique.

Quelque 1200 employés de l’Agence du revenu du Canada travaillent à Jonquière.

À un journaliste de la région qui lui demandait pourquoi croire que ces emplois ne seraient pas sacrifiés, le chef conservateur a répondu: «parce que ça c’est mon engagement très solennel».

«La priorité, c’est de simplifier la vie pour les Québécois et Québécoises. (…) En arrière de ça, on va assurer que les emplois sont protégés. On va cibler les paradis fiscaux. On va avoir besoin de l’expertise des fonctionnaires pour le faire», a-t-il ajouté. 

Le Syndicat des employé-e-s de l’impôt, qui fait campagne contre le Parti conservateur à cause de cet enjeu, a déjà maintes fois expliqué que ses membres au Saguenay et en Mauricie n’ont pas les connaissances nécessaires pour faire la chasse à l’évitement fiscal.

Confronté à cet argument, M. Scheer a maintenu qu’il y aurait du travail pour les fonctionnaires fédéraux.

Changements climatiques

M. Scheer a par ailleurs promis de réduire les émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES) de neuf mégatonnes grâce à un autre crédit d’impôt.

Ce crédit serait de 20 pour cent pour les dépenses de rénovation domiciliaire dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique et réduire les factures de chauffage ou de climatisation. Il atteindrait un maximum de 3800 $ dans une année, applicable par exemple sur des travaux d’isolation, le remplacement des portes et fenêtres, l’installation de panneaux solaires ou d’un nouveau système de chauffage ou de ventilation.

Le Parti conservateur continue de promettre d’abolir la taxe sur le carbone imposée par le gouvernement Trudeau aux provinces qui n’ont pas de plan pour réduire leurs émissions de GES. Cette taxe ne s’applique pas au Québec.

«Le Canada n’est pas le problème», a martelé le chef conservateur, arguant qu’il n’était pas nécessaire pour les Canadiens de réduire de manière draconienne leurs émissions de GES. Le problème est ailleurs, selon lui.

Alors qu’un journaliste lui citait les statistiques — le citoyen canadien moyen émet deux fois plus de GES que le citoyen moyen chinois et trois fois plus que la moyenne mondiale —, M. Scheer a rejeté les chiffres par personne pour se rabattre sur la somme totale d’émissions.

Il n’a pas voulu non plus dire combien de mégatonnes de GES son plan pour l’environnement réussirait à faire disparaître. Il a déjà affirmé vouloir conserver la cible actuelle de réduire le taux de GES de 30 pour cent sous le niveau de 2005, mais son programme environnemental ne précise aucunement la manière dont il y parviendrait.

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